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La rentrée littéraire

D'un pays sans amour, Gilles Rozier

Ecrit par Anne Morin , le Vendredi, 21 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Récits, Grasset

D’un pays sans amour, 439 pages, 2011, 21,50 € . Ecrivain(s): Gilles Rozier Edition: Grasset


A Rome, dans son palais, Sulamita, une très vieille dame, vit volontairement recluse dans quelques pièces, hors du temps. Elle règne sur une bibliothèque dont elle a patiemment collecté les pièces, des archives, des livres. Peut-être ce que Claudel aurait appelé des « documents démantibulés ». Elle est la mémoire de ce pays perdu, le Yiddishland d’où a rayonné entre deux guerres à Varsovie la plus haute poésie. Cette langue immémoriale, le yiddish, rejaillissant à travers les œuvres telle une source inspirée, et inspiratrice.

A Paris, un jeune orphelin Pierre, trouve chez un bouquiniste une revue illustrée par Chagall où figure un écrit d’un certain Uri-Zvi Grinberg. A la recherche de ses origines, désormais seul au monde avec un nom, celui de sa grand-mère polonaise, il entre en correspondance avec Sulamita, et ils se rencontrent dans ce qu’elle appelle son « palais de mémoire ».

Entre la vieille dame et le jeune homme s’ouvre une histoire d’amour et de correspondances : elle retrouve en lui Ezra, l’amour perdu de sa jeunesse, et lui Anna, sa grand-mère.

Hymne, Lydie Salvayre

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 18 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Seuil

Hymne, aout 2011, 240 pages, 18 euros . Ecrivain(s): Lydie Salvayre Edition: Seuil


Woodstock, 18 aout 1969, 9 heures du matin. Ils sont vingt mille, fatigués, endormis, là depuis trois jours, trois jours de fête, de musique. Ils sont vingt mille, sur les quatre cent cinquante mille, qui auront attendu. C’est la presque fin du festival, le premier du genre, trois jours dans la boue, les images qui existent l’attestent, trois jours  de  musique, Bob Dylan, Carlos Santana, les Who, bien d’autres encore. Jimi Hendrix entame, ce matin, ce qui restera un cri d’amour et de désespoir, The Star Spangled Banner, l’hymne national américain, et vingt mille personnes seront abasourdies par la puissance du cri, l’énormité du son, et la solitude du musicien.

C’est là l’origine du beau texte de Lydie Salvayre, ce matin duquel personne ne sera sorti indemne, texte écrit comme la musique de Hendrix, une respiration haletante, aux syncopes magistrales, aux harmonies rugueuses. Lydie Salvayre écrit sous la dictée de cette musique dont elle dit qu’elle fut « un cri insoutenable, insoutenablement beau, et paradoxalement libérateur ». Pour elle, ces trois minutes et quelque quarante secondes concentrent les blessures du musicien et « tous les refus d’une jeunesse que l’avidité, la brutalité et le prosaïsme de la société d’alors révulsaient jusqu’à la nausée ».

Guerres et paix chez les atomes, Sam Kean

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 16 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Jean-Claude Lattès, Contes

Guerres et paix chez les atomes, traduit de l’anglais (US) par Bernard Sigaud, 440 p. 10/2011. 23.00 € . Ecrivain(s): Sam Kean Edition: Jean-Claude Lattès

Le titre original est : the disappearing spoon, and others tales of madness, love and the history of the world from the periodic table of the elements.

On peut aussi bien traduire : la cuillère éclipsée, et autres contes de la folie, de l’amour et de l’histoire du monde à partir du tableau périodique des éléments.

La cuillère magique, souvent présentée dans les foires et toujours présentée dans les shows électroniques grand public, continue à surprendre. La magie, manipulation et prestidigitation, s’envisage aussi sous l’angle de l’obstacle épistémologique. Son destin traverse plusieurs phases, superposables dans le temps. Croyance, curiosité, frein au savoir et éradication de l’esprit scientifique. Mais ce n’est pas aussi simple. Et les éléments insécables (qui sont eux-mêmes devenus coupables) recèlent une poésie et une grammaire, une alchimie et un savoir, une psychologie et une sociologie, des mystères et des lumières qu’a su restituer Sam Kean dans un bel ouvrage littéraire (le peu d’illustrations pourrait souligner ce trait), ouvrage qui n’a rien à voir avec une « chimie pour les nuls ». A moins que ces pseudo-nuls troquent leur bêtise contre une candeur féconde.

Le Juif de service, Maxim Biller

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 16 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Récits, L'Olivier (Seuil)

Le Juif de service, Septembre 2011. 160 p. 19 € . Ecrivain(s): Maxim Biller Edition: L'Olivier (Seuil)

Le titre de ce livre est assurément à prendre comme un manifeste. Dans ce récit – bouquet de bribes autobiographiques de l’auteur – on a le sentiment que Maxim Biller s’installe volontairement dans la position de l’écrivain-juif-qui-ressemble-aux-écrivains-juifs. L’écrivain juif de service donc !

 

Des passages qui évoquent Shalom Auslander :

« L’été 1977 je voulais m’installer dans un kibboutz, me mettre au travail à 5 heures et avoir toute ma journée libre à partir de 13 heures. (…) L’été 1980 je partis pour trois semaines dans un kibboutz mais fichai le camp au bout de trois jours parce que je ne voulais pas travailler pour rien, surtout à 5 heures du matin, et pissai par vengeance dans la haie de citronniers »


D’autres où on navigue dans l’univers de Woody Allen :

« Je suis juif parce qu’à vingt ans je racontais déjà des histoires juives, parce que la perspective de prendre froid me fait plus peur que celle d’une guerre et parce que je considère que le sexe est plus important que la littérature. »

Un sujet français, Ali Magoudi

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 15 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Un sujet français, 410 pages, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Ali Magoudi Edition: Albin Michel


« Ma vie est un véritable roman. Quand tu seras grand, je te la raconterai et tu l’écriras », disait souvent Abdelkader Magoudi à son fils, Ali, l’auteur du livre, psychanalyste de formation. Mais le père n’a jamais raconté et il a emporté dans sa tombe les secrets de cette vie romanesque. Une vie marquée par la colonisation française, par son statut d’immigré nord-africain débarquant en France, par l’occupation allemande, par Vichy, par le nazisme, par le communisme en Pologne ou la décolonisation…

Ali Magoudi décide de se lancer dans l’enquête, car il a un fils en âge de poser des questions et qu’il veut pouvoir lui donner des réponses.

Il part de quelques documents. Il va devoir fouiller dans les archives de l’administration française. Il voyagera aussi en France, en Pologne ou en Algérie, sur les traces de son père. Le travail est long et fastidieux, il avance par sauts de puce, à peine des grains de poussière. Quand il avance…

« Je mesure la démesure des territoires mnésiques à conquérir ».