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La rentrée littéraire

L'enfant de Calabre, Catherine Locandro

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 26 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

L'enfant de Calabre. Janvier 2013. 265 p. 18 € . Ecrivain(s): Catherine Locandro Edition: Héloïse D'Ormesson

Indochine, Diên Biên Phu. Année 1954. Deux jeunes hommes, Vitto Ivaldi et Matteo Lanfredi. Célibataires, même stature, même physique, même teint, le premier originaire de Calabre, le second de Sicile. Tous deux, légionnaires. Même affectation, 1/2e REI (Régiment Etranger d’Infanterie). L’un est caporal, l’autre soldat. Motif de leur engagement, la fuite du passé. Le premier a quitté sa famille, le second n’en a plus. Seul contact extérieur, leur marraine de guerre via des échanges épistolaires. Ils veillent l’un sur l’autre, en vrais frères. Non pas, par seul respect du Code d’honneur de la Légion étrangère, mais par esprit de fratrie, selon le principe de «la solidarité étroite qui doit unir les membres d'une même famille».

Leur environnement, une plaine abritant des rizières et des champs, traversée par une rivière, dénommée Nam Youn ; une piste d’avion ; à proximité pour certains, plus éloignés pour d’autres, des points d’appui (PA) portant des prénoms féminins ; les reliant, des tranchées. Tout autour, à plusieurs kilomètres, des collines boisées. Leurs journées s’écoulent, invariablement identiques, l’attente est longue, angoissante. « La routine des travaux de fortification le jour, avec ces points d’appui aux prénoms de femmes – Huguette, Isabelle, Béatrice, Claudine …- dont il fallait inlassablement consolider les abris et les positions de combat… Les tirs d’obus viets en pleine nuit… La peur au ventre, à chaque départ en mission, et cette odeur de mort qu’il ramenait avec lui, qui imprégnait ses vêtements et sa peau…[…] »

La Nuit Pacifique, Pierre Stasse

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 19 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Flammarion

La nuit pacifique, janvier 2013, 250 p. 18 € . Ecrivain(s): Pierre Stasse Edition: Flammarion

 

 

De nos jours. Royaume de Thaïlande, sa capitale Bangkok, appelée officiellement Krung Thep, La Cité des Anges. Hadrien Verneuil, la trentaine. Son associé, Vichaï. Leur société, Improved Numeric Life Company (I.N.L.). Son domaine d’expertise : la retouche photographique. Son objectif : (re)donner vie à l’image, modifier les clichés, les retravailler pour des affiches publicitaires, supprimer des éléments, changer les scènes de crimes, les manipuler en effaçant ici des individus, là des sacs de drogue. Ses clients : des particuliers, des entreprises ainsi que le pouvoir politique, la police, l’armée.»

Son départ du Nord de la France, son installation à Bangkok, une nécessité. Son travail, un exutoire. Une façon personnelle de travestir sa propre réalité, de se reconstruire, d’éviter que le passé ne vienne étouffer le présent et d’amoindrir sa douleur. Le drame, son drame, la mort de sa sœur, Cécile, décédée voilà vingt ans, dans un étang. Il avait quatorze ans, elle seize.

Comment trouver l'amour à cinquante ans quand on est parisienne (et autres questions capitales), Pascal Morin

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mardi, 15 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La Brune (Le Rouergue)

Comment trouver l’amour à cinquante ans quand on est Parisienne (et autres questions capitales), janvier 2013, 192 p. 18 € . Ecrivain(s): Pascal Morin Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

Derrière un titre à rallonge (serait-ce un effet de mode ?), Pascal Morin offre aux lecteurs, dans ce cinquième ouvrage, un conte contemporain résolument optimiste. Inutile de chercher parmi les protagonistes, dont les vies vont s’entrecroiser au fil du récit, un véritable méchant. Tel n’est pas son propos.

Personnage pivot du roman, Catherine Tournant, professeur de français dans le neuf trois, exilée de sa province natale, Parisienne d’adoption, de cœur et de culture, est, sans le vouloir ni le préméditer, au centre d’un petit maelström qui va transformer radicalement la destinée d’une poignée de personnes, sans épargner la sienne.

Choisissant de bâtir son roman autour de clichés de société, Pascal Morin prenait des risques calculés. La façon dont il campe ses principaux personnages est, à ce titre, édifiant :

Natacha Jackowska, 18 ans, jeune lycéenne rebelle et paumée, anorexique parce que orpheline d’une mère émigrée polonaise morte « étouffée par son propre corps devenu difforme », est obsédée par son look.

Lumières de Pointe-Noire, Alain Mabanckou

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 14 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Biographie, Récits, Seuil

Lumières de Pointe-Noire, janvier 2013, 286 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Alain Mabanckou Edition: Seuil

 

C’est du côté de l’enfance et de l’adolescence que nous emmène Alain Mabanckou dans ce très beau récit autobiographique qui dévoile aussi bien les souvenirs de l’écrivain que les étapes de ce voyage de retour sur les terres natales après vingt-trois d’absence. Rien de moins facile que de revenir et d’affronter les morts comme les vivants, les inévitables chamboulements du réel balayant les traces de la mémoire, le sentiment de l’altérité, d’être devenu un étranger dans son propre pays.

« J’erre dans le quartier Voungou en cette fin d’après-midi. Peut-être pour rechercher des indices qui me rappelleraient les vadrouilles de mon enfance dans les parages. Je reste parfois immobile pendant quelques secondes, persuadé que ceux-ci ne pourraient me dévoiler le vrai visage de choses qui se bousculent dans ma mémoire et dont les contours sont devenus imprécis avec le temps. Ceux qui me croisent pressentent que je ne suis pas d’ici – ou plutôt ne suis plus d’ici – car qui, en dehors des fous de la ville, oserait par exemple s’attarder sur un tas d’immondices, sur une carcasse d’animal ou s’émouvoir devant le caquètement d’une poule dont on ignore ce qu’elle fait sur un des étals d’un marché désert ».

La tunique de glace, William T. Volmann

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 12 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi

La Tunique de glace (The Ice-Shirt), traduit de l’anglais (USA) par Pierre Demarty janvier 2013, 680 p. 22 € . Ecrivain(s): William T. Volmann Edition: Le Cherche-Midi

 

La Tunique de Glace est l’un des « Sept rêves » de William T. Vollmann, une saga monumentale dont, à ce jour, quatre volumes ont été publiés : les volumes 1 (La Tunique de glace), 2 (Fathers and Crows, 1992, inédit en français), 3 (Argall : The True Story of Pocahontas and Captain John smith, 2001, inédit en français) et 6 (Les Fusils, 1994, Le Cherche-Midi, repris en Babel).

Dans ses Sept rêves, William T. Vollmann cherche à créer une « Histoire symbolique » de l’Amérique, c’est-à-dire un récit de ses origines et de ses métamorphoses. Et Vollmann n’est, bien heureusement pour nous, pas un historien ! Avec lui, la vérité n’est pas toujours littérale. Il prend ses aises avec elle. Il mélange les récits, triche sur les emplacements et les descriptions, détourne ses sources (l’auteur nous l’avoue, mais le profane n’y verra sans doute que du feu…).

Pour Vollmann, cette infidélité permet « une appréhension plus profonde de la vérité ». Il dit qu’il fait dans ce Rêve plusieurs choses qui n’ont, à strictement parler, aucune justification, mais à ses yeux, cela signifie qu’elles sont « parfaitement valables ».