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Ecrits pour l’amitié (*1)

Ecrit par Marie-Josée Desvignes le 11.04.15 dans La Une CED, Les Chroniques

Ecrits pour l’amitié (*1)

 

« Chacun a son propre ciel. Il ne faut jamais s’installer dans le ciel d’un autre car on s’y sentira toujours comme un étranger. Par contre les cieux des autres peuvent nous inspirer à créer et élargir notre propre ciel »

(Anna-Eva Bergman, Carnet de 1950)

 

J’avais lu, il y a très longtemps, De sel et de cendres et j’ai renoué depuis peu avec la lecture de Jean Proal en découvrant les nouvelles du recueil Bleu de neige du bulletin n°5 de l’Association des amis de Jean Proal.

J’écrivais dernièrement à Anne-Marie Vidal, dont le travail pour faire vivre l’œuvre de l’auteur est passionné et passionnant, la fascination qu’exerce cet auteur sur nos esprits. Et aussi, combien j’avais été troublée dans ces nouvelles par le lien étroit entre les thématiques de l’amour et de la mort qui parcourt les textes.

Relisant A hauteur d’homme, je remarquai comme ces deux thèmes cohabitent volontiers avec la jalousie, alors même que les personnages sont épris de liberté. La force des images, leur évocation puissante et passionnée révèle un tempérament tourmenté et une grande sensibilité. Jean Proal dans son œuvre n’a sans doute pas eu d’égal pour décrire le caractère, la psychologie des personnages des Basses-Alpes, ni pour amener chacun à descendre dans les profondeurs de son âme.

La liberté et la nature sont deux autres thèmes que les personnages épousent, une nature sauvage, une liberté tout autant, quand celles-ci se lient à l’air et aux forêts, aux montagnes, à l’élément, à la pluie, à la neige. La forêt, maîtresse impérieuse, dans laquelle ils s’enfoncent, lieu de liberté qui se laisse aussi pénétrer et dont la symbolique maternelle s’entend avec le rapprochement qui est fait dans de nombreux textes de Jean Proal. L’attachement à la mère est omniprésent dans toute l’œuvre. Une mère souvent dure et fermée, qui rejette les choix du fils ou lui insuffle une culpabilité (l’avoir fait pleurer à s’en rendre malade jusqu’à mourir, dans A hauteur d’homme).

J’avais été frappée par cet appel de la nature, où, avec la neige, les personnages s’abandonnent. C’est alors un appel ultime, celui d’un retour aux origines, à l’enfance, qui vaut toutes les femmes, lesquelles vous enchaîneraient plutôt.

La pulsion sexuelle est violente, proche du meurtre et toujours associée à la passion et à la jalousie (A hauteur d’hommes encore ou Une nuit). Il y a – et le narrateur en convient – quelque chose de primitif dans le caractère de ces hommes et de ces femmes ! Chaque nouvelle témoigne de cet aspect tragique de la vie et de l’amour que sans doute l’écrivain a lui-même éprouvé.

J’ai relu A hauteur d’homme et souhaité découvrir l’exposition liée au dernier ouvrage publié par l’Association, intitulée Jean Proal, Anna-Eva Bergman, Hans Hartung, une amitié créatrice. Cet ouvrage qui réunit le projet de livres d’artistes qu’avait envisagé Jean Proal avec ses deux amis Anna-Eva Bergman et Hans Hartung, est une belle rencontre, une création originale, d’abord exposition, désormais réunie en un même ouvrage, grâce à l’Association des amis de Jean Proal et à la Fondation Hartung-Bergman.

Une nouvelle exposition à l’initiative de l’Association s’est déroulée en septembre dernier pour faire découvrir ce beau travail d’édition. J’ai été très émue et je dois dire que c’était une très bonne initiative puisqu’elle m’a donné envie d’aller plus loin et de me procurer l’ouvrage. Outre la création en elle-même, c’est cette collaboration née de l’amitié qui est intéressante et lui donne sa force. L’admiration que les uns et les autres se portaient est présente dans l’élaboration et la mise en espace des œuvres respectives. La mise en place de ces œuvres dans cette édition aurait réjoui Jean Proal. Y ont été rajoutés une présentation, des intertextes montrant le cheminement et les portraits de chacun ainsi que des extraits de leur correspondance.

« Je connaissais de lui quelques peintures, quelques dessins, mais surtout son auréole. […] Pouvais-je deviner que quelque chose déjà était né, qui allait s’appeler l’amitié. Nous n’avons pas échangé quinze mots, ce soir-là, mais je savais déjà, à une certaine tension d’un silence, à la chaleur d’un mot, au poids d’un regard – cette force tranquille, cette inflexible tendresse – que je venais de rencontrer cette qualité d’homme qui justifie l’humanité » (*2).

