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Voies de traverse (7) : Olivius (Editions de l'Olivier)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas le 01.10.12 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Voies de traverse (7) : Olivius (Editions de l'Olivier)

 

Aux éditions de l'Olivier :

Cul nul, Baraou et Dalle-Rive, 2012, 12 €

Les Filles de Montparnasse : 1. Un grand écrivain, Nadja, 2012, 24 €

Palacinche, Caterina Sansone et Allessandro Tota, traduit de l’italien par Aurore Schmid, 2012, 187 pages, 22 €

 

Les éditions Cornélius et les éditions de l’Olivier viennent de s’associer au sein d’Olivius pour lancer une collection de romans graphiques, initiée par la parution en octobre 2012 de trois ouvrages très différents, mais tous d’une égale qualité. Deux maisons en quête d’une même exigence et visant l’excellence. Une collection mettant en œuvre les qualités et les compétences de ses deux fondatrices.

La collection étonne par la variété des sujets abordés et des styles employés. Si ce domaine de création a déjà gagné ses quartiers de noblesse auprès des lecteurs, il lui reste à les remporter pleinement auprès du monde éditorial et critique. La Cause Littéraire soutient là encore les auteurs et les maisons d’édition qui œuvrent pour la littérature dans sa diversité, ses multiples formes, pour une créativité libre et renouvelée.

Ces trois premiers romans graphiques ont en commun une totale liberté de ton, une virtuosité technique et une finition impeccable chères à Cornélius comme à l’Olivier. Amateurs d’humour parfois noir, de récit intimiste comme de fresque politique seront ravis : parmi ces premiers opus, chacun trouvera son coup de cœur.

Dans Cul nul nous sont racontées des situations drôles, pitoyables ou tragiques d’une sexualité du quotidien, celle qui reste tue, celle qui embarrasse mais qui parle bel et bien à chacun d’entre nous. Voilà donc une série de ratés, de pannes, de goûts improbables et incompatibles. D’un trait minimaliste et sans fausse pudeur, nos auteures déshabillent nos contemporains et les dévoilent dans leur intimité la plus crue. De la rencontre imbibée qui se termine en sommeil chargé sans passer par la case sexe aux blocages en tous genres, Cul nul établit une somme d’incompréhensions banales, de gens qui ne se rencontrent pas tout en étant à poil et en échangeant leurs humeurs. Caustique et désopilant.

« Tu veux que je te “fasse l’amour” ?

– Rhaa c’est ça ! Tu le fabriques avec tes petites mains, l’amour ? Moi je fais pas l’amour, je bêêêse. [Elle sort] En attendant je baise pas ».

Nadja se lance dans une tétralogie sur les années 1870 où elle nous raconte le parcours de quatre jeunes femmes artistes et leurs déboires professionnels et sentimentaux. Amélie s’affranchit de son premier amour et cherche à exister en tant qu’écrivain, délaissant son travail de nègre. Elise veut percer dans la chanson mais le prix à payer est lourd. Tout se négocie dans le lit d’un patron de boîte. La peintre Garance et Rose le modèle courent chacune après des amours impossibles. On se laisse vite happer par ces vies de bohème et de galère incarnées dans des vignettes qui sont autant de toiles miniatures ; clins d’œil parfois aux grands artistes de l’époque, Degas, Lautrec, Vuillard… Tantôt vives, tantôt en demi-teintes, elles apportent une sorte de flou qui semble refléter le rêve qui encadre le récit. On attend avec impatience le deuxième opus de la série.

 

Dans la lignée de MausPalacinche mélange les genres pour nous proposer un récit très touchant sur les recherches de Caterina, repartie sur les traces de sa famille originaire de Fiume/Rijeka en Croatie et exilée en Italie. Associant photographies, dessins et pièces d’archives, l’ouvrage raconte une double histoire : celle de son auteure partie en quête de sa mémoire familiale et celle de sa famille durant douze années passées dans des camps. Le duo Caterina et Ale se révèle plein d’autodérision, venant en contre-point des émotions vives suscitées par les découvertes liées au passé. Les palacinche oupalacinke désignent des crêpes fourrées, cuisinées par les différentes communautés de la région ; ce plat est un symbole, il « a traversé la frontière, véritable bagage culturel d’un peuple en exil », passant de l’Europe centrale à l’Italie. A l’instar des quelques objets retrouvés, des images préservées, elles témoignent d’une histoire déchirée, en morceaux, qu’il faut reconstituer en tentant de retrouver les lieux de ce périple vécu à l’envers. On est dans l’humain, dans le quotidien, dans les détails des vies envolées. Au présent comme dans le passé. C’est un livre de toute beauté qui emporte notre préférence.

Olivius témoigne d’une collaboration réussie comme de la richesse des projets et des productions des auteurs de romans graphiques. Vivement les prochains fruits et trouvailles de ce drôle de duo !

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.