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La rentrée littéraire

Un certain Pétrovitch, Fabrice Lardreau

Ecrit par Sophie Adriansen , le Jeudi, 20 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions Léo Scheer

Un certain Pétrovitch, Editions Léo Scheer, 31 août 2011, 240 p. 18 € . Ecrivain(s): Fabrice Lardreau Edition: Editions Léo Scheer

Patrick Platon Pétrovitch est un antihéros dans toute sa splendeur. Chef comptable au physique passe-partout, il n’est guère estimé dans l’entreprise qui l’emploie (dans laquelle règne le fameux principe d’incompétence défini par Peter et rappelé par Pétrovitch-Lardreau (page 217) : Avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d’en occuper la responsabilité.) – pas plus que dans la vie en général : même le serveur du resto voisin n’a aucune considération pour lui.

Et tout le monde ignore que, la nuit, Pétrovitch enfile le costume de l’homme-araignée et s’apprête à sauver la planète, puisqu’en apparence, sa vie peut se résumer à métro, boulot, dodo – à ce détail près que le métro est ici un RER, le B, bientôt théâtre de l’acte héroïque qui concourra à faire la renommée de Pétrovitch.

« Dans trois minutes, l’écran bleu clignotera, affichant “train à l’approche”. Je monterai à 7h46 dans l’avant-dernière rame, située juste en face des escalators (j’aime figurer en pole position), et voyagerai à travers la banlieue parisienne.

Compagnie : Régie autonome des transports parisiens.

Destination : Gare du Nord.

Durée estimée du trajet : vingt-deux minutes.

Retour à Killybegs, Sorj Chalandon

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 19 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Grasset

Retour à Killybegs, Août 2011, 334 pages, 20€ . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset

Killybegs, petite ville portuaire située à l’extrémité d’un bras de mer, au Nord de l’Irlande, dans le comté de Donegal. Décembre 2006, Tyrone Meehan, ancien haut responsable de l’IRA, homme connu et respecté, revient sur ses terres. Là où son histoire a commencé il y a plus de quatre-vingt ans. Il y retrouve le souvenir de sa misère, celui d’un père nationaliste, alcoolique et brutal et celui d’une mère épuisée par les naissances et l’indigence. Le père décédé, la famille déménage à Belfast mais la situation ne s’améliore guère. Au contraire. À la pauvreté dont les briques rouges crasseuses des maisons se font l’écho, viennent s’ajouter la haine, la peur, la violence et la mort. Une seule voie se dessine pour lui : l’IRA. Il s’y engage, il a seize ans. La prison, il connaît. L’atrocité des geôles révulsantes de puanteurs, il l’a endurée.

Aujourd’hui, il attend sa mort. Lui, le « héros », celui qui a trahi les siens. Ils le savent et lui sait qu’ils viendront l’exécuter.

« J’ai écouté le silence. L’hiver de mon enfance, avec Noël au loin. J’ai salué mon retour. Les malheurs de ma mère. Les poings de mon père. J’ai revu mes frères, mes sœurs, entassés dans le grand lit, par terre sur les paillasses. J’ai compté leurs ombres dans l’obscurité. Salut à tous, mes amours. La nuit va être longue. La plus longue nuit qu’un homme ait vécue. Et même s’il se relève, le jour ne viendra plus. Ni le printemps, ni l’été, rien d’autre que la nuit ».

Hymne, Lydie Salvayre

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 18 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Seuil

Hymne, aout 2011, 240 pages, 18 euros . Ecrivain(s): Lydie Salvayre Edition: Seuil


Woodstock, 18 aout 1969, 9 heures du matin. Ils sont vingt mille, fatigués, endormis, là depuis trois jours, trois jours de fête, de musique. Ils sont vingt mille, sur les quatre cent cinquante mille, qui auront attendu. C’est la presque fin du festival, le premier du genre, trois jours dans la boue, les images qui existent l’attestent, trois jours  de  musique, Bob Dylan, Carlos Santana, les Who, bien d’autres encore. Jimi Hendrix entame, ce matin, ce qui restera un cri d’amour et de désespoir, The Star Spangled Banner, l’hymne national américain, et vingt mille personnes seront abasourdies par la puissance du cri, l’énormité du son, et la solitude du musicien.

C’est là l’origine du beau texte de Lydie Salvayre, ce matin duquel personne ne sera sorti indemne, texte écrit comme la musique de Hendrix, une respiration haletante, aux syncopes magistrales, aux harmonies rugueuses. Lydie Salvayre écrit sous la dictée de cette musique dont elle dit qu’elle fut « un cri insoutenable, insoutenablement beau, et paradoxalement libérateur ». Pour elle, ces trois minutes et quelque quarante secondes concentrent les blessures du musicien et « tous les refus d’une jeunesse que l’avidité, la brutalité et le prosaïsme de la société d’alors révulsaient jusqu’à la nausée ».

Guerres et paix chez les atomes, Sam Kean

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 16 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Jean-Claude Lattès, Contes

Guerres et paix chez les atomes, traduit de l’anglais (US) par Bernard Sigaud, 440 p. 10/2011. 23.00 € . Ecrivain(s): Sam Kean Edition: Jean-Claude Lattès

Le titre original est : the disappearing spoon, and others tales of madness, love and the history of the world from the periodic table of the elements.

On peut aussi bien traduire : la cuillère éclipsée, et autres contes de la folie, de l’amour et de l’histoire du monde à partir du tableau périodique des éléments.

La cuillère magique, souvent présentée dans les foires et toujours présentée dans les shows électroniques grand public, continue à surprendre. La magie, manipulation et prestidigitation, s’envisage aussi sous l’angle de l’obstacle épistémologique. Son destin traverse plusieurs phases, superposables dans le temps. Croyance, curiosité, frein au savoir et éradication de l’esprit scientifique. Mais ce n’est pas aussi simple. Et les éléments insécables (qui sont eux-mêmes devenus coupables) recèlent une poésie et une grammaire, une alchimie et un savoir, une psychologie et une sociologie, des mystères et des lumières qu’a su restituer Sam Kean dans un bel ouvrage littéraire (le peu d’illustrations pourrait souligner ce trait), ouvrage qui n’a rien à voir avec une « chimie pour les nuls ». A moins que ces pseudo-nuls troquent leur bêtise contre une candeur féconde.

Le Juif de service, Maxim Biller

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 16 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Récits, L'Olivier (Seuil)

Le Juif de service, Septembre 2011. 160 p. 19 € . Ecrivain(s): Maxim Biller Edition: L'Olivier (Seuil)

Le titre de ce livre est assurément à prendre comme un manifeste. Dans ce récit – bouquet de bribes autobiographiques de l’auteur – on a le sentiment que Maxim Biller s’installe volontairement dans la position de l’écrivain-juif-qui-ressemble-aux-écrivains-juifs. L’écrivain juif de service donc !

 

Des passages qui évoquent Shalom Auslander :

« L’été 1977 je voulais m’installer dans un kibboutz, me mettre au travail à 5 heures et avoir toute ma journée libre à partir de 13 heures. (…) L’été 1980 je partis pour trois semaines dans un kibboutz mais fichai le camp au bout de trois jours parce que je ne voulais pas travailler pour rien, surtout à 5 heures du matin, et pissai par vengeance dans la haie de citronniers »


D’autres où on navigue dans l’univers de Woody Allen :

« Je suis juif parce qu’à vingt ans je racontais déjà des histoires juives, parce que la perspective de prendre froid me fait plus peur que celle d’une guerre et parce que je considère que le sexe est plus important que la littérature. »