Farandole, 1971, présente une suite lithographique de Hans Hartung et une partie du long poème de Jean Proal, sombre et bouleversant où se lisent l’angoisse de vivre, la colère face à la guerre et à « l’immense connerie du monde » (*3).

« Puisque le hurlement

d’aucun vivant

n’atteint plus aucun Dieu

Puisque aucun homme vivant

ne se rappelle plus

qu’il a fait hurler sa mère

et que c’était suffisant jusqu’à la fin

[…]

puisque c’est inutile depuis

le commencement

alors, Merde !

Pour tant de vie qui n’a pas vécu

tant de chaleur éteinte

de larmes perdues

de sang gaspillé

pour ces cris dans ce silence

pour ces pleurs dans ce désert… »

La deuxième partie du catalogue, intitulée L’or de vivre (qui compte Farandole dans sa totalité), présente le projet dans sa cohérence, avec les thématiques chères à Jean Proal : les éléments (1/l’eau, 2/la terre, 3/l’air, 4/le feu) puis en 5/la mort (avec le poème de Farandole) 6/la vie, 7/l’amour, témoignant de la force de vie qui habitait leurs personnalités riches et intenses. Et Jean Proal nous guide dans sa présentation de « Hans mon ami », sur les traces de leurs pas, des Alpilles, aux Baux qu’il n’aimait pas, « mon seul rôle, à moi qui aime la pierre pour son immobilité et son silence, était de conduire Hans ; mon seul mérite, de savoir ou de deviner ce qu’il avait envie de trouver ; ma seule fierté, de lui “donner” ce pays ». Et puis il y eut aussi la Camargue.

L’idée prend forme entre les deux amis. Anna-Eva construit le projet en commençant par de nombreux pastels et lithographies puis des gravures sur bois. Comme l’explique l’éditrice, dans une Brève sur l’Or de vivre, cet ensemble est composé d’une grande partie de textes tirés de Suite montagnarde (ouvrage réunissant nouvelles, souvenirs d’enfance, récits centrés sur la vie de montagne) et pour le reste, uniquement des inédits.

La réussite du travail de l’édition tient sans doute à cette rencontre en un même livre qui aurait réjoui Jean Proal, car en rendant lisible par tous cette amitié humaine et créatrice, en présentant les trois créateurs ensemble, l’Association des amis de Jean Proal offre plus qu’un hommage, elle exacerbe notre curiosité de cet auteur dont la poésie traverse l’œuvre.

Déjà dans ses fictions, la poésie pointait son nez dès qu’il abordait les descriptions, et ce qui fait la force de ses romans vient tout autant de sa capacité à rendre une réalité qu’à vous en éloigner. Et au milieu des portraits souvent durs des hommes et des femmes, la description de la nature vient allumer toujours sa note de mystère et de beauté. La particularité de cet ensemble est sans doute que dans son choix de textes, Jean Proal ait tendu à l’épure pour nous donner à lire cette poésie qui se révèle dans ces morceaux choisis, hors toute fiction, mais bien ancrée dans un réel éprouvé :

« Aurore : La maremme naissait de l’ombre, lavée de frais, luisante et nette, avec ses broderies de plantes basses, ses aplats d’eau affleurante où se fondaient et jouaient tous les gris, les mauves, les pourpres éteints, les bruns sourds de quelque précieux camaïeu. Une ligne basse, rapide comme un trait d’épure, coupait l’horizon… » (in 1/L’eau).

La lecture du monde, celle des éléments, de la nature à laquelle il collait au plus près est chez Jean Proal sa sensibilité, sa vérité. L’observation du monde se fait paisible dans sa réceptivité aux choses instinctives, presque animales, face à l’impuissance de l’homme devant la beauté de la mer par exemple.

« Il faut l’éprouver, avoir dormi seul dans la cabane, à la croisée des mâts, sous cette étoile de chevrons, au plus creux de la voile. Avoir dormi, non pas écartelé sur l’étoile ni crucifié sur la croix, mais embusqué au point sensible de l’une et de l’autre, barreur et barre du bateau renversé, déjà emporté par l’immobile élan, déjà libre » (Au cœur immobile, in 1. L’eau).

Seuls la nature et les éléments nous rendent libres. La métaphore exacerbée de la tempête (celle de nos vies) répond à l’angoisse, à  cette recherche de silence, car au milieu des éléments, « Au cœur immobile», dans ce monde entre ciel et terre, « Ici se confondent et se résolvent les incertitudes de deux mondes aussi fluides : une terre travaillée par tous les enfantements marins, un ciel où se rencontrent tous les courants de la terre. Etre le cœur nocturne de cela silencieux qui tourne sur son centre ! » (in 1/L’eau).

Dans le tumulte du monde que l’élément eau sait si bien rassembler, la terre, elle, se prépare, aux tempêtes du ciel, à son eau cristallisée qui réduit les terres à de vastes étendues blanches, « déjà la neige se soulevait par petites risées hargneuses » (in 2/La terre).

