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La rentrée littéraire

Comme une ombre, Michel Schneider

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 06 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Roman, Grasset

Comme une ombre, 2011, 329 p., 20€ . Ecrivain(s): Michel Schneider Edition: Grasset


Michel Schneider nous offre une histoire crépusculaire sur fond de guerre d’Algérie. Deux frères liés pour le meilleur et surtout pour le pire, leurs destins entremêlés jusque dans la trame du récit. Michel, le cadet, a vécu dans l’ombre de Bernard de huit ans son aîné. Le roman fait alterner deux temps : l’enfance et la vie des deux frères dans les années 50 et 60 et l’enquête menée par Michel pour son projet d’écrire un livre sur Bernard, projet initié par la lettre envoyée par L., qui fut successivement la maîtresse des deux frères et qui donnera sa propre version de l’histoire. Trois voies-voix s’offrent ainsi pour tenter de cerner qui était Bernard.

Nos deux faux frères grandissent dans une famille de la grande bourgeoisie déchue, entre une mère indifférente et un père homosexuel vite disparu et une cohorte de frères et sœurs. Bernard aime et fait souffrir Michel, lui ouvre les yeux sur les amours de cinéma et le mystère des femmes, lui prête ses disques et distribue allégrement taloches et remarques acides. « Quoi de plus proche qu’un frère ? On a subi les mêmes parents. Quoi de plus lointain ? On a vécu la même histoire sans pouvoir s’en parler ».

Le bon, la brute, etc., Estelle Nollet

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 02 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Le bon, la brute, etc. 350 pages, 20 € . Ecrivain(s): Estelle Nollet Edition: Albin Michel

Le bon, la brute, etc. Un titre de western pour un livre qui n’en est pas un.

Le western est l’une des passions de Bang. Il aime en regarder, car, devant l’écran les choses se passent différemment que dans la vie.

« Car il ne regardait pas juste un film, il regardait des gens, oui, il pouvait les regarder à loisir et planter ses yeux dans les leurs, rien ne se passait rien ne s’interrompait rien ne basculait, tout continuait, et ça c’était magique. Il n’avait pas d’emprise sur leur vie. Le héros ne se tournerait pas vers la caméra pour dire qu’il préférait les bottes roses, pour dire que sa selle lui faisait mal aux fesses et qu’il mettait du coton dans sa culotte, pour dire qu’il avait pissé dans les bottes du joueur de poker. »

Bang a un problème. Il suffit qu’il croise une personne dans les yeux pour qu’elle lui révèle ses secrets les plus honteux, des secrets qu’elle n’aurait jamais dits à personne. Mais ce don n’en est pas vraiment un pour Bang, c’était plutôt une malédiction. Ou un coup de pas de bol.

Ses parents les premiers l’avaient abandonné à cause de ça. Nombre de gens qu’ils croisent et qui lui avouent leurs secrets veulent ensuite lui refaire le portrait.

Le système Victoria, Eric Reinhardt

Ecrit par Paul Martell , le Jeudi, 01 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Stock

Le Système Victoria, 526 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Eric Reinhardt Edition: Stock

 

En sortant d’un magasin où il vient d’acheter une peluche pour sa fille, David Kolski croise une femme. Il est fasciné. D’abord, il n’ose pas l’aborder, d’autant plus qu’il est attendu pour fêter l’anniversaire de sa fille et qu’il n’a pas de temps devant lui. Mais il décide de la suivre, d’abord dans un café, puis dans un bowling et au bout de trois heures passées à la regarder, il l’aborde enfin.

Elle lui tend une carte de visite. Elle s’appelle Victoria de Winter, elle est la responsable des ressources humaines d’une très grosse entreprise. Ils se donnent rendez-vous quelques jours plus tard dans un grand restaurant. Une liaison torride s’engage.

David n’a aucune envie d’avoir une maîtresse, mais il ne peut pas résister à l’idée de ne plus jamais revoir Victoria. Pourtant, elle représente tout ce qu’il déteste. Elle est même son contraire, mais il est subjugué et devient complètement dépendant.


Désolations, David Vann

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 31 Août 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Gallmeister

Désolations, 300 pages, 23 € . Ecrivain(s): David Vann Edition: Gallmeister

Le premier roman de David Vann, Sukwann Island, avait été un choc. Un véritable coup de poing littéraire, aussi âpre et lyrique, qui entraînait très loin dans les noirceurs de l’âme humaine et laissait pantois. Le deuxième roman de l’auteur était fortement attendu. Peut-être trop. Ce qui fait que, malgré d’indéniables qualités, Désolations ne convainc pas entièrement. Sans doute est-ce aussi dû au fait que David Vann reprend les mêmes ingrédients, la même recette, comme si, d’une certaine manière, il n’avait pas su se renouveler. La trop grande similitude entre les deux livres pousse à la comparaison et elle n’est malheureusement pas en faveur de Désolations. On a ainsi parfois l’impression de lire une version longue, et quelque peu diluée, du premier ouvrage.

Alors que Sukwann Island se concentrait sur la confrontation entre un père et son fils, Désolations voit plus large et convoque toute une famille.

La retraite arrivant, Gary et Irene ont décidé d’aller vivre sur l’île de Caribou Island (le titre original du livre), en Alaska. Pour Gary, s’installer au milieu de la nature est le rêve de toute une vie. Sa femme, elle, est beaucoup plus sceptique.

« Si vous vouliez jouer les idiots et tester vos limites, voir jusqu’où les choses pouvaient mal tourner, c’était l’endroit idéal ».

So long, Luise. Céline Minard

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 30 Août 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Denoël

So long, Luise, 2011, 218 pages, 17€. . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Denoël


Céline Minard suit un parcours des plus singuliers et nous la suivons depuis Le Dernier Monde avec un plaisir sans cesse renouvelé. So long, Luise se distingue encore une fois des précédents opus. Exit épopée de fin des temps, combats de kung-fu médiévaux et imprécations romaines, ici nous entrons en féerie. Et là encore, la magie Minard opère.

La narratrice, héroïne du roman et écrivain, achève la rédaction de son dernier texte, commencé il y a bien longtemps et remanié à de nombreuses reprises, son testament. Si Minard s’amuse avec le jargon juridique et se moque allégrement des prétendants à l’héritage, ce testament revient aux sources. Qui sont toujours sources de vie et du langage chez elle. En effet, So long, Luise signe avant tout une alliance, celle de deux femmes artistes, amoureuses et libre-jouisseuses. S’élève alors une parole testimoniale délivrant le récit de leur histoire, magnifique et débridée, pleine de folie et de savoir vivre pleinement. Festin réunissant humains et peuple faée, chasses à l’insecte, scènes de violence orchestrée par une vieille tarantinesque en puissance, ponctuent cette existence faite de petits riens et d’excès rabelaisiens.