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La rentrée littéraire

L'accordeur de silences, Mia Couto

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 23 Juillet 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Métailié

L’accordeur de silences, 238 p., 19 €, traduit du portugais (Mozambique) par Elisabeth Monteiro Rodrigues. . Ecrivain(s): Mia Couto Edition: Métailié

Sous le sceau de Hermann Hesse « toute l’histoire du monde n’est qu’un livre d’images reflétant le désir le plus violent et le plus aveugle des hommes : le désir d’oublier », Mia Couto prête sa plume acérée à un jeune garçon de 11 ans, l’accordeur de silences, précisément. On n’oublie pas comme ça.

Qu’est-il arrivé ? Il fait partie des derniers survivants. C’est LE père, Silvestre, qui le dit. Les femmes ? demande sans cesse ce petit groupe d’hommes. TOUTES DES PUTES, répond Sylvestre à l’envi. Et le chef a toujours raison, surtout quand il a été une mère, et surtout si sa libido se satisfait au cul d’un âne.

Ce sera une femme singulière qui va jouer le rôle de main invisible et bouleverser l’agencement protégé de la réserve plus très naturelle africaine et d’un système familial ethnocentré à l’extrême, mâle exclusivement et donc condamné à la fin du monde avant la fin du monde. « Une vie entière peut basculer en un seul jour… » (p.103). Il s’agira donc d’oublier l’ancien monde pour grandir et devenir adulte pour de bon, pour de vrai, si cela est possible. Ces possibles, pour exister, ne peuvent que prendre la voie de la poésie, voix silencieuse entre toutes.

La tristesse des anges, Jon Kalman Stefansson

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 22 Juillet 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Gallimard

La tristesse des anges, (Harmur Englanna) trad de l'islandais par Eric Boury, 382 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Jon Kalman Stefansson Edition: Gallimard

Après Entre ciel et terre, Jón Kalman Stefánsson nous embarque avec La tristesse des anges, dans un nouveau périple dans les rudes terres islandaises de la fin du XIXe siècle.

Ce deuxième roman commence quelques semaines après la mort de Bárður, le héros de son premier livre. Certains personnages sont de nouveau conviés, comme le gamin. Alors que le premier opus se passait surtout en mer, celui-ci se déroule principalement sur terre, mais surtout dans la neige.

Jens est postier et sillonne l’Islande à pied ou à cheval pour distribuer le courrier, pour un salaire qui lui permet à peine à couvrir ses frais, dans des conditions souvent extrêmes lors des interminables hivers. Au début du roman, il arrive ainsi dans une auberge, complètement collé à la selle de son cheval. Il a gelé.

Cette auberge a beau être loin de tout, un trou perdu où il ne se passe jamais rien, il est possible d’aller encore plus loin, jusqu’à « l’extrémité du monde ». C’est là que l’on envoie Jens pour une nouvelle tournée. Cependant, il ne peut mener seul cette expédition à travers les fjords, car il lui faudra traverser une mer et elle l’effraie au plus haut point, le paralyse.

Richard W., Vincent Borel

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 28 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Sabine Wespieser

Richard W., 308 pages, 22 € . Ecrivain(s): Vincent Borel Edition: Sabine Wespieser

 

Richard W, et non R. Wagner… le « parti pris », l’allure du roman sont posés : c’est autour de l’homme, par le côté familier de son prénom, de son « petit nom », que tout tourne. C’est l’intimité, presque la familiarité du personnage qui va donner le ton à ce roman, la petite histoire, la petite musique qui interagit avec le nom, connu, re-connu, qui met l’accent sur le côté méconnu du personnage Wagner. Comme si le nom n’était qu’un avatar, comme si le prénom lui donnait toute sa force, l’éclairant, le déviant, le montrant sous un jour différent, souvent sans doute l’exagérant.

Bon nombre des anecdotes de la vie de Richard Wagner émaillant le livre sont sinon imaginées, du moins étirées à l’extrême, mais servent de révélateur, de soubassement à l’exploration de la naissance de l’œuvre. Nées de l’interprétation de l’auteur, mélomane, musicien, prompt à faire réagir comme une composition chimique vie et œuvre, l’œuvre comme prolongement de l’homme ou, plus exactement, projection : « ici l’espace et le temps se confondent », ainsi que le dit Gurnemanz à Parsifal. Tout attend, se condense pour mieux éclater, se résoudre dans une envolée.

L'enfant de Calabre, Catherine Locandro

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 26 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

L'enfant de Calabre. Janvier 2013. 265 p. 18 € . Ecrivain(s): Catherine Locandro Edition: Héloïse D'Ormesson

Indochine, Diên Biên Phu. Année 1954. Deux jeunes hommes, Vitto Ivaldi et Matteo Lanfredi. Célibataires, même stature, même physique, même teint, le premier originaire de Calabre, le second de Sicile. Tous deux, légionnaires. Même affectation, 1/2e REI (Régiment Etranger d’Infanterie). L’un est caporal, l’autre soldat. Motif de leur engagement, la fuite du passé. Le premier a quitté sa famille, le second n’en a plus. Seul contact extérieur, leur marraine de guerre via des échanges épistolaires. Ils veillent l’un sur l’autre, en vrais frères. Non pas, par seul respect du Code d’honneur de la Légion étrangère, mais par esprit de fratrie, selon le principe de «la solidarité étroite qui doit unir les membres d'une même famille».

Leur environnement, une plaine abritant des rizières et des champs, traversée par une rivière, dénommée Nam Youn ; une piste d’avion ; à proximité pour certains, plus éloignés pour d’autres, des points d’appui (PA) portant des prénoms féminins ; les reliant, des tranchées. Tout autour, à plusieurs kilomètres, des collines boisées. Leurs journées s’écoulent, invariablement identiques, l’attente est longue, angoissante. « La routine des travaux de fortification le jour, avec ces points d’appui aux prénoms de femmes – Huguette, Isabelle, Béatrice, Claudine …- dont il fallait inlassablement consolider les abris et les positions de combat… Les tirs d’obus viets en pleine nuit… La peur au ventre, à chaque départ en mission, et cette odeur de mort qu’il ramenait avec lui, qui imprégnait ses vêtements et sa peau…[…] »

La Nuit Pacifique, Pierre Stasse

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 19 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Flammarion

La nuit pacifique, janvier 2013, 250 p. 18 € . Ecrivain(s): Pierre Stasse Edition: Flammarion

 

 

De nos jours. Royaume de Thaïlande, sa capitale Bangkok, appelée officiellement Krung Thep, La Cité des Anges. Hadrien Verneuil, la trentaine. Son associé, Vichaï. Leur société, Improved Numeric Life Company (I.N.L.). Son domaine d’expertise : la retouche photographique. Son objectif : (re)donner vie à l’image, modifier les clichés, les retravailler pour des affiches publicitaires, supprimer des éléments, changer les scènes de crimes, les manipuler en effaçant ici des individus, là des sacs de drogue. Ses clients : des particuliers, des entreprises ainsi que le pouvoir politique, la police, l’armée.»

Son départ du Nord de la France, son installation à Bangkok, une nécessité. Son travail, un exutoire. Une façon personnelle de travestir sa propre réalité, de se reconstruire, d’éviter que le passé ne vienne étouffer le présent et d’amoindrir sa douleur. Le drame, son drame, la mort de sa sœur, Cécile, décédée voilà vingt ans, dans un étang. Il avait quatorze ans, elle seize.