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La rentrée littéraire

Le Bloc, Jérôme Leroy

Ecrit par Christopher Gérard , le Jeudi, 01 Décembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Gallimard

Le Bloc, Série noire, Gallimard. Sept 2011, 17,50 € . Ecrivain(s): Jérôme Leroy Edition: Gallimard

Jusqu’à présent, la droite radicale n’inspirait guère les romanciers, si l’on excepte Fasciste, talentueux roman d’apprentissage de Thierry Marignac (Payot, 1988), Les Sectes mercenaires (Le poulpe, 1996) ou Blocus solus, polars ésotériques du très marginal Bertrand Delcour.

Jérôme Leroy a-t-il lu ces auteurs ? Sans doute. Lui-même proche un temps de la mouvance royaliste (tendance Boutang) et collaborateur de la brillante revue « néo-hussarde » Réaction, n’a cessé, dans ses précédents romans, de dépeindre un monde crépusculaire, en proie aux tortueuses manipulations de polices parallèles qui tentent de maîtriser un chaos grandissant. Monnaie bleue (Rocher, 1997), à mon sens l’une de ses réussites majeures, illustrait avec talent sa vision pessimiste d’une France décadente, au bord de la guerre ethnique et gangrenée par une corruption digne du Bas-Empire romain. Les héros de J. Leroy, généralement des professeurs de lettres en zone prioritaire (« à discrimination positive », dirait-on en Belgique), se révèlent des nostalgiques alcoolisés, à la fois bibliophiles désenchantés et amoureux passionnés qui, un soir de fin du monde, se retrouvent entraînés dans les soubresauts d’un régime à l’agonie. Tous ses livres en témoignent : à l’instar de son confrère Sébastien Lapaque, lui aussi issu de l’Action française, il se passionne pour les vins non soufrés, non filtrés, bref, de ces vins qui vous délient la langue sans vous filer une casquette à boulons.

Bol d'air, Serge Joncour

, le Vendredi, 11 Novembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions du Moteur

Bol d’air, Editions du Moteur, octobre 2011, 98 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Serge Joncour Edition: Editions du Moteur

« Au bout du chemin il y avait une ferme, la cour était sans fond, une sorte de lac épais d’où deux petits bâtiments émergeaient, […] des arbres tout autour, et au-dessus un ciel noir fait de la même boue. Ici le silence venait de loin » (page 23).

C’est dans un décor sinistre que Philippe vient prendre son bol d’air. Un décor sinistre dans lequel vivent ses parents, tout contents de la visite de leur fils qui fait une brillante carrière dans les ordinateurs, à la ville.

D’emblée, Serge Joncour dépeint les lieux, les gens et les scènes de la vie rurale avec la lenteur d’un après-midi d’automne à la campagne par temps pluvieux.

« A chaque fois qu’il retrouvait son père il ressentait ça, d’abord une affection, d’abord il le trouvait cocasse, presque amusant, puis très vite, au bout d’une heure ou deux, d’un coup ça se gâtait et il ne pouvait plus l’encadrer » (page 29).

Si Philippe s’agace très vite du comportement de ses parents, il prend cependant sur lui, car ça n’est pas véritablement l’envie de passer du temps avec eux qui l’a mené jusqu’à ce coin reculé : il est en situation de faillite personnelle, il n’a plus d’emploi et même son portable ne fonctionne plus.

