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Polars

Mapuche, Caryl Férey

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 04 Août 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Série Noire (Gallimard)

Mapuche, 458 p. 19,90 €. Avril 2012 . Ecrivain(s): Caryl Férey Edition: Série Noire (Gallimard)

Mapuche, c’est avant tout l’histoire de la rencontre à Buenos Aires entre Jana, jeune sculptrice mapuche à l’histoire dramatiquement banale, de l’exil à la prostitution, jusqu’à ce qu’elle commence à s’accomplir en tant qu’artiste et en portant fièrement ses origines, et Rubén, détective rescapé de la dictature aujourd’hui au service des mères de la place de Mai. La disparition de Luz, ami travesti de Jana, et celle de Maria Victoria Campallo, jeune photographe fille d’une puissante famille portègne, vont faire se croiser ces deux personnages et leurs lourds passés respectifs et les entraîner dans une périlleuse enquête où ils vont pouvoir mesurer combien ils sont liés mais aussi combien les anciens tortionnaires bénéficient encore d’un énorme pouvoir.

 

Caryl Férey nous avait plutôt séduit avec Zulu ou encore La jambe gauche de Joe Strummer. On attendait donc avec intérêt son nouveau roman dont on savait depuis quelques années qu’il aurait pour cadre l’Argentine.

Peut-être en attendait-on trop.

La Sirène, Camilla Läckberg

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 02 Août 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Actes Noirs (Actes Sud)

La sirène, Trad. Suédois Lena Grumbach, Juin 2012. 411 p. 23,50 € . Ecrivain(s): Camilla Läckberg Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

Faut-il ranger les livres de Camilla Läckberg au rayon littérature ? Peut-être pas, si l’on s’en tient aux qualités d’écriture ou à l’entreprise créative. Mais sans aucun doute si on entend que la littérature romanesque est aussi une machine narrative.

Parce que dans ce domaine, ce livre est redoutable d’efficacité ! Quand vous entrez dans l’engrenage de la terrible histoire qu’il raconte, vous n’en sortez en aucun cas avant le dernier mot, avant le craquement de la dernière dent du mécanisme implacable construit par notre suédoise. Toute la structure narrative est au millimètre, menant une histoire unique scandée par des chapitres mettant en scène – et en voix – les protagonistes de ce thriller haletant.

Qu’apporterait, par exemple, une citation extraite du livre ? Rien, car rien ne dépasse, rien n’emporte l’enthousiasme, rien ne soulève l’adhésion  littéraire. Mais tout est impeccablement à sa place ! Et on n’en perd pas une goutte de ce conte noir qui perd les êtres qui le vivent comme une tragédie antique.

Bon. Un extrait quand même. Pour faire le contraire de ce qui est annoncé. Pour exemple aussi de la sobriété efficace de la « machine » (ce passage rappelle irrésistiblement les nouvelles noires de Robert Bloch).

Serenitas, Philippe Nicholson

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 19 Juillet 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, Science-fiction, La Une Livres, Roman, Carnets Nord

Serenitas, mai 2012, 432 p. 20 € . Ecrivain(s): Philippe Nicholson Edition: Carnets Nord

 

Paris, à une décennie future indéterminée. Le chaos a pris le pouvoir sur l’ensemble de l’Europe. « L’Europe est malade, l’Europe est vieille. Les Etats ne sont plus adaptés à la nouvelle situation. Ils sont trop petits, trop mal organisés et livrés à l’incurie des hommes politiques. Il n’y a plus de sécurité, plus d’emplois, plus d’enseignement, plus de soins. […] Commençons par fabriquer des villes. C’est la première étape. Exit les pouvoirs publics, exit les maires, les conseils généraux, exit les régions et leur cortège de dettes mal gérées, d’investissements hasardeux, de décisions prises par des amateurs. Les habitants veulent de la sécurité ? Nous allons leur proposer des milices sud-américaines, les meilleures. Ils veulent des soins ? Nous allons leur fournir des médecins triés sur le volet. Ils veulent des écoles ? Nos professeurs viendront du monde entier. Ensemble, nous allons commencer par construire de nouvelles villes : les villes protégées ». Première ville ainsi créée, Serenitas. « La ville la plus célèbre d’Europe. La première ville protégée construite dans le monde, à moins de vingt kilomètres de Paris ».

