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La rentrée littéraire

Un héros, Félicité Herzog

Ecrit par Lionel Bedin , le Mardi, 02 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Grasset

Un héros, août 2012, 302 pages, 18 € . Ecrivain(s): Félicité Herzog Edition: Grasset

Qu’est-ce qu’un héros ? n’est pas la question centrale de ce livre, de ce « roman » puisqu’il porte cette mention. Les deux interrogations principales sont plutôt : peut-on tout accepter d’un « héros », y compris la destruction de sa propre famille ? Et qu’apporte le « roman » à une histoire qui aurait pu être écrite sous la forme d’un journal ou de souvenirs ? Félicité Herzog est née en 1968. Son père est un héros. Sa mère descend d’une illustre famille française. Une histoire normale, banale. Non. Quand on lui dit « tu as la chance d’avoir un père comme le tien » Félicité garde le silence. Elle le gardera longtemps.

« Je ne sais pas si c’était le signe d’une réelle inconscience du mal ou celui d’une grande perversité mais je devinais que l’éclat de son sourire légendaire cachait des reflets plus sombres et qu’il n’était pas l’homme qu’il prétendait ».

La mère est issue d’une grande famille industrielle, noble. Elle se débat entre la révolte contre son milieu et ses amants. Les grands-parents, qui s’occupent souvent des deux enfants du couple bientôt séparé (car « rien de mon père et de ma mère ne se mariera réellement »), ont quelques habitudes un peu « anciennes, surtout celle de ne rien voir, rien dire, rien savoir ». Les apparences… Et comment faire quand « tout projet doit être apprécié à l’aune de l’exploit de l’Annapurna ou de la grandeur des Schneider » ? Car le père – Maurice Herzog – est bien le protagoniste principal.

Sex Toy, Jean-Marie Gourio

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Lundi, 01 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Julliard

Sex Toy, Août 2012, 209 p. 17 € . Ecrivain(s): Jean-Marie Gourio Edition: Julliard

Avez-vous déjà suffoqué en lisant un livre ? Avez-vous déjà été obligé de lever le nez pour souffler, inspirer, souffler ?

Sex Toy a été une lecture très, très éprouvante. Peut-être même la pire dont j’ai fait l’expérience (avec, sans doute, American Psycho ou Last Exit).

Je dis souvent qu’on lit avec ce qu’on est, ce qu’on a. Aurais-je été si ébranlé si je n’avais pas trois enfants, dont une aînée de 11 ans qui rentre au collège ? Non, bien sûr que non.

Pour tout dire, je l’ai commencé sans trop savoir (j’avais fait une demande en juin sur une description rapide). Je n’ai pas lu le courrier des éditions Julliard qui accompagnait le livre. Jean-Marie Gourio, c’était suffisant, non ? Merde, ce type nous a fait pleurer de rire avec ses Brèves de comptoir. J’ai ouvert le livre, sans même lire la quatrième de couv’. Voilà ce que j’ai lu :

En exergue, une comptine :

« Promenons-nous dans les bois

Pendant que le loup n’y est pas »

Le centaure dans le jardin, Moacyr Scliar

Ecrit par Etienne Orsini , le Lundi, 01 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Langue portugaise, Roman

Le centaure dans le jardin, trad. portugais (Brésil) Philippe Poncet, Editions Folies d’encre, septembre 2011, 346 p. 17 € . Ecrivain(s): Moacyr Scliar

 

Le centaure dans le jardin ? Kesako ? De la mythologie au ras des pâquerettes ? On aurait cent fois tort de le penser. Cet animal-là, sous la plume de Moacyr Scliar, exécute avec brio un numéro littéraire de premier ordre.

Il se prénomme Guédali et naît en 1935 au Brésil, dans la fazenda de colons juifs émigrés de Russie. « De la tête jusqu’à la ceinture, l’enfant est normal. De la ceinture jusqu’aux pieds, je suis cheval ». Brinquebalant entre drôlerie et fantastique, la créature nous entraîne dans une cavalcade rocambolesque jusqu’au milieu des années 70.

