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Polars

Triple Crossing, Sebastian Rotella

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Mercredi, 23 Mai 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Editions Liana Levi

Triple Crossing, traduit de l’anglais par Anne Guitton, Avril 2012, 22,50 € . Ecrivain(s): Sebastian Rotella Edition: Editions Liana Levi

 

Succès salué aux Etats-Unis, où le roman a été sélectionné, par le New York Times, dans les catégories meilleur roman policier et meilleur premier roman, Triple Crossing est brillant et palpitant. Journaliste d’investigation spécialiste des questions d’immigration illégale et des problèmes liés aux trafics, Rotella livre un western noir très documenté, où, dit-il, tout est vrai : situations, détails, comportements, langages, violence, corruption.

Valentin Pescatore est un jeune agent de la Frontalière chargé d’arrêter les clandestins qui tentent massivement de passer la ligne et d’entrer aux Etats-Unis. Et quand ce n’est pas des familles entières habillées comme pour le bal, son job est d’empêcher les trafics divers : humains, marchandises, drogues. Il doit composer également avec certains agents patrouilleurs qui n’hésitent pas à recourir à la violence (on lui explique qu’elle est même attendue des illégaux), au racket et à des jeux avilissants. Valentin, lui, reste humain et donne souvent argent ou conseil aux immigrants.

Ça débute comme ça :

La douceur de la vie, Paulus Hochgatterer

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 22 Mai 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Quidam Editeur

La douceur de la vie. Trad. Allemand (Autriche) Françoise Kenk. mars 2012. 287 p. 22 € . Ecrivain(s): Paulus Hochgatterer Edition: Quidam Editeur

 

Le titre français est une sorte de parfaite antiphrase. C’est un polar sombre venu d’un pays dont les symptômes ne le sont pas moins. L’Autriche d’aujourd’hui.

Il faut dire d’entrée que le décor, une petite ville autrichienne quasi rurale, est le cadre idéal pour une plongée inquiétante dans les maux qui ravagent la société autrichienne (seulement autrichienne ?) et ses citoyens : la haine de l’autre, la xénophobie, l’individualisme. Ils font une toile de fond permanente à l’enquête sur un meurtre que se partagent un flic débonnaire, Ludwig Kovacs, et un psychiatre pour adolescents, pessimiste mais plein d’humour, Raffael Horn (« double » de l’auteur, psychologue pour enfants ?).

« Les crânes rasés avaient commencé par boire du champagne à la bouteille, puis ils avaient levé et laissé retomber les chaises. Pour finir, avec des restes de bougie rouge, ils avaient écrit sur le mur « les étrangers dehors », en chantant en chœur Ils tremblent, les os pourris. Quant à un vieil homme qui avait dit n’avoir que trop entendu ce chant dans sa vie, ils lui avaient cassé le nez avec un moulin à poivre. »

Profession balance, Christopher Goffard

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 12 Mai 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/noir

Profession balance (Snitch Jacket, 2007), trad. USA par Jean Pêcheux, Ed. Rivages/Noir, Avril 2012, 384 pages, 10,65 € . Ecrivain(s): Christopher Goffard Edition: Rivages/noir

« C’est mon unique talent : écouter puis archiver ce que j’entends grâce à des trucs mnémotechniques que j’ai appris dans des revues (parce que quand des gars discutent de choure, on n’a pas trop intérêt à être vu en train de prendre des notes). Dans ma tête, il y a une immense baraque de planteur sudiste, elle compte au moins 10000 pièces, dans lesquelles j’entrepose tout ce que je ramasse : les surnoms des mecs du milieu, leurs complices, leurs piaules, les rues où ils se croisent, leurs modèles de bagnoles, leurs copines, leurs maquereaux. Le Fabuleux Palais de Mémoire de Benny Bunt, je l’appelle, et au fin fond ces chambres, il y a tout un merdier : des recettes de cocktails ratés, des limericks boiteux, des mots incompréhensibles issus de calendriers vieux de quinze ans, des données concernant des as de la batte morts et enterrés depuis longtemps, les trucs qui branchaient (et débranchaient) les playmates des années quatre-vingt. Parfois, je préfèrerais évacuer tout ça pour faire de la place à de meilleurs locataires. Une mémoire pareille, c’est peut-être classé assez bas dans la liste des dons qu’un homme peut recevoir, mais ça me rend redoutable au Trivial Pursuit, surtout que j’ai mémorisé depuis longtemps toutes les cartes de la pioche. Et puis ça aide à payer les factures.

Je suis une balance ».

Négropolis, Alain Agat

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 06 Mai 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La Manufacture de livres

Négropolis, Janvier 2012, 255 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Alain Agat Edition: La Manufacture de livres

Joris a rejoint la Guadeloupe de son père pour couper définitivement avec sa vie en banlieue parisienne et se ranger des voitures. Mais on ne peut pas si facilement rompre avec le milieu dans lequel on a grandi et l’on s’est forgé une réputation. Croisant le chemin de Chacal et de ses hommes qui tiennent un important réseau de trafic de drogue entre les Antilles et la métropole, et pour lesquels son frère travaille à Paris tout en les doublant, il remet le doigt dans un engrenage qui va le ramener face à la violence mais aussi face à lui-même, à ce qu’il est.

Sous le couvert du polar c’est en fait la question de l’identité qui est au centre de ce premier roman d’Alain Agat. Ainsi voit-on s’affronter deux grandes factions, antillais d’un côté, car on trouve autour de Chacal, le Dominiquais, des Guadeloupéens mais aussi des Martiniquais, « négropolitains » de l’autre, Joris naviguant dans cet entre-deux sans jamais sembler trouver sa place.

Mais, en fin de compte, qui trouve vraiment sa place là-dedans ? Chacun se renvoie ainsi dans les cordes. Les Antillais reprochent aux « négropolitains » leur vision fantasmée de la terre originelle fondée à la fois sur des marqueurs identitaires culturels (la musique, la cuisine) superficiels, et sur l’assimilation du point de vue des colons chez qui ils sont maintenant installés :

Un voyou argentin, Ernesto Mallo

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 22 Avril 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Rivages/noir

Un voyou argentin, trad. de l’espagnol (argentin) par Olivier Hamilton, Mars 2012, 239 p. 8 € . Ecrivain(s): Ernesto Mallo Edition: Rivages/noir

Deuxième volet de la série consacrée au policier Perro Lascano, Un voyou argentin fait suite à L’Aiguille dans la botte de foin, publié en France en 2009, qui s’achevait sur le meurtre putatif du héros.

L’officier de police Perro Lascano revient donc ici littéralement d’entre les morts dans une Argentine du début des années 1980, à peine sortie de la dictature, où la jeune démocratie peine encore à se frayer un chemin. C’est dans cette période trouble, dans une Buenos Aires où le passé traîne à chaque coin de rue que Lascano tente de mettre la main à la fois sur Topo Miranda, braqueur de banque, et son amour disparu, Eva, tandis qu’un jeune procureur déterminé qui compte aussi sur son aide voudrait faire tomber quelques anciens membres de la junte.

Roman choral tant du fait de l’utilisation d’un nombre assez important de protagonistes que de la variété des thèmes abordés, Un voyou argentin condense mille histoires en un peu plus de deux cents pages. Les périodes de transition démocratiques dans des pays qui s’extraient de la dictature sont en effet propices au développement de ce genres d’intrigues, mêlant les destinées personnelles parfois fulgurantes à la lente mise en place d’un processus où l’idéalisme et les grands principes côtoient désir de revanche, débrouille face à une situation économique compliquée et amnésie volontaire.