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Visions de Cody, Jack Kerouac

Ecrit par Christian Massé 15.02.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Folio (Gallimard), Roman, USA

Visions de Cody, préface d’Allen Ginsberg, traduit (USA) Brice Matthieussent, 725 pages

Ecrivain(s): Jack Kerouac Edition: Folio (Gallimard)

Visions de Cody, Jack Kerouac

 

Avant de prendre le « ferry » pour Staten Island, Jack s’offre une bière à quinze « cents » dans un bar. Appuyé sur l’avant du pied comme Cody en quête de travail, il sait ce qu’il va faire à Staten Island : ruminer toutes ses visions de Cody, réfléchir aux choses les unes après les autres, partir vers Cody ! Finalement, il ne va pas à Staten Island ! Tout en haut de Wall Street, l’aube de pluie enveloppe encore la cathédrale Saint-Patrick.

La constellation Cody ! Jack fait souvent le même rêve : en costume, les costumes paraissent toujours neufs sur lui, cheveux hirsutes et ébouriffés ayant pâti de l’excitation des cafés dans les couloirs obscurs des sensualités […] Un jeune type, né dans un hôpital de miséreux, au visage osseux paraissant avoir été comprimé contre des barres de fer ! Son ambition : conquérir le monde des hommes qui vivent parmi les ombres, au-delà des néons qui clignotent. Mais la réalité est autre : défoncés à l’herbe dans des piaules à marijuana, vrais clodos de caniveau. Le bonheur ne s’appelle pas Amérique. L’Amérique, c’est être traqué par la police à travers le Kentucky et l’Ohio et dormir avec des rats… dans un lit proustien, avec la Dive bouteille !

Jack Kerouac peut nous paraître un écrivain maudit tant sa vie a été… âpre. Ses phrases n’en finissent pas, comme les avenues et les rues de New York. Elles se tendent pour mieux jouir sur le papier – longues comme les routes empruntées par Cody. Quand il a un peu d’argent, il recherche un vieux restaurant semblable à ceux où Cody et son père mangeaient autrefois. Un plafond et des portes coulissantes d’anciens wagons de chemin de fer. Un comptoir en marbre fissuré, usé, superposé à un vieux comptoir en bois des années 1920. Le trou du c… du monde où rêvent les petits Cody dépenaillés devant un immeuble qui me rappelle l’éternité. Jack n’a de cesse de rêver à la route, jamais à une route. C’est toujours celle de Cody, avec du brouillard, avec les sourds gémissements d’un klaxon lointain dans la vapeur soudaine d’une locomotive. La route : celle par laquelle il arriva à New York fin 1956, avec sa femme. Ce souvenir m’attriste. Ô route ! J’essaie de retrouver le goût d’un plat de porc mangé à Hart Ford en 1941, […] comme je traversais cette ville sur la plateforme d’un camion avec mon chien […]. Une phrase à la Marcel Proust, de par sa longueur et sa quête. Dans la narration de Kerouac, tout instant est insaisissable, déjà passé. Seul le sommeil peut le ressusciter en l’associant à des combinaisons illimitées et splendides. C’est ainsi que Kerouac met sur le même plan Cody au pas chaloupé, les ordures ménagères en vrac au coin d’une rue, les flans et autres gâteaux fourrés des vitrines de pâtisserie, les vomis de chats, les briques de chantiers inachevés et les crapauds en rut dans un baquet de lessive abandonnée par une vieille prostituée. Puis : les petits-bourgeois juifs, visage pointu et manteau de fourrure […] dans les rues où les lumières des lampadaires font des clignotements, des éclairs, puis un orgasme de lumières-clignotements-éclairs… pour poignarder le cœur de la nuit.

« Visions de Cody est une étude de caractères de six cents pages du héros de Sur la route, Dean Moriarty, devenu Cody Pomeray. J’ai voulu entreprendre un hymne qui unisse ma vision de l’Amérique… avec des mots crachés selon la méthode moderne. Au lieu d’un simple récit horizontal des voyages sur la route, j’ai voulu une étude verticale, métaphysique, du personnage de Cody, et de sa relation à l’Amérique » (Jack Kérouac).