L’émergence de ces villes, véritables îlots de luxe sécuritaires, où le droit étatique a disparu pour faire place à une réglementation d’ordre privé, se traduit par la naissance d’une nouvelle géographie humaine, politique et financière.

Venenum, Charlotte Bousquet

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 07 Juillet 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gulf Stream Editeur

Venenum, avril 2012, 288 p. 13,90 € . Ecrivain(s): Charlotte Bousquet Edition: Gulf Stream Editeur

Fidèles au concept de leur collection « Courants noirs », les éditions Gulfstream nous proposent avec Venenum un roman policier historique d’envergure. La plume riche et étoffée de Charlotte Bousquet dessert une intrigue palpitante et foisonnante, une plongée en un XVIIe siècle tourmenté et aride sur les traces de René Descartes. Le philosophe s’éteint durant l’hiver 1650, officiellement d’une pleurésie. Or, cette explication ne convainc pas Jana sa pupille qui se lance dans une enquête périlleuse pour découvrir la vérité – enquête menée encore aujourd’hui par des chercheurs. Epaulée par Conrad van Vries, un ancien soldat au service de la France, bretteur austère et hors pair, voilà la jeune femme sur les routes, contrainte à retrouver ses réflexes d’enfant des rues pour survivre aux multiples complots et embûches qui orneront son chemin entre Amsterdam et Paris. Jana n’est « ni une enfant ni une de ces jouvencelles nées dans la dentelle » mais bel et bien une femme de tête et d’action.

Dès le Prologue, extrait des Mémoires de Jana von D., le lecteur entre dans l’histoire et devient le témoin de l’agonie de René Descartes, racontée par une Jana en périlleuse posture. L’ambiance est lourde, les ombres des ennemis se dessinent, l’empoisonnement est révélé. Le caractère déterminé et frondeur de la narratrice se dévoile d’emblée ; déguisée en soubrette pour approcher le célèbre penseur, elle jure de venger celui qui lui servit de père et de maître :

Noyade en eau douce, Ross McDonald

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 29 Juin 2012. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Noyade en eau douce, (The Drowning Pool, 1950), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Mailhos, Mai 2012, Gallmeister, coll. Totem, 278 p. 10 € . Ecrivain(s): Ross McDonald Edition: Gallmeister

 

Deuxième épisode des aventures de Lew Archer qui paraissent dans une nouvelle traduction chez Gallmeister, Noyade en eau douce entraîne une nouvelle fois ce détective dur à cuire mais qui cherche à tout prix à éviter la bagarre dans la bonne société de Californie du Sud. Contacté par Maude Slocum, femme adultère d’un riche héritier dont la mère veille jalousement sur la fortune en même temps qu’elle repousse les offres des compagnies pétrolières qui ont trouvé un gisement sur sa propriété, Lew Archer doit initialement mettre la main sur un corbeau. Très vite, avec la mort de la vieille Madame Slocum, retrouvée noyée dans la piscine, c’est après un meurtrier qu’il va se mettre à courir.

Nul doute que dans ce deuxième volet, Ross Macdonald commence déjà à prendre son rythme de croisière. Lew Archer gagne en épaisseur en même temps qu’il apparaît encore plus cynique et incisif, et l’intrigue se complexifie encore. Macdonald multiplie les fausses pistes et surtout les faux-semblants, laissant son lecteur errer aux côtés d’Archer d’un suspect à une éventuelle victime, tous n’étant pas forcément ce qu’ils paraissent être et tout le monde ayant au fond quelque chose à se reprocher.