Caché d’abord par ses parents, Guédali va malgré tout avoir à se frotter au monde. La première fois, ce sera à l’occasion de sa circoncision – pas une mince affaire pour le « mohel », le religieux chargé de l’opération ! Viendra ensuite l’adolescence et son lot de désirs inextinguibles… Bientôt, les regards concupiscents dans la propriété de la belle voisine n’y suffisent plus. Le centaure s’enfuit du cocon familial, se retrouve dans un cirque, s’éprend de la dompteuse, doit s’enfuir à nouveau, et – ô surprise ! – tombe dans sa cavale sur une jolie centaurette, fort à son goût.

Pike, Benjamin Whitmer (2ème recension)

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 29 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Pike, trad. (USA) Jacques Mailhos, Septembre 2012, 264 p. 22,90 € . Ecrivain(s): Benjamin Whitmer Edition: Gallmeister

 

Pike, vieux truand reconverti dans la construction, voit débarquer un matin d’hiver des années Reagan la jeune Wendy, douze ans, sa petite fille qu’il n’a encore jamais vue. C’est que Pike a quitté son foyer, sa femme qu’il battait et sa fille, Sarah, depuis bien longtemps. Mais en apprenant que Sarah est morte, et même si on lui dit que c’est d’une overdose, Pike veut trouver un coupable et part donc pour Cincinnati avec Rory, jeune boxeur qu’il a pris sous son aile. Ils ne sont pourtant pas seuls à écumer les bas-fonds et à piétiner la neige sale qui recouvre la ville. Derrick, flic pourri jusqu’à la moelle, traîne aussi par là et tourne autour de Wendy.

Errance de personnages malmenés par la vie, pervertis par le monde de violence dans lequel ils ont vécu ou naturellement corrompus, Pike, premier roman de Benjamin Withmer, suinte la noirceur. Entre un trou du Kentucky peuplé de prolos aussi imposants que vides de sentiments (« Ils l’ont pas encore fabriquée, la cartouche de fusil à pompe capable de perforer trois cents bonnes livres de gros bouseux du Kentucky ») et les quartiers à putes et camés de Cincinnati, on patauge avec les personnages dans cette neige constamment grisâtre et boueuse qui ne dissimule plus rien de la laideur des lieux.

Rue des voleurs, Mathias Enard (2ème recension)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 28 Septembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Rue des voleurs, 256 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Mathias Enard Edition: Actes Sud

Voilà un livre politique, mais aussi (d’abord ?) un livre d’aventures qui prend pour toile de fond le Printemps arabe. La petite histoire d’un individu plongée dans la grande, encore très fraîche.

Le livre commence très fort :

« Je suis un être humain, donc un détritus vicieux esclave de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses ».

Le chien en question, c’est Lakhdar, un jeune Marocain de Tanger. Il a dix-sept ans, mais plutôt douze dans sa tête, avoue-t-il. Et les caresses qu’il recherche, ce sont celles de sa cousine Meryem, aux formes affriolantes. Mais au Maroc, certaines choses sont interdites à ceux qui ne sont pas mariés… Qu’à cela ne tienne ! Mais les deux jeunes gens se font surprendre par la famille. Incompréhension. Honte. Lakhdar est battu par son père. Il s’enfuit de la maison parentale. Il est trop orgueilleux pour revenir, demander pardon.

Commence alors une cavale. Séquence Oliver Twist. Lakhdar vagabonde à travers le pays, vit de mendicité. Quelque temps plus tard, il revient à Tanger. Grâce à l’entremise de son ami Bassam, il rejoint le « Groupe musulman pour la diffusion de la pensée coranique » et devient libraire. Mais certains membres du groupe ont parfois des comportements très étranges…