Identification

La rentrée littéraire

La réparation, Colombe Schneck

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Grasset

La réparation, août 2012, 224 pages, 17 € . Ecrivain(s): Colombe Schneck Edition: Grasset

 

Lituanie, ghetto de la ville de Kovno, Place de la République, 26 octobre 1943 : 2800 Juifs, en rang, les uns derrière les autres, attendent leur sort.

« Pendant les Aktions, les nazis choisissaient dans le ghetto ceux qui étaient déportés vers un camp de travail, dans le Lager. Ceux qui n’étaient pas jugés aptes au travail étaient tués. Les Juifs savaient cela, il fallait à tout prix être jugé bon pour le travail pour avoir une chance de survivre. Les nazis ne séparaient pas les mères des enfants, ils étaient assassinés simultanément ».

Parmi eux, Mary, la grand-mère, Raya et Macha, ses deux filles, Max et Ulli, ses deux beaux-fils, ainsi que Salomé et Kalman, ses deux petits-enfants. Seules, Raya, mère de Salomé, et Macha, mère de Kalman, vont survivre. Mais que s’est-il passé, ce jour-là, sur la Place de la République, avec Salomé et Kalman ?

Paris, de nos jours. Depuis la fin de la guerre, Ginda, la sœur de Macha et de Raya, qui a quitté la ville de Poniwej (Lituanie), en 1926, pour faire ses études à Paris, et Hélène, fille de Ginda et mère de Colombe (Schneck) ne disent mot au sujet de cet évènement.

L'écriture de Christine Angot (A propos d'"une semaine de vacances")

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Dossiers, Etudes, La Une CED

 

L’écriture de Christine Angot : une instance mémorielle devenue tout entière écriture (Une semaine de vacances, Flammarion, 100 p., 14 €, et L’Inceste, Stock, 1999, 216 p.)

 

Angot est tenaillée dans ce court roman par un souci constant de dire le plus précisément possible la façon dont les événements évoqués dans L’Inceste (« […] la sodomisation, la voiture, le sucer dans la voiture, lui manger des clémentines sur la queue, tendue, le voir aux toilettes […] le jour où on n’est pas allés à Carcassonne ») sont advenus, la mettant à mort en tant qu’être, la réifiant totalement, elle devenue seul objet de désir, cassé, entièrement cassé entre les mains de celui qui cherche – du moins dit chercher – à ne pas lui faire mal physiquement et qui en la réduisant entièrement à un seul objet de désir, à un seul objet qu’il veut entièrement dédié à son plaisir, la tue. Lui, son père.

« Elle lui dit qu’elle adore le voir mais qu’elle ne peut pas s’empêcher d’avoir un peu peur, pour son avenir ».

Nina Volkovitch : La lignée, Carole Trébor

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 22 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Nina Volkovitch : La Lignée, septembre 2012, 220 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Carole Trébor Edition: Gulf Stream Editeur

 

Un livre capte son lecteur dès le premier coup d’œil. Des tranches dorées, une couverture intrigante où le regard vert d’une jeune fille vous fixe, des matriochkas sur fond rouge, or et turquoise. Cet ouvrage à la beauté d’icône s’intitule Nina Volkovitch. Il s’agit d’une nouvelle série historique et fantastique pour adolescents qui nous plonge dans la Russie des années 40. Le cadre s’avère original, ancré de façon solide et efficace ; l’intrigue s’impose peu à peu, distillant questionnements et mystères. L’étrange perce insensiblement dans ce récit réaliste, faille subtile dans un tableau des Ambulants.

Moscou, hiver 1948. Après avoir souffert les affres de la guerre et des privations en tous genres, Nina voit sa mère arrêtée sous ses yeux. Son crime : propagande antisoviétique ; avoir continué à défendre et à exposer des œuvres et des artistes occidentaux, jugés dangereux pour le régime en place.

« Qu’est-ce que je vais devenir, moi, fille de deux ennemis du peuple, moi, qui ai quinze ans et la taille d’un enfant de neuf-dix ans ? Moi qui ai arrêté de grandir depuis l’hiver 1941… Moi qui adorais ma mère plus que tout dans ce monde. Moi qui sui seule ».

En attendant que les beaux jours arrivent, Cécile Harel

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 21 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Les Escales

En attendant que les beaux jours reviennent, 23 août 2012, 288 pages, 20,50 € . Ecrivain(s): Cécile Harel Edition: Les Escales

 

« C’est nul de faire des gosses quand on a du talent. Il faut laisser ça aux gens qui n’ont rien d’autre pour remplir leur vie » (page 89).

A quelques semaines de Noël, Marie, quarantenaire vivant à Paris, fait comme chaque année le vœu de passer le réveillon sur la tombe de sa mère. Elle demande à son époux de l’accompagner. Leur dialogue sera l’occasion pour la narratrice de remonter le temps et de plonger dans son complexe passé familial.

« J’aurais adoré épater mon père en abordant de grands sujets comme il les aimait, mais je n’en avais ni les mots, ni la connaissance. Je me sentais idiote à ses côtés, en tous les cas pas aussi intelligente que je pensais qu’il aurait souhaité que je sois » (page 86).

Alternant le présent, et l’histoire d’amour fusionnelle qui lie Marie à son mari, et le passé, et le cheminement douloureux d’une femme qui se débat pour exister, En attendant que les beaux jours reviennent dresse le portrait d’une femme peu banale.

Les oubliés de la lande, Fabienne Juhel

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 20 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La Brune (Le Rouergue)

Les oubliés de la lande, Août 2012 283 p. 21 € . Ecrivain(s): Fabienne Juhel Edition: La Brune (Le Rouergue)

«  Il avait cherché en vain un début de sentier, un cairn édifié par un randonneur ou l'empreinte d'un pas de braconnier. Mais aucun chemin carrossable ne traversait ces arpents de bruyère... ».

D'où vient que les premières pages de ce livre, en dehors de tous les sentiers battus, nous amènent  au début de « L'homme qui rit » de Victor Hugo... quel parrainage prometteur !

Livre mosaïque, patchwork compliqué, millefeuille aux multiples niveaux de lecture, sous la surface en apparence si calme d'un étang aux couleurs du « Grand Meaulnes »...  étonnante ballade, prenante, déconcertante. Chemin sinueux, qu'on suit pourtant de bout en bout, sans rebrousser, sans regretter.

Le cadre est ce qui est le plus tangible : lande bretonne ou irlandaise, à tout le moins celto-gaëlique ; on croit même, parfois, en tendant l'oreille,  entendre  les binious. Mais le vert est d'ailleurs, la forêt d'émeraude, le marécage froid, «  même en plein cagnard ». Il y a du Brocéliande dans cet étrange livre, et de l'Alice et ses merveilles, dans ce livre étrange... des animaux comme autant de totems ; ragondin albinos, vieux chat antique qui «  adorait les pommes de terre cuites, le maïs trempé dans du lait ». De l'autre côté des portes, on a un village, où – voyez vous ça ! On ne meurt pas ! «  Une terre si improbable que même la mort ne s'aventurait pas jusque là ». Mais comment tournera l'histoire, si d'aventure, un homme y meurt ?