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La rentrée littéraire

Du domaine des murmures, Carole Martinez

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Du domaine des murmures. Parution : 2011, 201 P. 16,90 € . Ecrivain(s): Carole Martinez Edition: Gallimard

1187. Esclarmonde est une jeune femme au caractère trempé mais : « […] de mon désir, nul ne s’en souciait » et c’est là un cri du cœur ! Cette damoiselle, promise à Lothaire, a osé dire non, le jour de son mariage ! Même l’archevêque s’en mêle et parle de miracle lorsqu’un agneau apparaît lors de la cérémonie. Esclarmonde se tranche l’oreille et, grâce à cette « apparition », elle devient la nouvelle « Agnès ». Son père ne peut aller contre son vœu et en habile architecte mais la peine au cœur, il va faire ériger une chapelle en pierre, dans le domaine des Murmures, obéissant ainsi à la volonté de Dieu ainsi qu’à celle de sa fille :

« Si Dieu lui réclamait sa seule fille vivante, c’était sans doute pour le punir de l’avoir trop aimée, trop bien gardée, trop regardée. Cette tendresse qu’il avait eue pour son enfant avait paru coupable ». L’histoire démarre par une haine sibylline et double de la part du père.

Esclarmonde a-t-elle fait le bon choix dans sa vie quand elle dit : « J’ai creusé ma foi pour m’évader et cette évasion passe par le reclusoir. N’est-ce pas étonnant ? » Elle s’aventure effectivement sur une voie dangereuse : « […] Entre le sommet et l’abîme, il n’y a qu’un pas et la chute menace ceux qui tentent de grimper, trop vite, trop haut. La chute ou le gibet » !

Monsieur le commandant, Romain Slocombe

, le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nil

Monsieur le Commandant, Nil août 2011, 260 p., 18 euros. . Ecrivain(s): Romain Slocombe Edition: Nil

 

1942 – écrivain, académicien, Paul-Jean Husson est pétainiste ardent, collaborateur enthousiaste, antisémite actif et convaincu. Il est aussi, évidemment, catholique pratiquant, puis adultère et incestueux. En effet, il tombe amoureux de sa belle fille, juive, dont il s’emploiera un temps à faire oublier l’origine, qu’il engrossera et, pour dissimuler un tel forfait, qu’il dénoncera aux autorités allemandes, avec lesquelles il est du dernier bien, leur demandant de l’envoyer, discrètement et avec ménagement, dans un camp de concentration.

Soit, donc, le salopard supérieur, un si parfait salopard qu’il confine à la caricature. De même que ses actes qui, à force, confinent au Grand-Guignol, le Grand-Guignol n’étant pas qu’ensanglantement, mais désignant aussi un excès, qu’il soit tragique, dramatique, psychologique.

Lors, quels sont les desseins de Romain Slocombe ? De dénoncer une sombre période de l’Histoire et de non moins sombres comportements ? Mais on sait. Qui ne sait ? On le ressasse et nous le rappelle lancinemment. De dessiner les contours du Mal ? Là, aucun risque. C’était gagné d’avance – et tautologique, comme d’analyser le mal dans le Diable.

L'Estivant, Kazimierz Orlos

, le Lundi, 31 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Editions Noir sur Blanc

L’Estivant, trad. du polonais par Erik Veaux, août 2011, 128 p. 14 € . Ecrivain(s): Kazimierz Orlos Edition: Editions Noir sur Blanc


Il y a 50 ans, le narrateur a aimé Mirka, un premier amour adolescent lors de vacances au bord de la mer. Mirka est tombée enceinte, l’a écrit au narrateur.

Cinq décennies plus tard, celui-ci retrouve les lettres qu’il avait fait sortir de sa mémoire. A présent qu’il a construit sa vie, il ressent le besoin de partir à la recherche de ce passé-là, de retrouver Mirka, et leur enfant.

Il quitte le domicile familiale et part ; chemin faisant, il raconte sa quête à son fils officiel.

« J’ai mis bout à bout cette histoire à partir de notes éparses, de feuilles de cahier arrachées, de griffonnages sur des bouts de serviettes en papier du restaurant La Frégate. Et même de coupures de journaux. J’ai commencé à rédiger en novembre et fini en décembre 2003. J’ai tout mis en ordre. Rajouté par ici, enlevé par là. Aligné les jours, les semaines. Qu’après ma mort, le destinataire reçoive un texte clair. Simple, même si l’histoire elle-même, évidemment, n’est pas simple. Voici donc le texte que je destine à mon fils » (page 7).

Le Grand Partout, William T. Volmann

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 30 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Récits, Actes Sud

Le Grand Partout (Riding Toward everywhere), (2011), trad. de l’américain par Clément Baude, 240 p. 22 €, . Ecrivain(s): William T. Volmann Edition: Actes Sud

Le Grand Partout est le récit d’un périple mené à travers les Etats-Unis par William T. Vollmann, selon la méthode hobo. Suivant les traces d’illustres prédécesseurs comme Henry David Thoreau, Ernest Hemingway, Thomas Wolfe ou Jack Kerouac, Vollmann a pendant de longs mois sillonné le pays en grimpant dans des trains de marchandises, en toute illégalité.

Pendant des heures, il se retrouve à guetter un train dans lequel il pourra sauter, un train dont il ne connaît pas toujours la destination.

« Comme je n’avais aucune raison d’y aller, je me suis embarqué pour Cheyenne ».

Il doit aussi veiller à éviter les « bourrins » les forces de sécurité ferroviaire dont certains membres ont la violence plus que facile envers les hobos qui resquillent.

Le but de Vollmann, comme celui de nombreux hobos qu’il croisera, et avec lequel il fera un bout de route, est d’atteindre « le Grand Partout », où se trouve la légendaire Montagne Froide, lieu mythique décrit par des sages chinois … mais qui ne pourrait s’avérer qu’un leurre.

Beat Hotel, Barry Miles

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 30 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Biographie, Le Mot et le Reste

Beat Hotel, trad. de l’anglais Alice Olatron, septembre 2011, 300 p. 23 €. . Ecrivain(s): Barry Miles Edition: Le Mot et le Reste

Generation B. Aujourd’hui, chacun se prend pour une grande star de la création artistique. Dit Jérôme Bourgeois. Sans doute se rappelle-t-il le mot de Warhol en 1968 : Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale. Nous sommes, à présent, dans le futur. Et ce futur-ci est notre présent. Et Jérôme Bourgeois n’aura pas forcément droit ici à son quart d’heure.

Bien avant la X Generation, il y eut la Beat Generation. C’est Kérouac qui lança la formule en 1948.  Holmes en publia le manifeste dans le New York Times Magazine, le 16 Novembre 1952 : The origins of the word « beat » are obscure, but the meaning is only too clear to most Americans. More than mere weariness, it implies the feeling of having been used, of being raw. It involves a sort of nakedness of mind, and, ultimately, of soul ; a feeling of being reduced to the bedrock of consciousness. In short, it means being undramatically pushed up against the wall of oneself.

Le mouvement Beat est né contre les préjugés et le puritanisme américain d’après-guerre. Alcools, drogues et délires doivent être repensés en termes d’effets et non de causes. Produit par et surtout dans le Système (ici réhabilité…), le mouvement Beat est dépréciation revendiquée par ironie sur son sort, synchronisation et coïncidence, instantanés et connexions, arc électrique tendu en vécu expérimental et Universel historique.