 

Christian Massé


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A propos de l'écrivain

Jack Kerouac

 

Jack Kerouac né le 12 mars 1922 à Lowell, dans le Massachusetts, mort le 21 octobre 1969 à St. Petersburg, en Floride) est un écrivain et poète américain.

Considéré aujourd'hui comme l'un des auteurs américains les plus importants du xxe siècle, il est même pour la communauté beatnik le « King of the Beats ». Son style rythmé et immédiat, auquel il donne le nom de « prose spontanée », a inspiré de nombreux artistes et écrivains et en premier lieu les chanteurs américains Tom Waits et Bob Dylan. Les œuvres les plus connues de Kerouac, Sur la route (considéré comme le manifeste de la beat generation), Les Clochards célestesBig Sur ou Le Vagabond solitaire, narrent de manière romancée ses voyages à travers les États-Unis. Le genre cinématographique du road movie est directement influencé par ses techniques et par son mode de narration.

 

A propos du rédacteur

Christian Massé

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Rédacteur


Christian Massé, la soixantaine, vit installé en Touraine depuis 1990, après dix huit années passées à Paris. Marié, père de cinq enfants.

A publié :


Entre noir à Jean-Jaurès, éd. Denis Jeanson, 1997.
Le Drôle-au-diable, récit, éd. Le Temps des Cerises, Paris, 2001.
La mesure du temps, anthologie, éd. Denis Jeanson, 2004, épuisé.
La Loire dans tous ses ébats, nouvelle ligérienne, éd. Le Petit Pavé, Brissac, 2007.
La dernière nuit de Josepha, roman, éd; Le Temps des Cerises, 2008.
Les troubadours dans la ville, ouvrage collectif (? De la plume à la dague ?, nouvelle de CM) édité par le

La mesure du temps, anthologie, éd. Denis Jeanson, 2004, ré-édité en 2012.

Le mauvais génie, nouvelle, façon Oulipo, La comtesse de Ségur et nous, ouvrage collectif, éd. Le Jardin d'Essai.

La colère des imbéciles remplit le monde. Opuscule sur l'écrivain Georges Bernanos, à partir de son essai "Les grands cimetières sous la lune". BNF 2013.

Lettres de Lucien Gerfault à son père, roman épistolaire, éd. Antya, 2013.

Et Siroco nous était conté?Récit d'un séjour effectué en mer Méditerranée sur le vaisseau de guerre SIROCO, du 9 au 14 juin, éd. Antya,2013.

Palestine...Terre sainte, Terre souffrante.Opuscule d'une conférence tripartite organisée par la paroisse de Saint Côme en Loire en octobre 2010. Ed. Antya.

Le temps ininterrompu, anthologie, éd. Antya, 2014.

Consuelo, c'est moi, récit critique, "Lire George Sand", ouvrage collectif, éd. Le Jardin d'Essai, 2014.

Le temps numérique, anthologie (chroniques littéraires numériques), éd. Antya, 2015.

L'atelier de l'avenue du Maine, adaptation théâtrale du roman de Marguerite Audoux, "L'atelier de Marie-Claire", éd. Le Jardin d'Essai, 2015.

Le Journal retrouvé, récits auto biographiques, auto édité, 2016.

Les genêts, éd. Antya, 2017, ré édition (1ère édition: Les Lettes Libres, 1986)

La dernière nuit de Josepha, roman, éd. Antya, 2017, ré édition (1ère édition: Le Temps des cerises, 2008)

Flaure, peintre du figuratif,éd. Les Dossiers d'Aquitaine, collection Beaux livres. 2018

 

A été membre de l'Union des écrivains, pendant 15 ans.
Membre de la Société des Gens de Lettres (depuis fin décembre 2010)

- Animateur de rencontres littéraires et artistiques (Tours).

- Président de l'association Les Arts en écho !


Président de l'Association littéraire La Plume ligérienne (organise des soirées littéraires dans des lieux non institutionnels)