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La rentrée littéraire

Murtoriu, Marc Biancarelli (2 recensions)

Ecrit par Emmanuelle Caminade, Etienne Orsini , le Mercredi, 19 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Actes Sud

Murtoriu (Le glas), trad. du corse par Jérôme Ferrari, Marc-Olivier Ferrari et Jean-François Rosecchi, 5 septembre 2012, 270 p. 22 € . Ecrivain(s): Marc Biancarelli Edition: Actes Sud

Recension 1

Murtoriu (Le glas) est le dernier roman de Marc Biancarelli. Ecrit en corse, comme pratiquement tous ses livres, il vient d'être publié dans sa traduction française. Au titre original, riche de connotations, a été ajouté un sous-titre intérieur, Ballade des innocents (une oraison funèbre au sens corse), soulignant l'hommage rendu par l'auteur à ces anciens Corses qu'il a connus dans son enfance et plus largement à toute cette société rurale mise à l'agonie par la guerre de 1914, comme celle de nombreuses zones montagneuses isolées dans le pays de Giono : un monde disparu dont l'inoffensif berger Mansuetu pour qui sonne le glas est le dernier témoin.

Marc-Antoine, libraire atypique et écrivain raté dont la vie sentimentale s'est avérée un fiasco, est incapable de trouver sa place dans cette société moderne pervertie par l'argent et l'égoïsme asservissant les hommes dans un rapport de domination et de soumission. Il a du mal à accorder ses mondes tant il est partagé entre sa vie présente, la réalité de ses désirs et de ses révoltes, et ses rêveries habitées par les fantômes du passé ou les créations de son imagination. Parvenu à mi-parcours, il se livre à un bilan dénué de toute complaisance, résolu à se battre pour franchir une nouvelle étape dans sa vie d'homme et d'écrivain.

Acharnement, Mathieu Larnaudie

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 18 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Acharnement, août 2012, 208 p. 19 €. . Ecrivain(s): Mathieu Larnaudie Edition: Actes Sud

 

Nul besoin de se plonger dans l’une des nombreuses biographies ou dans l’un des divers essais politiques qui accompagnent notre changement de règne. Acharnement nous propose une plongée dans les coulisses peu reluisantes, dans la cruelle fabrique de la parole politique. Ce roman détone par sa force satirique et sa lucidité, ses choix d’écriture audacieux, sa composition impeccable qui rappelle celle de L’Exercice de l’Etat.

Retiré de la vie politique et de la « confrérie des plumes », Müller s’est retranché dans une campagne aussi profonde que commune. Il croit avoir trouvé son Jardin d’Eden et tente d’y rédiger le discours parfait, revanche à son licenciement. Avec pour seule compagnie, un jardinier peu loquace dénommé Marceau. Alors que Müller s’acharne sur son texte, Marceau modèle la nature, la métamorphose en un parc luxuriant et les suicidés pleuvent depuis le viaduc qui surplombe la propriété. A ces suicides en rafale répondent les innombrables épisodes des séries télévisées qu’il regarde, les discours qui s’accumulent dans une ronde infernale. A ces chutes qui se succèdent répond la chute du grand homme pour lequel travaillait Müller. Par une série de retours-en-arrière, Mathieu Larnaudie dépeint une profession de l’ombre et relate les derniers moments de cette collaboration fusionnelle jusqu’à sa rupture brutale.

Discordance, Anna Jörgensdotter

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 17 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Jean-Claude Lattès

Discordance, août 2012. Trad suédois Martine Desbureaux. 535 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Anna Jörgensdotter Edition: Jean-Claude Lattès

 

Discordance est un roman de femme. Allons bon, c’est bien la peine d’écrire un article pour dire ça, tout le monde l’a bien vu. C’est pourtant un roman de femme. Un roman qui dit d’une femme et sur les femmes ce qu’aucun homme ne pourrait ni dire ni sentir ni vivre.

On est en Suède, sur deux décennies. 1938-1958. On commence fort : la maison de Melle Filipsson brûle. Avec Melle Filipsson dedans !

« C’est Edwin qui a sorti le cadavre, il le sait. Svarten le lui a dit quand il est arrivé. Le corps était carbonisé, et lui, Edwin, avait posé son blouson de cuir sur son visage à elle, Malva Filipsson. Ca a dû être horrible. »

Cet incendie peut être entendu comme une métaphore du livre qui suit : des femmes vouées aux flammes. Ce n’est plus le bûcher des sorcières mais celui de la vie qui leur est promise. Cent fois damnées sur terre : Enfance de servantes familiales, adolescence de proies sexuelles, mariages plus ou moins voulus, vie de domestique, vieillesse (rare) de solitude. Et les enfantements terribles, douloureux et souvent mortels :

Le couvre-feu d'octobre, Lancelot Hamelin

Ecrit par Stéphane Bret , le Dimanche, 16 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Arpenteur (Gallimard)

Le couvre-feu d’octobre, 30 août 2012, 386 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Lancelot Hamelin Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

C’est un premier roman, et il faut signer ce prime aveu : c’est largement réussi.

Trois personnages, Octavio, son frère aîné, jamais nommé dans le texte du roman, et Judith, tous trois originaires d’Oran, occupent l’intrigue. Octavio, durant sa jeunesse oranaise, a nourri une profonde passion pour Judith, fasciné par les origines juives de cette dernière, l’assimilant, dans sa condition, aux indigènes, aux Algériens musulmans. Pourtant, c’est son frère aîné qui épouse Judith.

Octavio se rend en France en 1955 pour y poursuivre des études universitaires. Deux ans plus tard en 1957, le couple s’installe aussi en métropole.

Octavio rencontre alors, dans les milieux estudiantins parisiens, des sympathisants communistes. Il se lie avec Denis, proche de cette mouvance politique, mais s’en éloigne assez vite, rebuté par sa tiédeur et son incompréhension des aspirations du peuple algérien à l’indépendance. Ultérieurement, il est mis en contact, par l’intermédiaire d’un mystérieux Egyptien, avec une cellule du FLN.

Commence alors l’initiation : les techniques pour échapper aux filatures policières, les localisations de planques, les rendez-vous secrets. Après cette mise à l’épreuve, Octavio transporte des armes, des « valises », dont la dangerosité du contenu est évidente.

Les apparences, Gillian Flynn

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Samedi, 15 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Sonatine

Les Apparences (Gone Girl), trad. USA Héloïse Esquié, août 2012, 22 € . Ecrivain(s): Gillian Flynn Edition: Sonatine

 

Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy Elliott Dune disparaît et tout laisse à croire qu’elle n’est pas partie volontairement.

Jusqu’à leur arrivée dans la ville natale de Nick, dans le Missouri, terre de Mark Twain (près d’Hannibal) où Nick jouait à Huck, Nick Dune et Amy formaient un couple parfait. Nick était journaliste et Amy écrivait des tests psychologiques de personnalité pour la presse féminine.

Amy est une légende de l’ombre : ses parents, tous deux psys, l’ont prise pour modèle (et l’ont modelée) pour une série de livres éducatifs, L’Epatante Amy. Avec le temps, cette belle et intelligente jeune femme  est devenue la personnification du cliché « les hommes la veulent, et les femmes veulent être elle ». Mais Amy est aussi victime de la crise qui frappe le monde à la fin des années 2000 et perd son travail, doit aider financièrement ses parents (le livre Amy n’est plus aussi épatant), et lorsque la mère de Nick tombe gravement malade, ils quittent leur appartement huppé de Manhattan et descendent l’échelle sociale, direction le Missouri. « Nous faisions littéralement l’expérience de la fin d’un mode de vie… »