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La rentrée littéraire

Les quatre éborgnés, Alice Massat

Ecrit par Gilles Brancati , le Mardi, 08 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Joelle Losfeld

Les quatre éborgnés, sortie : 10 janvier 2013, 160 p. 16,90 € . Ecrivain(s): Alice Massat Edition: Joelle Losfeld

 

Bienvenue chez vous, « frères humains ». Jusqu’à quel degré ressemblons-nous aux personnages du livre. Sommes-nous Lune, Jefferson, Gaspard, Ugolin ou bien plus sûrement un peu tous à la fois au gré des circonstances de nos vies. Par choix ou par nécessité ? Car c’est le propos de ce livre : jusqu’où sommes-nous capables d’aller pour satisfaire nos besoins ? Jusqu’à demander un sac rempli de billets de banque en échange d’une déclaration publique ? S’agit-il d’un « œil pour œil », d’individus en situation d’échanges permanents. Feutrée ou plus violente, la sollicitation des autres et l’ajustement de nos comportements est permanent.

Lune débute un stage dans un journal qui hésite pour sa une entre deux sujets et les traite parallèlement jusqu’au dernier moment. S’ensuivent des rencontres dans un univers beaucoup plus réduit qu’on ne le croit. La « une » la plus probable concerne un écrivain dont Lune est devenue la secrétaire par le hasard d’une rencontre et dont il est le protecteur. Elle n’a pas d’objectif précis, elle est en errance affective et professionnelle et sans les ressources qui lui offriraient une autonomie. Ses choix, comme ceux des autres, sont alors guidés par la nécessité. Elle n’y échappe pas, elle est une héroïne ordinaire.

Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari (2 recensions)

Ecrit par Yann Suty, Stéphane Vinckel , le Mercredi, 07 Novembre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Le sermon sur la chute de Rome, 22 août 2012, 208 p. 19 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

Recension 1

 

Dans un petit village corse perché loin de la côte, il est de tradition que les hommes, à la fin de la journée, se retrouvent dans le petit bar local, l’épicentre de leur univers. Parmi ces hommes, nombreux sont ceux qui ont quitté le village et leur île, mais qui ont fini par revenir pour y ruminer leurs échecs, leur existence dépourvue de gloire, leurs rêves brisés, à l’instar de Marcel Antonetti, né à la fin de la première guerre mondiale. La « malédiction » se transmet d’une génération à l’autre. Des décennies plus tard, le petit-fils de Marcel, Matthieu connaîtra une expérience similaire.

A la mort de sa femme, Marcel ne veut pas s’occuper de son fils nouveau-né, Jacques, et il le confie à sa sœur. Quelques années plus tard, Jacques tombe amoureux de sa cousine, Claudie, avec laquelle il a grandi. Ils se marient (« Pour beaucoup, ce mariage n’est pas celui de l’amour mais du vice et de la consanguinité ») et ont un fils, Matthieu, et une fille, Aurélie.

Munitions, Ken Bruen

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 21 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Série Noire (Gallimard)

Munitions, Ken Bruen, (Ammunition, 2007), Strad. de l’anglais (Irlande) par Daniel Lemoine, 13 octobre 2012, 240 p. 20 € . Ecrivain(s): Ken Bruen Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Septième volume de la série de romans consacrés aux flics londoniens Roberts et Brant, Munitions met Brant, le membre du duo répondant le mieux à la définition du psychopathe, aux prises avec un esprit criminel qui a décidé de l’éliminer. Et ce n’est pas une balle dans le buffet qui va rendre Brant de meilleure humeur.

Ken Bruen continue donc de s’en donner à cœur joie avec ses antihéros aussi patibulaires qu’hilarants et, surtout, ne cesse d’étoffer la galerie de portraits qui évoluent autour d’eux ; certains de ses personnages annexes prenant même peu à peu le relais d’un duo qui, sans cela, tournerait franchement en rond. Ce sont ici Nash, le flic homo et intègre lié par une incompréhensible amitié à Brant, et Falls, disciple féminin du même Brant qui se trouvent aux avant-postes. Le premier, assisté d’un flic américain modèle Dirty Harry venu traquer les terroristes en Grande-Bretagne, court après le commanditaire du meurtre raté de Brant dont peu de monde semble se soucier.

Loco, Joël Houssin

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 20 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Science-fiction, La Une Livres, Roman

Loco, Ed. Ring, 20 septembre 2012, 240 p. 16 € . Ecrivain(s): Joël Houssin

« La planète n’était plus qu’un gigantesque mausolée à ciel ouvert de cinq milliards de morts ».

« On ne voyait, en guise d’étoiles, que le ciel de cendres qui crachait de temps à autre toute sa merde noire et radioactive sur la terre, ondées infécondes dont il fallait se protéger pour survivre quelques mois de plus… ».

Un programme fou, la Black Box, a déclenché une catastrophe nucléaire. La planète a été ravagée, elle n’est plus qu’une terre gorgée de sang. Désormais, deux mondes cohabitent. D’un côté les rescapés et de l’autre les contaminés. Les premiers errent dans les paysages dévastés, avec une espérance de vie limitée. On n’y rencontre quasiment jamais de vieillards, et les enfants sont plus que rares. Les seconds sont protégés dans leur bulle, à l’abri de l’atmosphère empoisonnée.

Le monde que décrit Joël Houssin pourrait être le monde de demain. C’est peut-être déjà celui que nous connaissons aujourd’hui, dans une métaphore à peine voilée. Deux classes antagonistes, une autre forme d’apartheid. D’un côté les gens en bonne santé, de l’autre les contaminés. Aucun terrain d’entente n’est et ne sera possible. Les uns ne peuvent aller dans le monde des autres sans se faire contaminer. Les autres sont exterminés s’ils tentent de s’infiltrer dans le monde protégé.

D'autres vies, Imane Humaydane

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 19 Octobre 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Verticales, Moyen Orient

D’autres vies, trad. arabe Nathalie Bontemps, septembre 2012, 189 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Imane Humaydane Edition: Verticales

 

C’est un livre-vie-voyage, un peu comme Le garçon qui voulait dormir d’Aharon Appelfeld, auquel on pense tout du long.

Il en va de souffrances fondatrices qui, chez l’un, le tenaient dans un sommeil écran, et chez elle – Myriam – la bloquent dans un avion qui va d’un point à l’autre, comme si se poser quelque part était impossible. C’est du reste un aéroport qui illustre la couverture de ce beau livre attachant, qui, comme celui de l’écrivain israélien, décline lieu, mémoire et identité.

Une superbe chanson de Maxime Le Forestier disait : « être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… Y’a des oiseaux de basse-cour et des oiseaux de passage, ils savent où sont leurs nids, qu’ils rentrent de voyage, ou qu’ils restent chez eux, ils savent où sont leurs œufs… ».

C’est bien de tout ça dont il est question, quand on est Beyrouthaise – vieille famille druze de la Montagne à cèdres – qu’on est parti, en pleine guerre, quand les bombes tuaient les frères, rendaient fous les pères, et muettes les mères ; quand les paysages, le soleil et même la Méditerranée explosaient.