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Livres décortiqués

Semmelweis, Louis-Ferdinand Céline

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 20 Avril 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Récits, Gallimard

Semmelweis, préface de Philippe Sollers, Gallimard collection Imaginaire, 128 p. . Ecrivain(s): Louis-Ferdinand Céline Edition: Gallimard

 

Saint Semmelweis au Panthéon

 

Il est des héros. Certains touchent la célébrité, parfois la gloire. Tout le monde connaît Pasteur. Il est des géants anonymes – ou quasi tels – qui, par leurs actions, et une idée est une action, sauvèrent des millions de vie. Les injustices sont de ce monde. Au nom de l’eugénisme (et pas seulement), un système a liquidé des millions de vies. Avec une idée, une réforme pratique : se laver les mains à l’hôpital, Semmelweis invente le principe de précaution pratique. Etrange actualité à l’heure de la médiatisation de masse des maladies nosocomiales.

La Sainte-Famille a été brossée par saint Marx. Engageons-nous. Pour être clair : sa lecture, ou sa relecture, est un nectar des dieux lucides de la matière vivante. Les saints prénoms rythment le calendrier chrétien de nos existences occidentales. Mon propos n’est pas ici une nostalgie frustrée du calendrier révolutionnaire – quoique !

Confessions d'un jeune romancier, Umberto Eco

, le Vendredi, 19 Avril 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres, Grasset, Italie

Confessions d’un jeune romancier, Mars 2013, trad. François Rosso, 238 p. 17 € . Ecrivain(s): Umberto Eco Edition: Grasset

 

A l’image du style de l’auteur, Confessions d’un jeune romancier est un titre goguenard et enjoué qui pourrait sonner comme une provocation dans la bouche d’un écrivain chevronné de 81 ans, s’il n’était formulé sous la plume d’Umberto Eco. Remarquable effet d’annonce de la part d’un expert de la rhétorique, le titre n’est ni plus ni moins qu’une manifestation de la célèbre captatio benevolentiæ qui vise à happer le lecteur. Le lecteur, les livres et la lecture, il en est beaucoup question dans cet essai qui s’inscrit dans la tradition anglo-saxonne du creative nonfiction, une tradition de l’essai hybride qui fusionne les expériences à caractère autobiographique et le documentaire – en l’occurrence, l’exégèse littéraire. Pour un modèle du genre, je vous renvoie à la subtile analyse de la littérature russe d’Elif Batuman, auteure d’origine turque qui signa : The Possessed : Adventures With Russian Books and People Who Read Them (2010).

Subdivisé en quatre volets, Confessions d’un jeune romancier interroge la création littéraire en procurant au lecteur un maximum de plaisir. Il semblerait qu’au fil du temps Umberto Eco se soit éloigné de ses écrits théoriques exigeants (comme ses ouvrages universitaires sur la sémiotique : L’œuvre ouverte, 1965 ; Lector in Fabula, 1985 ; Les limites de l’interprétation, 1992, etc.) pour élargir son lectorat et partager son expérience de créateur avec le plus grand nombre.

Séraphin, c'est la fin !, Gabriel Matzneff

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 22 Mars 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres, La Table Ronde

Séraphin, c’est la fin !, février 2013, 268 pages (écrites de 1964 à 2012), 18 € . Ecrivain(s): Gabriel Matzneff Edition: La Table Ronde

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? », Michel Host

 

Je viens de bercer le dernier enfant de Gabriel Matzneff, baptisé Séraphin, c’est la fin ! une citation tirée de L’Aiglon, d’Edmond Rostand ! – Voilà l’homme ! À quelles ignominieuses profondeurs de la vieille France, que d’aucuns disent « moisie », le provocateur ne va-t-il pas chercher tout ça ? Je notai cela, hier, dans mes carnets Faits & Gestes, réservés à mes lecteurs futurs. Et encore ceci, peu ou prou : dans ses pages, Gabriel Matzneff dit et répète a voce alta ce que la plupart pensent mais taisent avec soin. C’est un plaisir que de le lire. Il croit et ne tient pas à ce que tout le monde croie à ce à quoi il croit. Nous pourrions donc nous entendre si nous étions moins sauvage. Il se plaint de n’avoir obtenu aucun prix littéraire sauf, une fois, une insultante aumône de l’Académie française, et d’être soumis à un ostracisme féroce de la part de ces chroniqueurs de la presse littéraire qu’à juste titre il englobe dans la secte des salauds médiatiques. Sa candeur stupéfaite me rafraîchit.

