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Voies de traverse (6) : Revue Capharnaüm

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas le 23.07.12 dans Chroniques régulières, La Une CED

Voies de traverse (6) : Revue Capharnaüm

 

Revue Capharnaüm n°3, été 2012, 96 pages, 13 €

 

Voici réunies les joyeusetés estivales des éditions Finitudes, dans le troisième numéro de la revue Capharnaüm, une revue qui « paraît de temps en temps » et qui met à l’honneur des auteurs disparus. Humour noir et ambiance funèbre sont au rendez-vous, accompagnés des incomparables dessins de Jossot, parus initialement dans L’Assiette au Beurre et où de sympathiques squelettes nous font part de leurs questions et réflexions existentielles : « ‒ Quel silence !… Si j’avais encore des oreilles, j’entendrais ma pensée… ». En guise de préambule :

« On nous a parfois reproché de ne publier que des auteurs morts dans notre Capharnaüm. C’est vrai. Mais sachez que ces reproches les laissent froids et peut-être, finalement, nous aussi.

Et puis ils ont de l’humour nos écrivains d’antan dans ce troisième numéro, un tantinet macabre parfois, un peu grinçant souvent. Peut-être parce que se tenir les côtes reste un de leurs derniers plaisirs ».

Le lecteur a d’ailleurs bel et bien intérêt à tenir les siennes et à ne pas trop entrechoquer ses osselets. Le recueil se révèle un vrai régal d’ironie et d’esprit caustique, riche en découvertes et en trouvailles singulières, dans une présentation aérée, réjouissante et élégante. Les personnages y sont tous quelque peu défaillants, déglingués, en proie à des manies ou à des démons domestiques. Aphorismes macabres et chutes impayables se multiplient, associés aux « Refroidis » et à leurs sourires tout en dents.

Trois excellentes nouvelles de Nadar rivalisent de drôlerie ; avec un coup de cœur pour La Dernière lettre et sa moralité imparable : « Je me supprime parce qu’après avoir bien examiné les choses, je ne me trouve absolument rien de mieux à faire ». La Souris de Jean Forton ou Les Seins de la famille de Jean-Pierre Enard dépeignent des univers intimes et anodins poussés jusqu’à l’absurdité la plus surprenante. La nouvelle d’André Vers nous plonge dans une scène de voyous où le plus fort en gueule n’aura pas le dernier mot. Mais la palme va sans conteste aux Episodes posthumes de Romain Coolus où un macchabée très dandy nous conte les différentes étapes de son après-trépas, observant sa disparition progressive avec l’objectivité d’un observateur tout extérieur au phénomène. Le pire n’étant pas d’être gloutonné par des vers mais bien de finir par s’ennuyer. A mourir littéralement de rire.

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.