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What's the spirit of SaFranko ?

Ecrit par Alexandre Muller 13.04.12 dans La Une CED, Les Dossiers

What's the spirit of SaFranko ?

 

Un style mitraillette mesdames messieurs, les phrases s’enchaînent avec la rapidité d’un générique de producteur au timing serré. On n’a pas le temps de mâcher les mots et on gobe les chapitres.


A propos de Dieu bénisse l’Amérique*


« Les voisins se pressent déjà contre leurs barrières pour profiter du spectacle », imitez-les. Ainsi accoudé, ouvrez Dieu bénisse l’Amérique et apprêtez à recevoir claques et retours de claques.

Ce roman est composé de 100 courts chapitres de 2 à 5 pages maximum, presque des nouvelles. Qui s’enfilent comme des perles sur le fil de la vie de Max Zajack. Des récits loufoques, drôles ou tragiques, qui, autant vous le dire tout de suite, demandent au lecteur de n’être ni sensible ni délicat. Les mots sont roulés dans le sang, la gerbe et l’urine avant d’être étalés sur le papier au couteau. On n’en sort pas indemne, plutôt l’estomac noué.

Max se définit lui même, dans un autre bouquin comme « le produit du ghetto ethnique » “(Trenton, New Jersey)”, le rejeton de braves abeilles ouvrières qui avaient dû lutter sans répit pour leur pain quotidien, du berceau à la tombe ».

Et l’on suit dans Dieu bénisse l’Amérique son passage de l’enfance à l’adolescence, élevé entre un père, une mère et une famille qui redoublent d’animosité pour lui reprocher leurs vies ratées.

À Trenton, la jeunesse est violente, impitoyable, l’enseignement catholique pervers et cinglé. A Trenton, les petits boulots sont ceux des exploités.

Ce premier opus est un roman urbain qui traîne dans les décharges, les casses automobiles et met un bémol sévère à l’American Dream, avec pour contexte historique les années 50 glissant vers les années 60, vers le mouvement hippie, vers la guerre du Vietnam, dans une intolérance manifeste.


A propos de Putain d’Olivia*


En résumé, cela pourrait tenir dans une phrase : c’est l’histoire d’un couple vivant une relation amoureuse destructrice, où l’on baise aussi intensément que les disputes sont explosives.

Dit ainsi, cela ne donne pas plus envie que cela d’explorer l’univers sulfureux de Safranko. Sauf si vous avez adoré les aventures de jeunesse de Max Zajack. Sauf si vous avez adoré 37°2 le matin de Philippe Djian.

En résumé, cela pourrait tenir en quelques mots : sexe, destruction, folie, jalousie, mal-être, jouissance, trahison, galères financières…

Comme Putain d’Olivia est composé de mots crus et dégoulinants de substances corporelles, on peut se demander ce qui rend dingue de l’écriture de Safranko. Notre part de pervers voyeur ? Probablement.

Reprenons au début, Putain d’Olivia retrace la trentaine de Max Zajack, dans un monde qui s’ennuie après les années 60. Quand Max n’est « pas au chômage ou à vivre de coupons alimentaires », il « fait tous les boulots imaginables sous le soleil : manœuvre d’usine, chauffeur… ». Max vivote dans une chambre « carrée grande comme un timbre poste avec un toit en pente qui se payait le coin » de sa tête « au moins 12 fois par jour ». Ici bas, Max rêve la moitié de son temps à devenir écrivain et l’autre partie au sexe. A s’en demander s’il ne va pas finir par écrire du bout de son pilier raide.

Un jour dans un bar où il vient de jouer de la guitare pour quelques dollars, il rencontre Olivia, Olivia Aphrodite (ce n’est pas une blague).

C’est ainsi que commence l’histoire d’un couple qui va vivre une relation amoureuse destructrice, où l’on baise aussi intensément que les disputes sont explosives…


A propos de Confessions d’un loser*


Ce troisième volet n’est pas le plus captivant du triptyque, mais la marque de fabrique de l’auteur y est inscrite. Donc on lâche rien des 92 chapitres (dont plus de la moitié relatent de plans culbutes. Le narrateur ayant lui même de la peine à se souvenir combien de nanas il s’envoie en l’air.).

Who’s Max now ?

31 ans, 3 paquets cigarettes/jour, pas éloigné de l’alcoolisme chronique, vit dans un trou à rat, a les dents qui jaunissent, vient de trouver un job à l’international d’une multinationale, est allergique au tissu de la chemise entrepreneuriale mais doit payer son loyer, se remet très très doucement de sa rupture forcée d’avec Olivia, consulte un psy, rêve de devenir un grand écrivain mais est en panne sèche d’écriture, a des lectures passionnées de Dostoïevski à Bukowski en passant par Camus, n’a qu’une obsession : BAISER, BAISER, BAISER.

Plus que jamais le vocabulaire de Safranko est odieusement vulgaire. Ça foisonne de seins, fesses, cons, sexes au garde à vous, et ce sont jusqu’aux contours des comptoirs de bar qui se taillent un galbe féminin. Faut se frotter à une bonne dose de machisme (et même ma femme qui ne raffole pas de cette dérive, aime lire Safranko).

Qu’est ce que c’est bon. Après trois livres, les amateurs repartiraient sans problème pour un nouveau tour. Si seulement 13ème note voulait bien publier d’autres œuvres de ce génie du politiquement incorrect !


* On notera que Putain d’Olivia a été publié en France avant Dieu bénisse l’Amérique, ce qui prouve l’indépendance des deux premiers volets. Par contre il vaut mieux finir par Confessions d’un loser, comme un digestif se prend en fin de repas et pas au début. Bon appétit !


Alexandre Muller

Mark SaFranko est un tenace. Il a notamment résisté à des relations perturbées, des menaces de mort, une santé mentale fragile et des dizaines de boulots alimentaires. 
Il puise ses histoires dans un abîme assez sombre : sa propre existence. Cette vie d’errance a nourri une œuvre vaste, l’homme ne s’arrête jamais d’écrire. De ce marathonien du verbe, son ami Dan Fante dit qu’il “préfère écrire que respirer”.
 Au compteur, une centaine de nouvelles, des wagons de poèmes, des essais, des romans dont plusieurs polars, une douzaine de pièces de théâtre, montées et jouées principalement off Broadway mais aussi en Irlande. Mark est également musicien, acteur et peintre à ses heures. 59 ans en 2009, il vit à Montclair, dans le New Jersey, avec sa femme et son fils ».

(Rédigé par les éditions 13e note.)



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