Freud avec les écrivains, Edmundo Mango & J.B. Pontalis

, le Mardi, 12 Mars 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres, Gallimard

Freud avec les écrivains, Gallimard, coll. Connaissance de l’inconscient, 2012, 400 p. 21 € . Ecrivain(s): Jean-Bertrand Pontalis, Edmundo Gomez Mango Edition: Gallimard

Œuvre-testament de feu Jean-Bertrand Pontalis (1), Freud avec les écrivains conjugue le goût pour l’écriture littéraire et la psychanalyse, deux passions que partage également Edmundo Gómez Mango, co-auteur de l’ouvrage. Afin de ne pas donner du grain à moudre aux détracteurs les plus radicaux qui accusent volontiers la psychanalyse de n’être que littérature, on comprend aisément qu’un livre rédigé de la main de deux psychanalystes et qui fait l’état des lieux et des indéfectibles liens entre la fiction et le freudisme ait tardé à paraître. Mais le voilà enfin, pour le plus grand bonheur des littéraires, entre autres.

Bibliophile averti et écrivain au style remarquable, au point de recevoir le Prix Goethe en 1930, Freud est connu pour ses analyses pénétrantes de textes canoniques tels Hamlet et Le marchand de Venise. Outre Shakespeare, il fut aussi intellectuellement stimulé par la plume de grands auteurs comme Fiodor Dostoïevski, Friedrich von Schiller, Johann Wolfgang von Goethe, E.T.A. Hoffmann, Heinrich Heine, Thomas Mann et Stefan Zweig, sans parler des écrivains qu’il cite dans Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient (1905). Les auteurs de Freud avec les écrivains ont certes choisi d’invoquer les plus connus cités supra, mais ils abordent aussi des noms moins évocateurs à l’oreille du lecteur francophone contemporain tels Arthur Schnitzler, Romain Rolland (pourtant consacré prix Nobel de Littérature en 1915), Arnold Zweig, pour ne citer qu’eux.

Photographie et croyance, Daniel Grojnowski (2ème recension)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 15 Novembre 2012. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres, Editions de la Différence

Photographie et Croyance, 2012, 119 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Grojnowski Edition: Editions de la Différence

Daniel Grojnowski s’est toujours passionné pour l’image. Et a nourri cette passion des feux nuancés de son intellection. En effet, cet intérêt s’est modulé sous la forme d’interrogations extrêmement fécondes entrant en étreinte avec des raisonnements pointus mais clairs et problématisés, s’appuyant sur des exemples qui montrent que l’auteur est un fin connaisseur de la fin du dix-neuvième siècle, interrogations et raisonnements mêlés (car il ne s’agit pas pour les raisonnements, en faisant suite aux interrogations, de chasser ces dernières) renouvelant la vision que l’on peut avoir de cette façon qu’a le réel de tomber dans l’image, et dans l’immobilité de celle-ci : « Quelle que soit la nature et l’origine d’une image, elle m’interpelle, exige de moi que je me soumette à son évidence sensible, à la référence dont elle est médiatrice ».

Son « évidence sensible » est l’évidence du réel.

Même si dans son récent et très beau recueil de notes, Pensées simples (Gallimard), Gérard Macé s’interrogeait de cette manière : « [s]ait-on bien ce qu’on voit quand on photographie ? », Daniel Grojnowski confesse ainsi : « je me suis souvent demandé pourquoi je croyais – pourquoi on croyait – en la vérité de l’image photographique, sans parvenir à donner une réponse qui pouvait me satisfaire. Le présent essai tente d’élucider un “mystère” que l’avènement du numérique estompe, sans l’effacer ».