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Manifeste de la Cause Littéraire, Mars 2011, par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy le 02.08.17 dans La Une CED, Les Chroniques, Editoriaux

Manifeste de la Cause Littéraire, Mars 2011, par Léon-Marc Levy

« La Cause Littéraire » suggère par son intitulé l’ébauche d’un manifeste. Au moins d’une attitude : volontaire, « engagée ». L’objet de cet engagement n’est en rien idéologique, encore moins partisan : seule la littérature …

Andrée Chédid vient de disparaître. Nous étions quelques-uns alors à nous sentir bien tristes, mais au moins on a parlé d’elle ! Enfin, dans des media qui ne le font jamais, on a un peu - oh très peu - parlé de poésie ! Pendant quelques jours en tout cas. On a lu, dans « Le Parisien », ces quelques vers de la grande dame :


« Il est temps de vieillir

D’accepter ce qui te revient

D’assumer encore et encore

A chaque crépuscule

Ce qui depuis l’aube

T’appartient »

Il faut que les poètes meurent pour qu’on parle d’eux et de leur art unique. La poésie est bien une « cause ». Elle mérite mieux que des épitaphes, elle mérite un combat pour occuper (ré-occuper) la place qui lui revient dans l’intelligence des sociétés humaines.

La littérature est en soi un combat. La preuve ? Tous les totalitarismes s’en sont pris, en premier, aux livres et aux écrivains. Pas aux livres et aux écrivains « engagés ». Non. Tous les livres, tous les écrivains qui n’étaient pas la propagande officielle. De l’Inquisition espagnole aux écrivains algériens assassinés par les fanatiques de tout bord (Mouloud Feraoun par l’OAS, Tahar Djaout par les islamistes du FIS, Mouloud Mammeri par le pouvoir) en passant par les cauchemars du XXème siècle, de l’Union Soviétique, de l’Allemagne Nazie ou du Chili de Pinochet. La littérature, la vraie, fait peur en soi : parce qu’elle est source de liberté, d’esprit, de vérité. Parce qu’elle se nourrit de rêve, d’idéaux ou de désordres, irréductible dans son essence au politiquement correct, au prêt-à-penser conforme à la norme. Elle est intenable ! "Si tu as peur, n’écris pas, et si tu écris, n’aie pas peur !" a déclaré récemment Idriss Ali, écrivain libyen, qu’on venait de censurer à la foire du livre du Caire (c’était juste avant les événements actuels) pour ne pas déplaire au colonel Kadhafi.

L’histoire littéraire est hantée de rébellions. L’acte littéraire est un acte de rébellion. De rébellions profondes, intimes, qui n’ont pas forcément de liens avec les révoltes sociales ou politiques, loin s'en faut. Des Lais de Marie De France aux pages de « Manhattan Transfer », des déchirements de Carson McCullers aux murmures  tranquilles d’Andrée Chédid, de la langue fascinée de Proust à la « guerre » de James Joyce, elle est toujours rébellion.

C’est au service de cette littérature que « La Cause Littéraire » veut être. Au service de l’écriture, de sa liberté indivisible, de sa trace improbable.

Nous ne serons d’aucun sérail littéraire, d’aucune école, d’aucun courant. Nous essaierons, avec ambition ET humilité, d’écouter et de servir l’acte littéraire, dans sa nécessité, sa liberté, son urgence.

 

Leon-Marc Levy

 


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A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil