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La rentrée littéraire

L'expérience Oregon, Keith Scribner

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 05 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Christian Bourgois

L'expérience Oregon (The Oregon Experiment), septembre 2012, trad. USA Michel Marny, 526 p. 21 € . Ecrivain(s): Keith Scribner Edition: Christian Bourgois

 

A quoi tient le malaise, agaçant, qui s’installe et persiste à la lecture de ce livre ? Probablement à une question qui reste sans réponse. Quel en est l’objet ?

Un couple new-yorkais vient s’installer loin, très loin de la grande Cité : dans l’Oregon. Il est professeur d’université, spécialisé dans l’histoire des mouvements politiques, en particulier sécessionnistes. Elle, était un « nez » ! Oui un nez, une spécialiste de l’olfaction, employée avec un succès considérable dans la fabrication des parfums. Mais voilà : à la suite d’un choc à la tête elle a perdu tout sens olfactif. Elle souffre de ce que la médecine appelle « anosmie ». Elle en est fortement déprimée et la décision de l’exil rural en est une conséquence.

On se prend à penser que le sujet du roman est justement l’exil rural pour des citadins shootés au CO2.

« New-York manquait à Naomi. Elle appelait trop souvent ses vieux amis. Elle lisait les pages Arts du Times avec trop d’attention. Elle se retrouve à attendre au coin des rues du centre-ville que passe un bus dont elle pourrait humer une bouffée brûlante de gaz d’échappement. Un marteau piqueur, un klaxon, même le plus petit bouchon l’apaisaient comme une odeur de son enfance. »

I Cursini, Alix Deniger

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 04 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Série Noire (Gallimard)

I Cursini, septembre 2012, 288 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Alix Deniger Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Il y a bien longtemps que l’histoire du conflit en Irlande du Nord alimente le roman noir. En France, par contre, les mouvements nationalistes ou indépendantistes, que l’on pourrait penser être une mine pour le genre, ont assez peu inspiré les auteurs à quelques exceptions près, comme Hervé Le Corre dans Du sable dans la bouche, cavale aux côtés de la rescapée d’un commando basque poursuivie par un tueur. C’est donc avec curiosité que l’on a abordé ce I Cursini, écrit par ailleurs par un auteur connaisseur du dossier corse pour y avoir travaillé en tant qu’agent des Renseignements Généraux.

I Cursini, c’est donc les histoires croisées d’un commando de têtes brûlées (et vides), engagées par des indépendantistes à bout de souffle mais qui auraient tout aussi bien pu basculer du côté du banditisme, ainsi que des agents qui les suivent et essaient de déterminer leur rôle et leur action avant de pouvoir leur tomber dessus. Une trame a priori simple pour une histoire – et une réalité – bien plus complexe où les politiques, du côté de l’État ou des nationalistes, ont leur mot à dire et tiennent ou essaient de tenir la bride aux hommes de terrain, où les frontières entre lutte de libération nationale et banditisme sont poreuses, et où tous ceux qui veulent obtenir ou ne pas concéder une once de pouvoir jouent des parties de billard à trois, quatre ou cinq bandes dans l’espoir d’emporter le morceau.

Le royaume de cette terre, Hoda Barakat

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 04 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Pays arabes, Actes Sud

Le royaume de cette terre, trad. arabe (Liban) par Antoine Jockey, septembre 2012, 343 p. 22,52 € . Ecrivain(s): Hoda Barakat Edition: Actes Sud

Les enfants esseulés du Liban

Le roman se déroule dans la très haute montagne libanaise, au nord du pays dans un village maronite totalement coupé du monde. Le père, un descendant du clan des Mouzawaq, a été surpris par une tempête alors que ce n’était pas encore la saison où la nature déploie sa colère. Il meurt seul sans que sa prière soit exaucée : « (…) le corps pris par le gel, il a trépassé sur la route de Dahr al-Jurd, avant d’être dévoré par les loups et les hyènes. Mon père dont le cercueil est resté vide sauf d’un évangile déposé à la place de sa dépouille ». Ainsi, la tragédie entre-t-elle avec fracas dans l’histoire non seulement de cette famille mais aussi du peuple maronite et par extension du peuple arabe comme le précisera l’auteur elle-même sur les ondes de France Culture tout récemment.

En effet, après la description de cet épisode qui ouvre le roman, Hoda Barakat décide de confier le récit aux enfants du défunt. D’abord à Salma, l’aînée qui est considérée ici comme la gardienne de la cohésion de la famille et de ses traditions. Il y a aussi Tannous. Il joue le rôle de conteur. C’est le frère aimé de Salma marqué par la fragilité et la culpabilité d’avoir laissé son père seul face à la mort. Sa vie durant suivra un itinéraire en zigzag. Errant et sans attache, il ne possède que sa magnifique voix héritée de son père et de ses ancêtres avant lui. Il est dit que sa voix est douce « comme celle de son père et de tous les hommes du clan Mouzawaq ».

Musique Absolue, Bruno Le Maire

Ecrit par Romain Vénier , le Jeudi, 04 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Musique absolue Une répétition avec Carlos Kleiber, août 2012, 109 p. 11,90 € . Ecrivain(s): Bruno Le Maire Edition: Gallimard

 

 

Dans ce court opus de quelques dizaines de pages, Bruno le Maire nous emmène dans un univers : celui de la musique, de l’orchestre, de la vie d’un musicien d’exception. Il prend pour cela le prétexte d’une rencontre entre un jeune journaliste et un violoniste d’orchestre, âgé, qui a connu le grand Carlos Kleiber (1930-2003). Le violoniste germanique maintenant octogénaire revient, tout l’ouvrage durant, sur ce chef qu’il a côtoyé.

Alors, « Roman », vraiment ? On en douterait tant le personnage principal, le chef admiré, prend de place dans le monologue quasi ininterrompu du violoniste. Aussi, le sous-titre du livre d’emblée le restreint à ce qu’en fait il n’est pas, tant les propos mêlés du violoniste vont bien au-delà des souvenirs d’une répétition. Voilà pour la première de couverture, qui ne doit pas arrêter ; les premières pages passées on est de toute façon happé par ce flot de paroles continu, ponctué de conseils et remarques au jeune journaliste français.

Snuff, Chuck Palahniuk

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 03 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Sonatine

Snuff, trad. de l’américain par Claro, 20 septembre 2012, 216 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Chuck Palahniuk Edition: Sonatine

 

Amis de la poésie palahniukienne, bonjour !

Avec Snuff, l’espoir renaît. L’espoir après Pygmy, le précédent Palahniuk, cet ersatz de roman, une catastrophe, sans doute l’un des pires livres écrit ces dernières années. Impossible à achever même avec la meilleure volonté du monde. Comment un éditeur a osé publier cette « chose » ? Sans doute parce qu’elle était signée Chuck Palahniuk et quand on est un auteur de cette renommée, une véritable rock-star, on peut tout se permettre. Et même de faire de la daube. Et même de prendre son public par-dessus la jambe.

Mais on est prêt à lui pardonner. Car avant, il y a eu quelques sacrées pépites. Un humour très noir, des situations trash jusqu’à la nausée, un style syncopé qui peut produire des merveilles : Fight club, Survivant, Choke, Berceuse. Ou des résultats plus inégaux : A l’estomac, Peste. Ou alors la mayonnaise ne prend pas : Pygmy, Journal intime.