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La rentrée littéraire

Pigeon vole, Melinda Nadj Abonji

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 03 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Métailié

Pigeon vole, trad. Allemand Françoise Toraille. août 2012, 238 p. 20 € . Ecrivain(s): Melinda Nadj Abonji Edition: Métailié

 

Pour paraphraser le titre d’un essai récent, nous pourrions nous demander, à l’issue de la lecture de l’ouvrage de Melinda Nadj Abonji, ce qu’est une intégration réussie pour des immigrés.

C’est d’abord, nous dit l’auteure, encore et toujours une immense souffrance, une déchirure toujours douloureuse. Certes, l’intensité de cette douleur est variable, elle n’en est pas moins une constante : c’est le cas de la famille Kocsis, dont les parents Rosza et Miklos quittent la Voïvodine pour la Suisse alémanique, en compagnie de leurs enfants Ildiko et Nomi.

La province dont ils sont originaires est une contrée d’expression magyare, rattachée à la République populaire de Yougoslavie, puis à la Serbie, après l’éclatement de la Yougoslavie.

L’auteure décrit ainsi les tests et multiples pièges dont un immigrant candidat à une future citoyenneté suisse doit sortir vainqueur ; tests sur la langue allemande, sur l’histoire suisse, l’observance des règles de propreté, dont ce pays est si fier… Elle dépeint magnifiquement l’angoisse générée par la réponse des autorités du pays d’accueil :

Les Bourgeoises, Sylvie Ohayon

, le Mardi, 02 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Robert Laffont

Les Bourgeoises, 6 septembre 2012, 360 p. 19 € . Ecrivain(s): Sylvie Ohayon Edition: Robert Laffont

 

« J’aimerais vous raconter ces filles que j’ai voulu mépriser pour ne pas avoir à me sentir inférieure, celles à qui j’ai d’abord caché mon origine géographique comme on cache une maladie honteuse. Avec elles, j’ai découvert un monde rempli de codes insensés, un monde où l’éloquence acquise par des années d’éducation servait à parer de falbalas une violence bien plus vaste et destructrice que celle qu’on montre le soir à la télévision quand les voitures brûlent » (page 21).

Ces codes, la narratrice prénommée Sylvie se les prend en pleine figure – il faut dire qu’elle le cherche un peu – dès la fin de son adolescence. Elle-même habite à La Courneuve, dans cette cité des 4000 qui l’a vue naître. Sa vie de lycéenne est à des kilomètres, au sens propre comme figuré, de celle des demoiselles fréquentant Janson-de-Sailly (rue de la Pompe, Paris XVIème).

Mais plutôt que de fuir ou de rejeter, la jeune femme cherche à comprendre. Elle observe pour mieux déceler les failles et les douleurs, met ces héritières face à leurs contradictions.

Un héros, Félicité Herzog

Ecrit par Lionel Bedin , le Mardi, 02 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Grasset

Un héros, août 2012, 302 pages, 18 € . Ecrivain(s): Félicité Herzog Edition: Grasset

Qu’est-ce qu’un héros ? n’est pas la question centrale de ce livre, de ce « roman » puisqu’il porte cette mention. Les deux interrogations principales sont plutôt : peut-on tout accepter d’un « héros », y compris la destruction de sa propre famille ? Et qu’apporte le « roman » à une histoire qui aurait pu être écrite sous la forme d’un journal ou de souvenirs ? Félicité Herzog est née en 1968. Son père est un héros. Sa mère descend d’une illustre famille française. Une histoire normale, banale. Non. Quand on lui dit « tu as la chance d’avoir un père comme le tien » Félicité garde le silence. Elle le gardera longtemps.

« Je ne sais pas si c’était le signe d’une réelle inconscience du mal ou celui d’une grande perversité mais je devinais que l’éclat de son sourire légendaire cachait des reflets plus sombres et qu’il n’était pas l’homme qu’il prétendait ».

La mère est issue d’une grande famille industrielle, noble. Elle se débat entre la révolte contre son milieu et ses amants. Les grands-parents, qui s’occupent souvent des deux enfants du couple bientôt séparé (car « rien de mon père et de ma mère ne se mariera réellement »), ont quelques habitudes un peu « anciennes, surtout celle de ne rien voir, rien dire, rien savoir ». Les apparences… Et comment faire quand « tout projet doit être apprécié à l’aune de l’exploit de l’Annapurna ou de la grandeur des Schneider » ? Car le père – Maurice Herzog – est bien le protagoniste principal.

Sex Toy, Jean-Marie Gourio

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Lundi, 01 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Julliard

Sex Toy, Août 2012, 209 p. 17 € . Ecrivain(s): Jean-Marie Gourio Edition: Julliard

Avez-vous déjà suffoqué en lisant un livre ? Avez-vous déjà été obligé de lever le nez pour souffler, inspirer, souffler ?

Sex Toy a été une lecture très, très éprouvante. Peut-être même la pire dont j’ai fait l’expérience (avec, sans doute, American Psycho ou Last Exit).

Je dis souvent qu’on lit avec ce qu’on est, ce qu’on a. Aurais-je été si ébranlé si je n’avais pas trois enfants, dont une aînée de 11 ans qui rentre au collège ? Non, bien sûr que non.

Pour tout dire, je l’ai commencé sans trop savoir (j’avais fait une demande en juin sur une description rapide). Je n’ai pas lu le courrier des éditions Julliard qui accompagnait le livre. Jean-Marie Gourio, c’était suffisant, non ? Merde, ce type nous a fait pleurer de rire avec ses Brèves de comptoir. J’ai ouvert le livre, sans même lire la quatrième de couv’. Voilà ce que j’ai lu :

En exergue, une comptine :

« Promenons-nous dans les bois

Pendant que le loup n’y est pas »

Le centaure dans le jardin, Moacyr Scliar

Ecrit par Etienne Orsini , le Lundi, 01 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Langue portugaise, Roman

Le centaure dans le jardin, trad. portugais (Brésil) Philippe Poncet, Editions Folies d’encre, septembre 2011, 346 p. 17 € . Ecrivain(s): Moacyr Scliar

 

Le centaure dans le jardin ? Kesako ? De la mythologie au ras des pâquerettes ? On aurait cent fois tort de le penser. Cet animal-là, sous la plume de Moacyr Scliar, exécute avec brio un numéro littéraire de premier ordre.

Il se prénomme Guédali et naît en 1935 au Brésil, dans la fazenda de colons juifs émigrés de Russie. « De la tête jusqu’à la ceinture, l’enfant est normal. De la ceinture jusqu’aux pieds, je suis cheval ». Brinquebalant entre drôlerie et fantastique, la créature nous entraîne dans une cavalcade rocambolesque jusqu’au milieu des années 70.

Caché d’abord par ses parents, Guédali va malgré tout avoir à se frotter au monde. La première fois, ce sera à l’occasion de sa circoncision – pas une mince affaire pour le « mohel », le religieux chargé de l’opération ! Viendra ensuite l’adolescence et son lot de désirs inextinguibles… Bientôt, les regards concupiscents dans la propriété de la belle voisine n’y suffisent plus. Le centaure s’enfuit du cocon familial, se retrouve dans un cirque, s’éprend de la dompteuse, doit s’enfuir à nouveau, et – ô surprise ! – tombe dans sa cavale sur une jolie centaurette, fort à son goût.