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La rentrée littéraire

Skoda, Olivier Sillig

, le Samedi, 24 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Buchet-Chastel

Skoda, août 2011. 110 p. 11€ . Ecrivain(s): Olivier Sillig Edition: Buchet-Chastel

Le sujet est dur. Les éléments extérieurs ne sont que violence, dureté, aridité. La guerre, les armes, les viols, la mort. Même la terre est desséchée, le paysage dévasté. Parce qu’il trouve le bébé, et pour lui, Stjepan, le jeune héros âgé de tout juste vingt ans, choisit la vie – il ne sait pas encore à quel prix. L’enfant, prénommé Skoda comme la voiture dans laquelle il a été trouvé, devient le centre de gravité de l’existence de Stjepan. « Ce n’est pas le temps qui crée les liens, ce sont les événements » (page 86).

L’écriture d’Olivier Sillig, parfaitement maitrisée, est à la fois froide comme les soldats, incisive comme les kalachnikovs, neutre comme le décor et tendre comme le lien qui se tisse très vite entre le jeune homme et le bébé.

S’il n’est fait aucune mention de lieu ni de date, c’est pour mieux dire que l’horreur de ce qui se passe dans les pages de Skoda pourrait se dérouler partout, et n’importe quand. Et si la mort y est omniprésente, la vie et la chaleur humaine, même éphémères, y tiennent une place telle qu’elles pansent les plaies avec douceur. « Les cigales, on les entend tout le temps mais c’est rare qu’on les croise. On les côtoie sans les connaître, comme beaucoup de gens ou de groupes de gens, même proches » (pages 10-11).

Au pays des mensonges, Etgar Keret

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 20 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, Contes, Israël

Au pays des mensonges, traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech, septembre 2011, 205 pages, 20 € . Ecrivain(s): Etgar Keret Edition: Actes Sud

 

Ecrit au scalpel – pas pour tuer, pour mettre à nu – ou à l’acide – pas pour blesser, pour révéler, avec une vraie force de réflexion : cela oblige à faire retour sur soi-même. De petits contes, quelque chose dit en passant mais qui accroche, qui fouille sans délimiter, un petit trou creusé qui agace, dans lequel Etgar Keret jette innocemment un mot, comme un germe « Le silence me met mal à l’aise. Si nous étions plus proches, je pourrais peut-être me taire avec lui » (p.162). On en fera ce qu’on voudra, on y trouvera ce qu’on voudra ou pourra y trouver, mais cela ne laisse pas tranquille, E. Keret y veille, regardant par-dessus l’épaule après s’être détourné de chaque nouvelle.

Des personnages qui au sens propre « se fendent » d’une histoire, d’autres empilés comme des poupées russes, des personnages aussi transformistes, malléables, profondément réceptifs à l’immédiateté et à l’absurde de la situation, des personnages qui en fait ne savent rien de la vie qu’ils vivent. A tout moment, tout peut arriver, la vie est un état d’urgence où tout peut interférer, côtoiement d’états compressés, cryptés puis/ou mis à plat. Comme ce personnage dont les poches sont pleines d’objets réunis « par réflexion et préméditation » (p.101) pour parer à toute éventualité, ne pas se laisser prendre au dépourvu par la vie, la mort, le destin.

Drood, Dan Simmons

, le Mardi, 20 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Robert Laffont

Drood (traduit de l’anglais par Odile Demange), 876 p., 23,50 euros. (25/08/11) . Ecrivain(s): Dan Simmons Edition: Robert Laffont

S’il est policier comme vaguement fantastique, Drood est également, et surtout, un roman intertextuel, dont les œuvres de William Wilkie Collins, ici narrateur, et Charles Dickens, lesquels furent collaborateurs, amis et rivaux, constituent en s’entremêlant la matière première.

Où, donc, les références abondent autant qu’elles trament l’intrigue : certes d’abord le fameux roman inachevé de Charles Dickens, Le mystère d’Edwin Drood, puis tout un corpus victorien, de Thomas de Quincey à Sheridan Le Fanu.

Où la mise en abîme est féconde, avec un roman, voire plusieurs, dans un autre ; avec aussi quelque chose d’un palimpseste où l’intrigue donne l’impression d’en dissimuler une autre, sous forme d’énigme éventuellement (évoquons Le Quinconce de Charles Palisser qui, de même, à partir du fond  dickensien, pose un mystère).

C’est aussi un pastiche, mais ni servile ni parasite, des romans à suspens, et jusque dans le style, de William Wilkie Collins. Et plus qu’un pastiche puisque on se demande parfois, tant la maîtrise en est impeccable, tant c’est essentialisé, qui imite qui, et si ce n’est pas Wilkie Collins qui aurait imité Dan Simmons. Autrement dit, par conséquent, une sorte d’artificialisme où la copie précèderait l’original, ou encore, et convoquons Oscar Wilde, se serait la nature qui imiterait l’art.

La bicyclette statique, Sergi Pàmies

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Samedi, 17 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Editions Jacqueline Chambon

La bicyclette statique, Sergi Pàmies, traduit du catalan par Edmond Raillard, septembre 2011, 108 pages, 14,50 euros . Ecrivain(s): Sergi Pàmies Edition: Editions Jacqueline Chambon


Un auteur qui ose exprimer sa difficulté à lire Le Petit Prince de Saint-Exupéry ne peut qu’attirer notre attention. Dans sa jeunesse, Sergi Pàmies, né à Paris en 1960 de parents immigrés catalans, fréquentait les terrains vagues où régnaient les chefs de bande. Et chaque fois que l’on sonnait à la porte de l’appartement HLM, son père se tournait vers l’armoire dans laquelle, en dernier recours, il pourrait se dissimuler.

Le chemin est-il si éloigné de l’exil à l’écriture ? Sergi Pàmies nous livre une réponse qui file au long d’une vingtaine de nouvelles rassemblées dans La bicyclette statique. Le narrateur de Quatre nuits, apprenant qu’il a été engendré après que ses parents sont allés voir Le notti de Cabiria, retourne inlassablement voir les films de Fellini. Cherchant sur la toile le secret de sa conception. Le personnage principal de La Femme de ma vie doit à ses lacets défaits d’avoir rencontré celle qui partage son existence. Quant au héros de L’Illa Diagonal, c’est après s’être assuré contre le suicide, qu’il abandonne son terrible projet…

Les vaches de Staline, Sofi Oksanen

Ecrit par Paul Martell , le Jeudi, 15 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Stock

Les Vaches de Staline, Stock La Cosmopolite, 524 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Stock

Après l’énorme succès obtenu par Purge l’an dernier, les éditions Stock publient l’un des précédents livres de Sofi Oksanen, paru initialement en 2003, Les Vaches de Staline.

Les vaches de Staline, c’est ainsi que les Estoniens déportés en Sibérie désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent là-bas pour se moquer de la propagande soviétique qui assurait que le régime produisait des vaches exceptionnelles.

« La vache de Staline, c’est une chèvre ». Une chèvre toute maigre, comme Anna, une brindille de quarante kilos qui souffre de troubles alimentaires. Anna ne sait pas manger. Elle est boulimarexique, c’est-à-dire qu’elle est à la fois boulimique et anorexique.

Pour soulager son ventre « interminablement avide de sucreries », elle ingurgite des quantités astronomiques de nourriture, de quoi nourrir un régiment pendant plusieurs jours.


« Je me suis mise à mesurer le temps en kilocalories », dit-elle.