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Livres décortiqués

Photographie et croyance, Daniel Grojnowski (2ème recension)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 15 Novembre 2012. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres, Editions de la Différence

Photographie et Croyance, 2012, 119 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Grojnowski Edition: Editions de la Différence

Daniel Grojnowski s’est toujours passionné pour l’image. Et a nourri cette passion des feux nuancés de son intellection. En effet, cet intérêt s’est modulé sous la forme d’interrogations extrêmement fécondes entrant en étreinte avec des raisonnements pointus mais clairs et problématisés, s’appuyant sur des exemples qui montrent que l’auteur est un fin connaisseur de la fin du dix-neuvième siècle, interrogations et raisonnements mêlés (car il ne s’agit pas pour les raisonnements, en faisant suite aux interrogations, de chasser ces dernières) renouvelant la vision que l’on peut avoir de cette façon qu’a le réel de tomber dans l’image, et dans l’immobilité de celle-ci : « Quelle que soit la nature et l’origine d’une image, elle m’interpelle, exige de moi que je me soumette à son évidence sensible, à la référence dont elle est médiatrice ».

Son « évidence sensible » est l’évidence du réel.

Même si dans son récent et très beau recueil de notes, Pensées simples (Gallimard), Gérard Macé s’interrogeait de cette manière : « [s]ait-on bien ce qu’on voit quand on photographie ? », Daniel Grojnowski confesse ainsi : « je me suis souvent demandé pourquoi je croyais – pourquoi on croyait – en la vérité de l’image photographique, sans parvenir à donner une réponse qui pouvait me satisfaire. Le présent essai tente d’élucider un “mystère” que l’avènement du numérique estompe, sans l’effacer ».

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 29 Mars 2012. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Poésie, La Table Ronde, Japon

Seigneur ermite, L’intégrale des haïkus, Edition bilingue par Makoto Kemmoku & Dominique Chipot. mars 2012, 480 p. 25 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: La Table Ronde

 

Quel bel objet déjà ! Un écrin à la hauteur du contenu, la couverture est  d’un vert qui fait aussitôt penser au jade, ce même vert se retrouve à l’intérieur pour le texte en version japonaise. Ce livre, dédié aux victimes  et sinistrés du grand tremblement de terre du Tōhoku, région que Bashō a visité lors de ses voyages, s’ouvre sur une note concernant la traduction. Elle commence ainsi, ce qui résume bien le propos : Traduire c’est trahir, et expose les difficultés auxquelles ont été confrontés les traducteurs et donc leurs partis-pris.

Ensuite, une introduction aborde en un tour rapide mais instructif l’histoire de la poésie japonaise, suivie d’une biographie détaillée de Bashō, illustrée par quelques haïkus. Indispensable pour la compréhension de son œuvre. Nous entrons alors dans la chair même de l’ouvrage : l’intégrale des haïkus du maître en la matière, souvent précédés par des avant-propos de Bashō lui-même, classés par ordre chronologique.

Le premier est daté de 1663 :

Mélomane, Bernard Pignero

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 20 Octobre 2011. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Roman

Mélomane, Editions Les Vanneaux, 2011, 20 € . Ecrivain(s): Bernard Pignero

Ce roman porte en son cœur le nœud vibrant de la musique, tant le tissu romanesque faisant s’entremêler les évocations de cet univers et les précisions qui ont trait au chant lyrique nous permettent d’être habités par elle, et de retourner vers elle, ouvrant telle pochette de disque, telle autre, glissant la promesse de soleil, disque vibrant de micro-rayures, dans le lecteur pour que le souffle s’empare de nous, nous ravisse.

Mais la musique est bien plus que cela dans Mélomane, aussi n’est-ce pas à proprement parler un roman sur la musique. Elle est le cadre qui permet que soit vraiment approché par l’auteur le sentiment amoureux, dans toute l’étendue de son déploiement, c’est-à-dire dans la façon qu’il a d’être relié à la matérialité des nerfs et à l’immatérialité des pensées.