Du domaine des murmures, Carole Martinez

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Du domaine des murmures. Parution : 2011, 201 P. 16,90 € . Ecrivain(s): Carole Martinez Edition: Gallimard

1187. Esclarmonde est une jeune femme au caractère trempé mais : « […] de mon désir, nul ne s’en souciait » et c’est là un cri du cœur ! Cette damoiselle, promise à Lothaire, a osé dire non, le jour de son mariage ! Même l’archevêque s’en mêle et parle de miracle lorsqu’un agneau apparaît lors de la cérémonie. Esclarmonde se tranche l’oreille et, grâce à cette « apparition », elle devient la nouvelle « Agnès ». Son père ne peut aller contre son vœu et en habile architecte mais la peine au cœur, il va faire ériger une chapelle en pierre, dans le domaine des Murmures, obéissant ainsi à la volonté de Dieu ainsi qu’à celle de sa fille :

« Si Dieu lui réclamait sa seule fille vivante, c’était sans doute pour le punir de l’avoir trop aimée, trop bien gardée, trop regardée. Cette tendresse qu’il avait eue pour son enfant avait paru coupable ». L’histoire démarre par une haine sibylline et double de la part du père.

Esclarmonde a-t-elle fait le bon choix dans sa vie quand elle dit : « J’ai creusé ma foi pour m’évader et cette évasion passe par le reclusoir. N’est-ce pas étonnant ? » Elle s’aventure effectivement sur une voie dangereuse : « […] Entre le sommet et l’abîme, il n’y a qu’un pas et la chute menace ceux qui tentent de grimper, trop vite, trop haut. La chute ou le gibet » !

Monsieur le commandant, Romain Slocombe

, le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nil

Monsieur le Commandant, Nil août 2011, 260 p., 18 euros. . Ecrivain(s): Romain Slocombe Edition: Nil

 

1942 – écrivain, académicien, Paul-Jean Husson est pétainiste ardent, collaborateur enthousiaste, antisémite actif et convaincu. Il est aussi, évidemment, catholique pratiquant, puis adultère et incestueux. En effet, il tombe amoureux de sa belle fille, juive, dont il s’emploiera un temps à faire oublier l’origine, qu’il engrossera et, pour dissimuler un tel forfait, qu’il dénoncera aux autorités allemandes, avec lesquelles il est du dernier bien, leur demandant de l’envoyer, discrètement et avec ménagement, dans un camp de concentration.

Soit, donc, le salopard supérieur, un si parfait salopard qu’il confine à la caricature. De même que ses actes qui, à force, confinent au Grand-Guignol, le Grand-Guignol n’étant pas qu’ensanglantement, mais désignant aussi un excès, qu’il soit tragique, dramatique, psychologique.

Lors, quels sont les desseins de Romain Slocombe ? De dénoncer une sombre période de l’Histoire et de non moins sombres comportements ? Mais on sait. Qui ne sait ? On le ressasse et nous le rappelle lancinemment. De dessiner les contours du Mal ? Là, aucun risque. C’était gagné d’avance – et tautologique, comme d’analyser le mal dans le Diable.

L'Estivant, Kazimierz Orlos

, le Lundi, 31 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Editions Noir sur Blanc

L’Estivant, trad. du polonais par Erik Veaux, août 2011, 128 p. 14 € . Ecrivain(s): Kazimierz Orlos Edition: Editions Noir sur Blanc


Il y a 50 ans, le narrateur a aimé Mirka, un premier amour adolescent lors de vacances au bord de la mer. Mirka est tombée enceinte, l’a écrit au narrateur.

Cinq décennies plus tard, celui-ci retrouve les lettres qu’il avait fait sortir de sa mémoire. A présent qu’il a construit sa vie, il ressent le besoin de partir à la recherche de ce passé-là, de retrouver Mirka, et leur enfant.

Il quitte le domicile familiale et part ; chemin faisant, il raconte sa quête à son fils officiel.

« J’ai mis bout à bout cette histoire à partir de notes éparses, de feuilles de cahier arrachées, de griffonnages sur des bouts de serviettes en papier du restaurant La Frégate. Et même de coupures de journaux. J’ai commencé à rédiger en novembre et fini en décembre 2003. J’ai tout mis en ordre. Rajouté par ici, enlevé par là. Aligné les jours, les semaines. Qu’après ma mort, le destinataire reçoive un texte clair. Simple, même si l’histoire elle-même, évidemment, n’est pas simple. Voici donc le texte que je destine à mon fils » (page 7).