Identification

La rentrée littéraire

Le Juif de service, Maxim Biller

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 16 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Récits, L'Olivier (Seuil)

Le Juif de service, Septembre 2011. 160 p. 19 € . Ecrivain(s): Maxim Biller Edition: L'Olivier (Seuil)

Le titre de ce livre est assurément à prendre comme un manifeste. Dans ce récit – bouquet de bribes autobiographiques de l’auteur – on a le sentiment que Maxim Biller s’installe volontairement dans la position de l’écrivain-juif-qui-ressemble-aux-écrivains-juifs. L’écrivain juif de service donc !

 

Des passages qui évoquent Shalom Auslander :

« L’été 1977 je voulais m’installer dans un kibboutz, me mettre au travail à 5 heures et avoir toute ma journée libre à partir de 13 heures. (…) L’été 1980 je partis pour trois semaines dans un kibboutz mais fichai le camp au bout de trois jours parce que je ne voulais pas travailler pour rien, surtout à 5 heures du matin, et pissai par vengeance dans la haie de citronniers »


D’autres où on navigue dans l’univers de Woody Allen :

« Je suis juif parce qu’à vingt ans je racontais déjà des histoires juives, parce que la perspective de prendre froid me fait plus peur que celle d’une guerre et parce que je considère que le sexe est plus important que la littérature. »

Un sujet français, Ali Magoudi

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 15 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Un sujet français, 410 pages, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Ali Magoudi Edition: Albin Michel


« Ma vie est un véritable roman. Quand tu seras grand, je te la raconterai et tu l’écriras », disait souvent Abdelkader Magoudi à son fils, Ali, l’auteur du livre, psychanalyste de formation. Mais le père n’a jamais raconté et il a emporté dans sa tombe les secrets de cette vie romanesque. Une vie marquée par la colonisation française, par son statut d’immigré nord-africain débarquant en France, par l’occupation allemande, par Vichy, par le nazisme, par le communisme en Pologne ou la décolonisation…

Ali Magoudi décide de se lancer dans l’enquête, car il a un fils en âge de poser des questions et qu’il veut pouvoir lui donner des réponses.

Il part de quelques documents. Il va devoir fouiller dans les archives de l’administration française. Il voyagera aussi en France, en Pologne ou en Algérie, sur les traces de son père. Le travail est long et fastidieux, il avance par sauts de puce, à peine des grains de poussière. Quand il avance…

« Je mesure la démesure des territoires mnésiques à conquérir ».

La onzième heure, Isabelle Pestre

, le Lundi, 10 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Belfond

La onzième heure, septembre 2011, 192 p. 17 € . Ecrivain(s): Isabelle Pestre Edition: Belfond


Lisbeth, onze ans, est une petite fille qui souffre de l’absence de regard de ses parents. Enfant de vieux, il lui semble qu’elle existe à peine au sein de la famille ; quant aux enfants de son âge, ils ne lui prêtent d’attention que pour se moquer.


« Dans son désarroi, elle n’a songé ni à crier ni à s’enfuir. Il n’y avait plus que cela, son espoir humilié. Et la honte de ne pas trouver en elle assez de sang-froid ou de colère pour riposter » (page 22).


Et la jeune fille qu’on fait venir cet été pour la garder, dans cette maison de Charente-Maritime où elle passe toutes les grandes vacances, n’a guère plus de considération pour elle, toute accaparée qu’elle est par le grand amour qu’elle vit.

Et puis un jour, Lisbeth rencontre Micha, un jeune Albanais qui parle à peine le français. C’est le début d’une forme particulière d’amitié.

Les Mamiwatas, Marc Trillard

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 09 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Les Mamiwatas, Août 2011, 296 p, 21 € . Ecrivain(s): Marc Trillard Edition: Actes Sud


Le lecteur averti se souviendra toujours d’une confidence de Michel Leiris et comment il succomba aux charmes d’une Ethiopienne (ces femmes qui passent parfois pour les plus belles du monde). Séduction ou possession ?

Théâtre ou expérience vécue ? Sans doute un breuvage d’étranges mélanges.

Ici, nous sommes au Cameroun, de l’autre côté de l’Afrique fantôme.

Mike, qui n’est pas l’auteur (il souligne une certaine distance à l’égard de « l’autofiction »), dirige l’Alliance Française de Buea. Alliance en déliquescence. Au bord de l’océan, sévissent de drôles d’Atalantes (elles courent si vite que nul homme ne peut les rattraper ; seuls qui y parviennent les épousent… ). Tandis que la révolte et les violences grondent en dessous du volcan, Gloria accepte un verre de Mike dans les profondeurs d’un bar nocturne.

« Elle l’attendait sans l’attendre. Un regard qui n’avait que flotter sur sa personne quand il était passé devant elle."

Room, Emma Donoghue

Ecrit par Paul Martell , le Samedi, 08 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Stock

Room, traduit de l’anglais (Canada) par Virginie Buhl, Stock, La Cosmopolite, 402 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Emma Donoghue Edition: Stock

Jack va bientôt fêter ses cinq ans. Il est un garçon comme les autres, avec des préoccupations de son âge… sauf qu’un certain nombre d’éléments bizarres régentent sa vie.

On apprend ainsi que « le grand méchant Nick » rôde. Il peut faire irruption chez eux tout à coup. Sa mère préfère alors cacher Jack dans un placard pour qu’il ne le voie pas…

Les dialogues prennent parfois une tournure inattendue, presque surréaliste.


« – Pourquoi t’as pas demandé des bougies comme Cadeau de Dimanche ?

– Eh bien, la semaine dernière, nous avions besoin d’analgésiques ».


Au fur et à mesure, on apprend que Jack et sa mère son séquestrés dans une même et unique pièce depuis des années, la « room » du titre. Jack y est né. Et ils n’ont pas moyen de s’échapper, la mère s’y est déjà risquée et l’a amèrement regretté…