La terre : rocher, lumière, promesse, « en ce pays de la pierre calcinée, de l’arbuste réduit à son essence, de l’herbe desséchée, de l’insecte craquant. Le pays où l’implacable lumière a effacé toute ligne qui pouvait être molle, toute surface qui pouvait être tendre. C’est un pays où la lumière ne veut pas dire couleur… ». C’est l’air qui fabrique cette lumière où les couleurs se perdent.

Dans L’air (section 3), on lit que le vent qui souffle sur la montagne – cette montagne qui « participe plus des fluides que de la terre », « venu dormir au calme de la prairie se leva sans bruit, courut un moment sur la pointe des pieds, fit chanter l’un après l’autre les arbres de la forêt […] une tendre buée mauve prenait dans le ciel la place du noir de nuit » et on devine la lente métamorphose de la nuit en jour, en lumière, et comment l’air, le vent transcendent la nuit, et donnent son vrai visage à la terre.

Le poète guette, attentif aux moindres mouvements, bruissement d’ailes, cris aigus des bêtes de l’ombre, oiseaux, insectes, chien qui aboie, et « on devine que de proche en proche, leur voix va gagner les limites du monde puis revenir, par-dessus le monde endormi ».

« Cadeau : Frémissements de lumière froide, éclaboussures d’arc-en-ciel, poussière crépitante d’éclairs faisant la roue de ces pas d’ombre bleue que mes pas découpent dans la neige » (in 3-L’air). Et se continue avec Le Feu, l’expression vibrante de cette « lumière de métal en fusion » ; le soleil omniprésent, qui « fait fumer à la terre une odeur de résine chaude et de pierre précuite », est le « roi des étés ».

Et comme « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » (*4), Jean Proal parle de la mort, celle que l’on donne, « non pas quelque chose qui puisse s’inscrire dans le trait de feu et de plomb. Mais – il me semble bien – un éclair de connaissance immédiate, de reconnaissance, comme si la lueur foudroyante de la mort confondait les plans, mettait en communication directe la victime et le meurtrier, les plaçait – le temps d’un éclair – vie à vie, sur le plan seul de la vie » (J’ai tué in 5/La mort). Quand sur le même trait, le même éclair, la vie et la mort se rejoignent, ce trait blanc à l’horizon sur le fond noir de l’existence, c’est selon, trait de vie, ou arrêt de mort, mais toujours un horizon, pour tous le même et inéluctable (cf. gravure sur bois d’Anna-Eva Bergman, La mort). « Il y a l’inévitable mort, mais il y a très peu de morts nécessaires et l’on n’humanise pas plus la mort des bêtes que la guerre des hommes. Tant de fois, j’ai relevé mon arme. Parce la bête était trop belle, ou trop confiante… Et si je rêve encore devant mon fusil inutile, c’est peut-être que, pour avoir donné la mort, il m’a appris la vie »(La vie, in 5/La mort).

Et pourquoi faut-il qu’évoquant la mort, c’est la vie qui s’exprime, alors que nommant la vie, c’est la souffrance, « Je suis de vous qui avez mal », la douleur de vivre, la maladie et le précipice qui soient évoqués, sinon parce que l’une n’est rien sans l’autre ?

Dans ce très bel hommage à la Vie, long texte portant les titres de Communion, Chaleur de vivre, Oh Pardon ! eJoie, celui de Oh Pardon ! est un magnifique hymne à la gaieté, la renaissance, le printemps :

« vous me donneriez quoi ? dit l’amandier,

si je fleurissais le premier ?

– une abeille, fit le vent ».

Oui, « La joie était là qui m’attendait, partout présente, discrète d’abord, timide » (La joie, in 6/La Vie) et l’Amour, mais « la vie et l’amour, c’est la même chose, non ? » (*5) dernière section du livret, où se mêlent dans ces titres Le Miel, l’Amitié, la Jeunesse, tous souvenirs d’enfance. L’amour c’est en premier celui d’une mère, et puis celui de l’ami « avoir un ami c’est avoir deux échines pour supporter le poids du monde », l’amour c’est aussi le « sel de ta chair », c’est ce « Hai-Kai des longues amours fidèles :

Cette nuit la voile et le bateau se sont disputés :

– qui porte le torchon ?

Qui t’emporte, bouchon ?

Mais, au matin, le vent soufflait et ils sont partis ensemble sur la mer ».

Les dernières pages du catalogue sont consacrées à quelques extraits de correspondance entre les trois amis et montrent de quel feu leur amitié était le résultat. On peut alors comprendre que ce sentiment très fort qui unit parfois les êtres, qu’il soit fait d’amitié ou d’amour, est porteur de bien plus grand quand s’y joint la création.

