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Polars

La chasse au renne de Sibérie, Julia Latynina

Ecrit par Grégoire Meschia , le Mardi, 29 Janvier 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Russie, Roman, Babel (Actes Sud)

La Chasse au renne de Sibérie, trad. du russe Yves Gauthier. 2008, 665 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Julia Latynina Edition: Babel (Actes Sud)

 

 

Moins connue pour sa production littéraire que pour son journalisme politique, Julia Latynina s’intéresse tout particulièrement aux relations (souvent compliquées) entre crime et politique, entre économie et mafia. Quoi de mieux, pour parler de ces thèmes, que la Russie, pays fascinant et troublant s’il en est ? A travers l’histoire d’un combinat métallurgique de Sibérie qui trouve des implications jusqu’à Moscou, Latynina nous propose une description de la situation sociale en Russie, pays inégalitaire qui met en opposition les nouveaux riches du secteur de la banque et les pauvres prolétaires.

L’enjeu de cette intrigue majoritairement financière n’est pas réductible à une dénonciation politique du gouvernement de Poutine (l’instance politique est le grand absent du roman). Dans ce roman noir, on observe plutôt un empire en désintégration. Mais plus qu’aux aspects politiques et économiques (affaires bien souvent de spécialistes et Julia Latynina en est une), intéressons-nous prioritairement à des considérations littéraires.

Les mâchoires du serpent, Hervé Claude

Ecrit par Gilles Brancati , le Mercredi, 23 Janvier 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Les mâchoires du serpent, novembre 2012, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Hervé Claude Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Ashe, un rentier français donne un coup de main au « police officer » qui le missionne pour des investigations qu’il ne pourrait pas faire lui-même compte tenu de sa notoriété. L’anonymat de Ashe est une discrétion utile. Il devient son bras, son homme de confiance. C’est lui qui le pilote, mais Ashe prend aussi des initiatives. On retrouve un premier corps mutilé, émasculé, découpé. Les soupçons se portent tout d’abord sur une « sale bête », en principe disparue depuis longtemps, la seule qui serait capable de déchiqueter ainsi le corps d’un homme. L’animal mythique, celui qu’on croyait disparu et qui réapparaît parce qu’enfoui dans un inconscient collectif, Ashe n’y croit guère. À moins qu’il s’agisse d’anciens rituels aborigènes. On ne sait pas, personne ne sait tellement ce meurtre, puis les suivants sont monstrueux. Pourquoi cette sauvagerie ? Par sadisme, pour brouiller les pistes ?

Autant le dire tout de suite, l’enquête policière est un prétexte à une évocation de l’Australie d’aujourd’hui et de la part d’histoire qu’elle n’a pas résolue, celle d’une conquête et de l’échec de l’assimilation de la population aborigène menée à marche forcée. Jusqu’au dénouement nous rencontrons l’immensité d’un territoire qui autorise bien des excès, des exploitants miniers enrichis sans vergogne, les villes qui concentrent la population et où, comme partout, circulent l’alcool et la drogue. Le tout sur fond d’une homosexualité proposée ici sans tabou.

Angle mort, Ingrid Astier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 21 Janvier 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Série Noire (Gallimard)

Angle mort, Ingrid Astier, janvier 2013, 510 pages . Ecrivain(s): Ingrid Astier Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Un « policier » ? Encore un ? enquête, sang, cris, sandwichs et interrogatoires… bagnoles qui démarrent au feu rouge, dans un boucan d’enfer, à coups de gyrophares, bleu, bien sûr… un « série noire », de plus, qu’on va lire, tranquille, en terrain balisé, au coin d’une cheminée, comme le veut la saison.

Oui, si l’on veut.

Sauf, que là, on est vraiment dans autre chose.

Dès la première page – pas forcément fréquent – le ton, l’ambiance, quelque chose à la fois de lapidaire et de dense ; tout pour nous embarquer. J’oubliais aussi l’écriture, là, déjà ! « je viens de Barcelone et j’ai déménagé autant de fois que le nombre de coups dans le chargeur d’un Beretta 92 ; quinze ».

L'échappée, Jim Thompson

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 19 Janvier 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/noir

L’échappée (The Getaway, 1958), trad. de l’anglais (USA) par Pierre Bondil, octobre 2012, 240 p. 8,65 € . Ecrivain(s): Jim Thompson Edition: Rivages/noir

 

Tout juste sorti de prison, Doc McCoy, braqueur alliant intelligence, bagout et une singulière absence de pitié à l’égard de quiconque se mettrait en travers de son chemin, organise avec sa femme, Carol, le hold-up d’une banque dans une petite ville du sud des États-Unis. Rudy, le complice qu’ils se sont adjoint n’entend pas partager le magot. Doc et Carol non plus. Et, de fait, Rudy va devoir rester sur le carreau et Doc et Carol se lancer dans une folle échappée qui va distendre les liens entre eux et créer un profond climat de suspicion et de paranoïa au sein du couple.

Avec cette seconde – après L’assassin qui est en moi – nouvelle traduction intégrale d’un livre de Jim Thompson, les éditions Rivages ont choisi de s’attaquer à un roman sans doute moins connu de l’auteur malgré ses adaptations au cinéma (Guet-Apens, de Sam Peckinpah, avec Steve McQueen et Ali MacGraw, et son remake des années 1990 avec Alec Baldwin et Kim Basinger). Mais nul doute que cette Échappée, pour méconnue qu’elle soit, méritait amplement cette nouvelle édition.

Carole, je vais te tuer ! Franck Linol

Ecrit par Olivier Bleuez , le Lundi, 14 Janvier 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Carole, je vais te tuer !, Geste Editions, Collection Le geste noir, novembre 2012, 271 p. . Ecrivain(s): Franck Linol

 

Dans ce livre, tout tient dans l’histoire. Disons-le tout de suite : il ne faut pas chercher une écriture originale, ni une ambition littéraire dans l’exploration des sentiments humains ou une recherche de la compréhension du monde, un saisissement du monde dans lequel nous baignons. Non pas que l’auteur en soit incapable. D’ailleurs nous sommes heureusement incapables de répondre à cette question car dès les premières pages, nous embarquons clairement dans un roman de genre. Ce livre est à classer exactement dans la catégorie « romans policiers ».

À la première page du livre, nous savons déjà qu’Alex (le personnage principal) a décidé de tuer sa femme Carole, plus précisément qu’il va la tuer à la place de se donner la mort… Sans aller trop loin dans les détails de l’histoire, détails qui font l’intérêt exclusif du livre, on comprend vite que Carole a changé radicalement du jour au lendemain et qu’elle a mis fin à leur couple en jetant à la figure d’Alex tout ce qu’elle a dû jouer comme comédie pendant leur histoire d’amour. C’est peut-être la seule facette du livre qui aurait pu amener un peu d’originalité : le creusement de cette rupture, son absence de rationalité. Quelques phrases mises dans la bouche de Carole sont intéressantes (même si elles laissent sur notre faim !). Comme cette lettre qu’Alex trouve un matin alors que Carole est déjà partie travailler :