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Coups de griffes 30 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux le 27.04.26 dans La Une CED, Les Chroniques

Coups de griffes 30 (par Alain Faurieux)

 

Corps à cœur, l'intégrale. Jessie Auryann. Auto-édition 2025. Indisponible.

Addition de 2 volumes (2023 et 2024), qualifié d’intégrale. Pourquoi l’avoir ouvert ? Début 2026 le buzz s'en est saisit. Amazon l’a retiré de son catalogue, une ministre l’a qualifié (sur lecture d’extraits) d’apologie de la pédophilie, un député LFI l’a appuyée, des pétitions l’ont dénoncé, des voix se sont élevées pour défendre la Dark romance, comme si un ouvrage définissait un genre, et inversement. Bref, il y a eu du bruit. Alors que vais-je en dire ? Visiblement bien mieux écrit que …Sarah Rivens par exemple. Les personnages sont différenciés, de vrais décors sont plantés, l’écriture maîtrisée, lexicalement riche et moins passe-partout que le menu habituel...Et je n’ai pas lu jusqu’au bout. Le premier volume est simplement pornographique, version maso hard. Très graphique, avec (on est tenté de dire bien sûr) un personnage central féminin humiliée, battue, torturée, mais manipulatrice et meurtrière, ce n’est pas illégal d’en faire un roman. Hypocritement et avec grande facilité de l’auteure il existe une “explication” psychologique-presque une justification- à sa noirceur. Nous pouvons donc apprécier sans remords avilissement et emprise.

On est dans la ligne directrice habituelle de la Dark Romance (sexe, ultra violence, confusion bien/mal, suicide…rien de vraiment neuf). Un volume DONC fabriqué pour émoustiller ses lecteurs/lectrices. Sans autre prétention, ou si peu. Volume deux : après quelques dizaines de pages je suis passé en lecture rapide. Insupportable. L’auteure passe à « autre chose ». Elle dira avoir voulu dénoncer des tabous sociétaux. Notre héroïne manipulatrice et sociopathe tombe sous la coupe d’un méchant qualifié de fort ordinaire. Qui va la maltraiter beaucoup, beaucoup plus, puis la vendre au tout venant, la rendant difficile à consommer. Mais ce n,est pas très grave puisque son but est ailleurs. Elle est enceinte et porteuse du véritable enjeu (ma vitesse de parcours de pages augmente), il accapare son bébé de quelques mois…et les centaines de pages suivantes nous décrivent en détail les torture (multiples, variées) infligées au bébé. (Ma vitesse est devenue survol avec estomac accroché mais mal en point). C'est toujours aussi graphique, Auryann écrit toujours de façon précise. Tous les détails y sont. Du point de vue de la mère, voyeuse ou participante. Du point de vue du violeur. Pas du point de vue de la petite fille, elle ne commencera à parler que bien plus tard (“bobo maman”). Se rajoute à cela d’autres scènes (il faut bien varier) avec des nièces qui « commencent à être trop vieilles ». Et aussi un ado formé depuis des années à pimenter les ébats. Tout finira par du gore rarement vu. Et un final censé amener la rédemption par niaiserie. Ah, et puis un avertissement sur « c’est horrible, mais il faut oser parler des tabous sur ces choses horribles ».

Dire que ce livre est une dénonciation est une hypocrisie manifeste. L’objectif est le même que dans le premier tome. Notre auteure vient de déposer une plainte contre la ministre. J’en suis époustouflé. Serait-ce le volume le plus vomitif que j’ai jamais lu ? Sans doute. Peut-on lui trouver une « excuse » ? J’espère que personne n’ira sur ce terrain.

Coefficient beurk : 11/10.


