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Livres décortiqués

La tendresse, Jacques Ancet

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Roman, publie.net

La Tendresse, publie.net, collection Temps Réel, janvier 2011, 120 pages, 3,49 € . Ecrivain(s): Jacques Ancet Edition: publie.net

 

Voyez le pianiste Nelson Freire, lorsqu’il joue : ses mains à chaque instant font comme – exactement comme – si elles dessinaient, sans tremblement, sans même l’esquisse d’un vacillement, un cercle parfait.

Et Nelson Freire, quand il se met au piano, transforme chaque morceau en une seule phrase musicale, avec ses différents tempi, faisant ressentir à quel point l’ampleur du mouvement (mouvement de vie, mouvement d’eau, mouvement de lumière) donné à la partition par ses mains, et l’extraordinaire précision dans cette ampleur confèrent à chacun des accords confiés à l’ivoire, aux cordes et au bois du piano son identité indivisible. Sa particularité secrète. Qui irradie en nous. Soudain. Cet accord, dans cette irradiation par quoi il paraît totalement, de toute son unicité, se voyant renvoyé au monde duquel il ne peut s’extraire et qui est constitué de la totalité des accords (et du silence, sans quoi rien ne peut se dire, d’une musique qui, pour ne rien vouloir dire, signifie tout, suivant l’adage steinerien). Au monde qui loin de nier sa singularité la façonne de bout en bout.

Le temps des Capétiens (une histoire personnelle de la France), Claude Gauvard

Ecrit par Vincent Robin , le Vendredi, 21 Juin 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Histoire

Le temps des Capétiens (Une histoire personnelle de la France), PUF, 2013, 200 pages, 14 € . Ecrivain(s): Claude Gauvard

 

Dans la présentation de son ouvrage intitulé Le Moyen Âge (1987), le charismatique professeur au Collège de France Georges Duby prévenait : « Ma tâche est d’écrire le début d’une histoire de France ». Il interrogeait aussitôt : « Quand commence-t-elle ? ». L’académicien avouait alors humblement « prendre l’histoire en marche ». Ce pourquoi il restreignait son champ d’exploration à la « tranche du passé » la plus connue de lui. Elle se situait depuis la charnière de l’an mil jusqu’au XIIIe siècle en se limitant aussi à l’espace occidental européen.

Vingt-cinq ans après lui, la médiéviste Claude Gauvard aborde ce même cadre historique sous une manière de revendication originale. Mais après le Temps des cathédrales du même Duby paru en 1976, le présent livre de l’érudite, annoncé sous le titre Le Temps des Capétiens, ne saurait cependant détourner d’un immédiat soupçon d’emprunt ou même de réemploi. L’historienne éclaire ainsi de son intention : « Ces trois siècles ont façonné le paysage de la France. Je vais en rendre compte à l’aide d’une chronologie respectant à la fois le temps long de ces transformations, et le moment précis des scansions politiques » (p.7).

La tristesse durera toujours, Yves Charnet

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 20 Juin 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Récits, La Table Ronde

La tristesse durera toujours, janvier 2013, 173 pages, 17 € . Ecrivain(s): Yves Charnet Edition: La Table Ronde

 

 

La beauté sera convulsive ou ne sera pas

La fin – magnifique – de Nadja de Breton trouve constamment un écho dans l’œuvre d’Yves Charnet, comme celui-ci le confesse lui-même dans La tristesse durera toujours, écrivant : « Je voudrais juste avoir favorisé la rencontre convulsive des jeunes gens avec la beauté ».

Si à chaque instant la phrase d’Yves Charnet est tendue vers la beauté convulsive, c’est d’abord du fait de sa brièveté.

Par celle-ci, l’auteur parvient à restituer les secousses, les fulgurances de ce qu’il évoque et qui toujours ont à voir avec la façon qu’a l’émotion de tordre des moments de vécu, dans le moment où ils sont vécus, pour qu’ils puissent être véritablement vécus avec le ventre, et avec l’esprit.

Qui a tendu un piège dans la pinède par une journée fleurie de printemps ?, Eun Hee-Kyung

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 03 Juin 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Asie, Nouvelles

Qui a tendu un piège dans la pinède par une journée fleurie de printemps ?, traduit du coréen par Lee Myung-eun et Anne-Marie Mauvielle avec le concours de Jean Bellemin-Noël, Decrescenzo éditeurs, mai 2013, 137 p., 15 € . Ecrivain(s): Eun Hee-Kyung

 

Après nous avoir fait découvrir les recueils de nouvelles de deux jeunes auteurs de talent pratiquement inconnus en France, Cours papa, cours de Kim Ae-ran et La bibliothèque des instruments de musique de Kim Jung-hyuk, Decrescenzo éditeurs nous propose maintenant Qui a tendu un piège dans la pinède par une journée fleurie de printemps ? de Eun Hee-kyung, une auteure très célèbre en Corée ayant une quinzaine de livres à son actif et jouissant d’une réputation internationale (Les éditions Zulma ont d’ailleurs déjà publié en 2009 Les boîtes de ma femme, qui en 1998 avait reçu le prix Lee Sang.)

Les « micro-fictions », passage recommandé de l’écrivain débutant, sont très prisées en Corée et font l’objet, dans cette maison d’édition dédiée à la littérature de ce pays, d’une collection à part entière dont les trois premiers titres publiés font curieusement apparaître des convergences flagrantes, indépendamment des univers propres à chaque écrivain et de leur style.

Le dossier secret de l'affaire Dreyfus, Pierre Gervais, Pauline Peretz, Pierre Stutin

Ecrit par Vincent Robin , le Jeudi, 16 Mai 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres, Alma Editeur

Le dossier secret de l’affaire Dreyfus, 2012, 348 pages, 22 € . Ecrivain(s): Pierre Gervais, Pauline Peretz, Pierre Stutin Edition: Alma Editeur

 

Au travers des sorties de livres d’enquêtes historiques surgissent souvent des œuvres plutôt discrètes, qui méritent cependant de se voir élogieusement saluées. Une belle association d’auteurs, celle de Pierre Gervais, Pauline Peretz et Pierre Stutin fournira ici l’occasion d’un assez exemplaire cas d’espèce. Vif, précis, efficace et pertinent, leur commun Dossier secret de l’Affaire Dreyfus inspirera sans guère de doute au lecteur un rapide et passionnant intérêt. Peu dire serait alors que, sous ce titre, leur travail embrassât l’un des plus délicats sujets. S’immiscer à nouveau dans un épisode historique expurgé de ses zones d’ombres majeures (comme on aurait pu le croire) aurait en effet exigé de quiconque un apport suffisamment novateur.

Après les travaux monumentaux dédiés au « cas Dreyfus » par Marcel Thomas en 1961, Jean-Denis Bredin en 1981 ou encore Vincent Duclert en 2006 (ne parlons pas de Reinach pour 1901), fallait-il de la sorte aux co-auteurs de cette entreprise ne point se risquer aux faux-pas de la redite ou même du plagiat. Que restait-il alors à dire sur cette chronique militaro-judiciaire, ayant autrefois déchaîné la passion politico-médiatique, qui ne fût déjà précisé par une séculaire et exhaustive collecte d’informations ?