Si l’opéra permet qu’ait lieu dans toute sa précision l’indéfinition de l’amour – indéfinition qui a néanmoins valeur de définition puisqu’elle permet que soit approché ce trouble (ce flou de la conscience et cette certitude organique) dans ses plus précises circonvolutions –, c’est parce qu’il va jusqu’à apparaître véritablement comme la métaphore de l’amour, étant indéfectiblement relié au ressenti le plus profond, le plus organique, étant un « un art de la nostalgie. Un art pour des gens qui connaissent avec précision les exigences de leur sensibilité ».

Chants populaires, Philippe Beck

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 26 Juin 2011. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Flammarion

Chants populaires, 2007, 18 euros. . Ecrivain(s): Philippe Beck Edition: Flammarion

La poésie contemporaine, hum, vous avez dit poésie contemporaine ? Quoi ? Vous lisez ça ? Mais on ne comprend rien ! Et il n’y a peut-être même rien à comprendre !! La poésie contemporaine, c’est toujours très éloigné de la vie, de la langue telle qu’on la parle, telle qu’on la veut, telle qu’elle nous séduit, de la langue telle qu’on pouvait la déchiffrer, la savourer quand on était enfant. De la langue des contes. Vous vous souvenez de l’enfance ? On était là, avec les contes, on vivait dedans. Eh bien, la poésie, c’est exactement l’inverse. On ne peut pas vivre dedans, c’est un objet curieux, que l’on prend avec des pincettes, que l’on regarde de loin.

Bon. Reprenons. Et si la poésie contemporaine, c’était exactement l’inverse ? Si la poésie contemporaine pouvait au contraire revivifier le conte de l’intérieur ? L’enfance d’une part (comme c’est le cas également chez Ariane Dreyfus ou chez Jean Daive dans son très beau dernier livre Onde générale, notamment dans la section : « Noël des maisons qui n’ont plus d’enfants ») et d’autre part la parole impersonnelle : celle des contes de Grimm précisément. Il faut ouvrir et lire pour s’en convaincre Chants populaires de Philippe Beck. Ce merveilleux livre. Merveilleux, merveilleux, merveilleux. « Les Chants populaires dessèchent des contes, relativement. Ou les humidifient à nouveau », comme l’écrit l’auteur dans son avant-propos.

Ecrire pour ne pas oublier de Tatjana Ibraimovic

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Samedi, 25 Juin 2011. , dans Livres décortiqués, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

 

Quand « écrire c’est sauter hors du rang des assassins » (1)


« Avec les premiers rayons du soleil matinal je suis en train d'explorer cette pièce étrange. Aujourd’hui, Il n' y a ni bonheur ni sourire sur mon visage. Je te suis lointaine. Ils disent : « C’est la guerre ». Non, je ne les crois pas ! Maman dit qu'il y a seulement un peu de confusion et de désordre, mais qui passera bientôt. Je me demande alors pourquoi nous nous sommes échappés? (2)

C’est ainsi que Tatjana, qui vient de fuir la Bosnie avec ses parents, s’accroche aux derniers rayons de ses croyances infantiles. Bientôt, la paix n’illuminera plus ses journées ni son visage, mais elle ne le sait pas encore. Avec un « NON » ferme, elle refuse de le savoir. Mais que peuvent les mots d’une enfant de 12 ans face à cette chose infligée, effroyable et incompréhensible qu’est la guerre. Et depuis quand la guerre respecte-t-elle les croyances des enfants ? Mais Tatjana lutte ! Elle lutte avec cette arme indestructible qui la traverse et qui traverse tout son livre : l’ESPOIR. Avec cet espoir obstiné et infatigable, Tatjana fait savoir à la guerre qu’elle est usurpatrice et passagère, aussi atroce soit-elle.