La Révolte de la reine. Morgane Moncomble.2026 Hugo Roman, 576p. 19,90

Je vais être très gentil : ce livre est bien supérieur aux derniers Dark romance que j’ai pu lire. Peut-être parce qu'il est rangé dans les New Romance, ou dans la Romance historique, mais pas la Romantasy. Il est plus complexe, les personnages sont (un peu, n'exagérons pas) plus complexes. Ils ont des motivations ! L’Auteure nous dit avoir écrit une œuvre féministe ! Elle est allée jusqu’à passer plus d’un an en Corée du sud pour écrire plus sereinement. Il y a des décors, avec des descriptions vestimentaires, des accessoires, du mouvement. Moncomble a pris la décision courageuse (dixit son éditeur) de placer son intrigue dans un 1789 un peu décalé (vous savez, la révolution, tout ça tout ça...). Pas vraiment une uchronie, ou un univers parallèle, pas vraiment de la Fantasy, juste "inspiré de”. Pourquoi ? Par peur des contraintes techniques liées à l’uchronie ? Par souci d’éviter un déjà-vu ?  Pourquoi alors ne pas proposer une fantasy qui réussit si bien dans le domaine anglo-saxon ? On a l’impression que le choix de (lointaine) réécriture est plus dicté par une politique de récupération du lectorat que par une volonté de l’auteur. Afficher une reine dans l’air du temps (anti-patriarcat, pro-peuple et sexy ASF) ET réécrire les bribes d’histoire que chaque lectrice potentielle a gardé du Roman National (la Bastille, les brioches), ça va vendre. Une construction feuilletonnesque, avec poison, brigands, masques, méchants et péripéties c’est sympa. Chacun sait à quoi s’attendre, les maques ne dissimulent pas grand-chose et le méchant-caché-derrière-le-méchant ne surprendra personne. Les scènes de sexe sont égalitaires, soumission soft réciproque et amour pour la vie. On est loin de la Dark romance. On dirait presque un “vrai” livre. Bon, parce que, quand même, ça pêche un peu. C’est mignon. C’est trop mignon. On a l’impression de voir un gros gâteau produit à l’issu d’un stage Desserts pour Tous. C’est beau, gros (plus de 500 pages), ça fait de l’effet ces couleurs, ces lumières (ah, les descriptifs des robes et des salons, le voyeurisme à facettes dans la galerie des glaces...). Et puis quand on pique, quand on plante, on sent bien que les ingrédients sont de qualité inférieure. Tout était dans le paquet remis à l'entrée : l’amour et ses pièges, l'identité (les identités) secrète(s), les opposants, la progression historico-fatidique. Et puis les clins d’œil aux produits voisins tels que Grande ou Bridgerton. Et voilà, le gâteau est là ; les amis des réseaux, les followers, les fans de new romance, tout le monde applaudit. Bien sûr le gâteau N°2 est déjà pret, c,est du batch-cooking, quelques lignes super-énigmatiques l’ont annoncé vers la fin du volume. Alors pourquoi faire la fine bouche ? Sans doute parce que des petites choses gâchent tout. Le style bien sûr, anodin et lissé. Avec sur presque chaque page une horreur “... l’homme tombe à mes pieds dans une mort lente et agonisante” ou encore : “le sourire compatissant qu’il m’adresse suffit à me détendre...Je lui rends son rictus tant bien que mal” et même, fortement Balzacien : “Alexandre m’avait prévenue de ses tendances dépravantes”. Le langage des personnages nous renvoie à des ados de 2015 plutôt qu’à des nobles du XXVIIIème. Les interventions “féministes” de l'auteure sentent le souci de bien faire, l'effort et la sueur. Nous retrouvons bien sûr (vers la fin surtout) les abominables inversions verbe/sujet de l’assistant IA de service (avoué-je, résiste-je, existe-je et autres soufflé-je). Les torrides scènes de sexe sont quelque peu affaiblies par le refus de citer explicitement les parties incriminées (désir de vendre jusqu'à Abu Dhabi ?), le torride glissant souvent dans le ridicule : “Je serre les cuisses sous ma robe, l’entrejambe humide." Encore un effort Morgane, tu es paraît-il la dixième vendeuse de livres de France, et tu ressembles beaucoup à tes livresi. Peut-être trop. Deux volumes encore, non merci. Mon diabète.


Alain Faurieux


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A propos du rédacteur

Alain Faurieux

 

Alain Faurieux, fanatique de S.F. et adepte du polar. Maniaque de musique (genre « insupportable » pour ceux qui le fréquentent encore), anciennement enseignant d’anglais.