Et quand Jean Proal écrit à Anna-Eva…

« Mon amie, ta belle peinture est venue me dire une fois de plus que, dans la l’ombre la plus épaisse, la plus noire, il y a toujours du côté de l’homme un reflet, une chaleur de sang, et du côté du ciel, au-dessus, du fil d’or. La lueur bleue que rien ne réussit à éteindre […] Nous avons l’impression qu’il y a entre nous une fraternité de sang. Suzon m’a dit hier : Hans et Anna-Eva, j’aimerais qu’on soit enterrés pas loin les uns des autres ».

… on entrevoit alors toute l’étendue poétique et la sensibilité de l’âme de Jean Proal.

 

Marie-Josée Desvignes

 

(*1) Emprunt à Jean Proal qui a hésité entre L’or de vivre et Ecrits pour l’amitié, cité dans une lettre de Jean à Hans

(*2) Hans, mon ami, p.5, Jean Proal, in Catalogue Galerie Im Erker, St Gallien, 1963

(*3) « Pour toi, mon ami Hans

Contre l’immense connerie du monde

pour la vie et pour l’espoir » Jean, cité en exergue dans le catalogue

(*4) René Char

(*5) J. Proal, St Rémy, 08/11/64, lettre à Hans

 

Jean Proal, né le 16 juillet 1904 à Sainte-Rose, hameau de Seyne-les-Alpes, dans ce qui était alors le département des Basses-Alpes, est le deuxième fils de Paul-Cyprien Proal (1841-1918) et Marie-Amélie Reynier (1865-1934). La famille de son père est originaire de Faucon, près de Barcelonnette ; celle de sa mère, de Seyne-les-Alpes. Il a tissé une forte amitié, indéfectible, avec son frère aîné, Paul, né en 1899, qui fut son représentant lors de la première rencontre avec Robert Denoël, son principal éditeur. Tandis que Paul marié avec Marguerite Gastinel eut deux enfants (Jean-Claude et Françoise), Jean Proal n’eut pas de descendance. Après des années de vie avec Marie Cazères – vie dont, vu sa discrétion, il ne parle pas – il s’en sépare vers 1950, lorsqu’il quitte Paris pour raison de santé. Il rencontre alors celle qui deviendra sa seconde femme, Suzanne Gontier, appelée Suzon par tous. Gravement malade des poumons, il meurt en 1969.

Romans :

Tempête de Printemps, le Maître du jeu I, 1932, Denoël ; 1998, éd de l’Envol

À hauteur d’homme, le Maître du jeu II, 1933, Denoël ; 1999, éd de l’Envol

Les Arnaud, 1941, Denoël ; 1991, éd Terradou ; 2008, Sablier éditions

Où souffle la lombarde, 1943, Denoël, Prix Cazes ; 1993, éd. Haute-Provence

Montagne aux solitudes, 1944, Denoël ; 1997, éd. de l’Envol

Bagarres, 1945, Denoël (film, 1948, par Henri Calef) ; 2011, Sablier éditions

Suite montagnarde, 1948, Denoël ; 1995, éd. de l’Envol

Au pays du chamois, 1948, Albin Michel

De sel & de cendre, 1953, Julliard, Prix SGDL ; 1996, éd de l’Envol

Le vin d’orage, 1955, Julliard

Histoire de Lou, 1956, Gallimard, coll. Blanche ; 1997, éd. de l’Envol

Albums avec photographies :

Camargue, 1954, & Denys Colomb de Daunant, éd Marguerat ; 2008 Sablier édition

Magie de la Camargue, 1961, & Denys Colomb de Daunant, Ekkehard-Presse

Chasse en montagne, 1962, & Charles A. Vaucher, éd Marguerat

Chasse en plaine, 1962, & divers photographes, éd Marguerat

Livres d’artistes :

L’or de vivre, 1974, avec Anna-Eva Bergman, Lithographies, éd Eker-Presse [cf Jean Proal, Anna-Eva Bergman, Hans Hartung – une amitié créatrice]

Farandole, 1971, avec Hans Hartung, suite lithographique, éd Poligrafa Barcelone [cf Jean Proal, Anna-Eva Bergman, Hans Hartung – une amitié créatrice]

 

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A propos du rédacteur

Marie-Josée Desvignes

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Marie-Josée Desvignes

 

Vit aux portes du Lubéron, en Provence. Enseignante en Lettres modernes et formatrice ateliers d’écriture dans une autre vie, se consacre exclusivement à l’écriture. Auteur d’un essai sur l’enjeu des ateliers d’écriture dès l’école primaire, La littérature à la portée des enfants (L’Harmattan, 2001) d’un récit poétique Requiem (Cardère Editeur, 2013), publie régulièrement dans de très nombreuses revues et chronique les ouvrages en service de presse de nombreux éditeurs…

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