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Zola Jackson, Gilles Leroy

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 24.07.11 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Folio (Gallimard), Roman

Zola Jackson, 2010, 152 pages, 5,10 €

Ecrivain(s): Gilles Leroy Edition: Folio (Gallimard)

Zola Jackson, Gilles Leroy

Alors qu’un véritable fléau, l’ouragan Katrina, est sur le point de s’abattre sur la Nouvelle Orléans, l’institutrice en retraite, Zola Jackson, se souvient. La dernière visite de son fils. Sa maladie. Elle pourrait fuir, se faire secourir mais elle reste envers et contre tout. Car on ne quitte pas cette ville. Elle l’aime et elle la subira jusqu’à la lie. Bientôt, emprisonnée par les éléments, elle lutte pour survivre et ne doit son salut qu’à sa chienne Lady. Face à l’ouragan, elle fait front, seule, comptant sur ses ressources et son habitude du phénomène. La description de la catastrophe est percutante.

« Les corps flottent sur le ventre, tous sans exception. Et tous ont les bras en croix, telles des outres chrétiennes.

Parfois, sur le dos d’un corps, on discerne un rat embarqué. Un rat en croisière. C’est formidable ».

Zola Jackson est une sacrée bonne femme. Incarnation de la solitaire, elle n’a pas sa langue dans sa poche, elle conspue Dieu qui n’est même pas capable de veiller sur les siens. Elle a éduqué tous les gamins du coin, en élevant un garçon métis et sensible qui ne parvint jamais à se fondre dans la masse. Ambition maternelle satisfaite, Caryl devient un brillant historien. Seul bémol, il est homosexuel. Mais, tout en râlant après le compagnon de son fils, elle accepte car elle l’aime d’un amour inconditionnel.

« Caryl a éclaté de rire. Quand il rit, mon fils, l’espace se modifie, l’air vibre, la lumière s’irise et les contours cèdent : comme si la face du monde même s’était mise à sourire, tout s’évase et s’illumine, la cuisine devient un palais, la courette un jardin de maître et mon cœur une étoile en suspens ».

Face aux rescapés, le monde filme et flashe. On se donne bonne conscience derrière un écran de télévision. La scène risible du sauvetage raté montre un acteur tentant de faire monter Zola sur son bateau. Telle un capitaine sur son navire, cette dernière renonce car elle refuse d’abandonner Lady. Comme elle refuse d’abandonner sa maison, ses principes ; principes qui lui ont peut-être fait perdre un temps précieux avec son fils. La culpabilité l’assaille bien plus que les eaux et c’est un très beau portrait de femme, de mère, imparfaite et vivante que dresse Gilles Leroy dans ce petit roman prégnant et efficace.

« Zola Jackson, tu fus une bonne mère, peut-être. Maintenant tu es sûr une vieille enquiquineuse et un héritage embarrassant. Tu es si noire, Zola Louisiane Jackson, et ton fils café au lait, ton fils mulâtre aux merveilleux yeux verts a ces traits fins qui répondent aux canons de la beauté blanche suprême – si noire, vieux pruneau sec, bien sûr que ton fils a honte de toi ! Bien sûr il te fuit ! Tu n’iras jamais dans les hauteurs vertes et fraîches de Buckhaed ; les grandes demeures de vieil Atlanta ? Et pourquoi pas le bal annuel du gouverneur ! Ne rêve pas ma fille, jamais tu n’y entreras, sauf à ramper sous la porte de service. Tu n’es qu’un boulet de charbon ».


Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Gilles Leroy

Gilles Leroy. Journaliste et écrivain. Il est l’auteur notamment de Machines à sous (Pris Valery Larbaud 1999), Soleil noir (2000), L’Amant russe (2002) et Alabama Song (Prix Goncourt 2007).


A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.