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Livres décortiqués

Indignation, Philip Roth

Ecrit par Thibaut Losfeld , le Lundi, 09 Septembre 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Indignation, traduit de l’anglais (USA) par Marie-Claire Pasquier, 240 pages, 7,20 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

Variations sur fond d’indigne nation


Le gentil Marcus Messner nous raconte son histoire. Il est mort, affirme-t-il assez rapidement (rien ne permet d’en douter au premier abord, à part peut-être la lecture attentive des titres des deux seules parties du livre). Condamné, dans un au-delà flou, à de perpétuelles remémorations. Il rejoue ainsi son passé comme on rejoue un rôle dans la pièce tragi-comique d’un théâtre de marionnettes, et tente désespérément de savoir qui a tiré les ficelles de sa vie jusqu’à l’issue funeste.

Marcus avait pourtant tout pour lui. Que s’est-il passé ? Comment le « grand garçon bien élevé » doué d’un « imperturbable esprit de logique » et vantant son « éternel sens du devoir » est devenu le « seul de sa promotion à avoir eu la malchance de se faire tuer pendant la guerre de Corée » ? Qu’est-ce qui a fait dévier la trajectoire de Marcus ? La malchance ? Les mauvais choix ?

Morat (1476) L'indépendance des cantons suisses, Pierre Streit

Ecrit par Vincent Robin , le Samedi, 07 Septembre 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Histoire

Morat (1476), L’indépendance des cantons suisses, Editions Economica, 2013, 104 pages, 23 € . Ecrivain(s): Pierre Streit

 

Saint-Claude (Franche-Comté et territoire de Bourgogne), le 25 juin 1476 : « … les ennemis étaient déjà dans le camp, où ils massacraient tout ; presque toute l’infanterie est détruite, de même que les archers ; il ne pouvait en être autrement. J’en ai vu plusieurs qui se jetaient à terre, enlevaient leur casque et attendaient la mort les bras étendus. On peut compter qu’environ dix mille fantassins, fournisseurs de l’armée (et hommes du train) sont restés sur le carreau, ainsi que beaucoup de cavaliers… » (p.86).

Dressant le compte des pertes subies en Suisse par le duc de Bourgogne trois jours auparavant, ces quelques lignes sont celles que l’Italien Jean-Pierre Panigarola adressait à son maître, le duc de Milan. Détaché auprès de la cour de Dijon, cet ambassadeur avait alors suivi son hôte, Charles le Téméraire, sur le terrain de ce qui devint pour ce souverain éminent de l’ouest européen, sinon le plus grave, sans doute le plus conséquent échec militaire de sa carrière. Sûrement alors, un tel sévère et décisif revers stratégique (le second en une courte période) essuyé par le cousin honni de Louis XI (« l’invincible araigne »), annonçait au diplomate lombard le début de la fin et même la perdition prochaine de son accueillant protecteur.

Littératures francophones et théorie postcoloniale, Jean-Marc Moura

, le Vendredi, 06 Septembre 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres

Littératures francophones et théorie postcoloniale, PUF, 2013 (2e édition), 222 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jean-Marc Moura

 

 

Les analyses comparatistes, qui empruntent au champ pluridisciplinaire des études culturelles (Cultural Studies), ont souvent le mérite de proposer – si l’on me permet de détourner cette expression de Salman Rushdie – une « vision stéréoscopique » de la littérature qui se donne pour but de montrer, et ses surfaces polies, et ses aspérités.

Chose curieuse, les études culturelles ont fini par assimiler la théorie postcoloniale qui s’est développée plus rapidement dans le monde anglo-saxon qu’en France où elle n’a eu qu’un impact très limité. Elle prit d’abord son essor en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis pour s’incarner ensuite dans le premier ouvrage de synthèse de référence sur la question sous la plume de trois universitaires australiens : B. Ashcroft, G. Griffiths & H. Tiffin, The Empire Writes Back : Theory and Practice in Post-Colonial Literatures (London/New York : Routledge, 1989).

Les évaporés, Thomas B. Reverdy (2 articles)

Ecrit par Emmanuelle Caminade, Victoire NGuyen , le Vendredi, 23 Août 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Roman, Flammarion, La rentrée littéraire

Les évaporés, 21 août 2013, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): Thomas B. Reverdy Edition: Flammarion

Le dernier roman de Thomas B. Reverdy, Les évaporés, se déroule au Japon où l’auteur l’écrivit en 2012, un an après le violent séisme – suivi d’un gigantesque tsunami – qui atteignit le site de Fukushima et engendra également une catastrophe nucléaire. Son titre étrange renvoie au terme utilisé par les Japonais pour désigner ceux qui disparaissent sans laisser de traces, le plus souvent pour échapper à leurs dettes, préférant la fuite au suicide. Et ces évaporés dont le nombre s’est multiplié depuis la « décennie perdue » des années 1990, révélant la profonde crise traversée par ce pays, semblent ainsi s’ajouter aux disparus, victimes de ces cataclysmes naturels qui depuis des siècles secouent régulièrement le Japon.

On connaît la grande sensibilité de l’auteur à la disparition, à la perte et à l’absence, et son intérêt pour le difficile travail de reconstruction suivant le bouleversement d’une vie. Son précédent roman sur l’après 11 septembre lui avait permis de se détacher de la veine autobiographique pour aborder les chocs ébranlant le monde actuel et donner à sa réflexion une autre échelle, tout en lui offrant l’occasion de dresser le magnifique portrait d’une Amérique en perte de repères et de s’interroger sur le rapport du réel à la fiction au travers d’un événement dont le monde entier avait vu les images en boucle, et dont la réalité dépassait l’imagination. Et ce nouveau livre s’inscrit à bien des égards dans la droite ligne de L’Envers du monde.

La tendresse, Jacques Ancet

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Roman, publie.net

La Tendresse, publie.net, collection Temps Réel, janvier 2011, 120 pages, 3,49 € . Ecrivain(s): Jacques Ancet Edition: publie.net

 

Voyez le pianiste Nelson Freire, lorsqu’il joue : ses mains à chaque instant font comme – exactement comme – si elles dessinaient, sans tremblement, sans même l’esquisse d’un vacillement, un cercle parfait.

Et Nelson Freire, quand il se met au piano, transforme chaque morceau en une seule phrase musicale, avec ses différents tempi, faisant ressentir à quel point l’ampleur du mouvement (mouvement de vie, mouvement d’eau, mouvement de lumière) donné à la partition par ses mains, et l’extraordinaire précision dans cette ampleur confèrent à chacun des accords confiés à l’ivoire, aux cordes et au bois du piano son identité indivisible. Sa particularité secrète. Qui irradie en nous. Soudain. Cet accord, dans cette irradiation par quoi il paraît totalement, de toute son unicité, se voyant renvoyé au monde duquel il ne peut s’extraire et qui est constitué de la totalité des accords (et du silence, sans quoi rien ne peut se dire, d’une musique qui, pour ne rien vouloir dire, signifie tout, suivant l’adage steinerien). Au monde qui loin de nier sa singularité la façonne de bout en bout.