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Visage vive, Matthieu Gosztola

Ecrit par Cathy Garcia 09.07.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Publications de nos contributeurs, Poésie

Visage vive, Ed.Gros Textes, photographies de l’auteur, 2011, 96 p. 7 €

Ecrivain(s): Matthieu Gosztola

Visage vive, Matthieu Gosztola

Visage vive n’est pas de lecture aisée, car derrière une langue qui semble s’égarer, s’éteindre avant de se rallumer à nouveau, un peu comme des soubresauts, il y a cette tentative de dire l’indicible.

 

Il faisait un froid terrible

Dans le visage

De cet enfant là

 

Il n’y a pas de mots assez vastes, assez puissants pour contenir la douleur, sans doute la plus insupportable, de la perte d’un enfant. Aussi, par petites touches, ce texte se remémore, parle à l’enfant qui n’est plus, lui imagine même un futur, le tout accompagné de très belles photos de l’auteur, prises en Inde, pays de grande intensité spirituelle. Des photos dont toute la lumière et les vives couleurs aident peut-être à transcender la souffrance. Visage vive est un livre tendu comme une main au-dessus du vide et qui s’adresse aussi à tous ces autres « parents-funambules », qui subissent cette épreuve.

 

Ce n’est pas toi qu’on

Enterre

C’est moi dans ma vie de toi

 

Visage vive est un recueil qui avec amour, avec pudeur, tient en fragile équilibre entre l’écorchement du « pourquoi ? » et une difficile tentative d’acceptation de ce qui est, de ce qui a été et qui n’est plus.

 

Tu n’as jamais vu la mer

Tu es ce qui retourne à sa

Réception d’étoile

 

Mais, l’amour ne s’arrête pas aux frontières de la mort. Des êtres aimés qui les franchissent, demeure le souvenir, la présence intangible mais si puissante du souvenir. Ici l’écriture est comme une catharsis, les mots sont parfois comme retenus ou égarent leur sens dans la vacuité, ils tâtonnent comme des mains dans le noir et soudain ils se déversent à flots précipités, avec cette obsession du visage.

 

La peinture du visage n’a pas eu le

Temps

De sécher

 

Tout finalement tient dans le visage.

 

Tout est là dans le visage

Et je prends tout

Avec mon souvenir

Mon souvenir est déjà là même

Dans le présent du regard

Il y a vie dans visage, et la peur sans doute que la mémoire des traits ne finisse par disparaitre elle aussi.

 

Ton visage est identifiable à ce qui

Ne viendra jamais

Même avec les décibels des cris

Diminuer le silence

 

Alors par delà l’intolérable déchirure, les mots viennent pour divorcer du silence, tisser un fil auquel se raccrocher.

 

Je crois que c’est possible

De vivre car on est deux

Et ça a duré

 

Des mots que l’on voudrait magiques.

 

Je ferai si c’est

Nécessaire

Dans toute la pièce des

Moulinets

Avec les bras en récitant

Des incantations mais

Malheureusement je me réveille

La vie n’est pas un conte de fée

 

La mort est sourde à nos questions, elle est juste une réponse. Une réponse à la trop vive douleur du corps. Peut-être se fait-elle ainsi pardonner, elle vient apaiser les souffrances de l’enfant aimé, qui sont tout autant, sinon plus insupportables qu’elle. Reste alors un amour indéfectible et le pinceau des mots pour que visage vive.

 

Cathy Garcia


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A propos de l'écrivain

Matthieu Gosztola

http://www.lacauselitteraire.fr/matthieu-gosztola-2

 

Matthieu Gosztola est né le 4 octobre 1981 au Mans. Docteur en littérature française, il enseigne la littérature au Mans et à Paris. Il a écrit des critiques littéraires dans les revues Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Contre-allées, Europe, Histoires Littéraires, La Cause littéraire, La Main millénaire, Libr-critique, Plexus-S, Poezibao, Recours au poème, Reflets du temps, Remue, Salon littéraire, Saraswati, Sitaudis, Terre à Ciel, Tutti magazine, Zone critique, ainsi que dans les revues de la Comédie-Française, des Presses universitaires de Rennes et des éditions Du Lérot. Pianiste et compositeur de formation (sous la direction de Walter Chodack notamment), il donne des récitals, en tant qu’interprète ou improvisateur, qu’ils soient ou non reliés à la poésie comme lors du festival international MidiMinuitPoésie.

 

Publications :

 

Sur la musicalité du vide, Atelier de l’agneau, 2001

Travelling, Contre-allées, 2001

Les Voitures traversent tes yeux, Contre-allées, 2002

Sur la musicalité du vide 2, Atelier de l’agneau, 2003 (Prix des Découvreurs 2007)

Matière à respirer, Création et Recherche, 2003

Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin, Éditions de l’Atlantique, 2008

J’invente un sexe à ton souvenir, Minuscule, 2009

Une caresse pieds nus, Contre-allées, 2009

Débris de tuer (Rwanda 1994), Atelier de l’agneau, 2010

Un seul coup d’aile dans le bleu, Fugue et variations, Éditions de l’Atlantique, 2010

Ton départ ensemble, La Porte, 2011

Un père (Chant), Encres Vives, 2011

La Face de l’animal, Éditions de l’Atlantique, 2011

Visage vive, Gros Textes, 2011

Contre le nihilisme, Éditions de l’Atlantique, 2011

Le génocide face à l’image, Éditions L’Harmattan, collection Questions contemporaines, 2012 (essai de philosophie politique)

Traverser le verre, syllabe après syllabe, La Porte, 2012

Ariane Dreyfus, Éditions des Vanneaux, 2012

La critique littéraire d’Alfred Jarry à « La Revue blanche », ANRT, 2012

Alfred Jarry à « La Revue blanche », l’intense originalité d’une critique littéraire, Éditions L’Harmattan, collection Espaces littéraires, 2013

Rencontre avec Balthus, La Porte, 2013

Rencontre avec Lucian Freud, Éditions des Vanneaux, 2013

Alfred Jarry, critique littéraire et sciences à l’aube du XXe siècle, Éditions du Cygne, collection Portraits littéraires, 2013

À jamais une rencontre, Éditions Henry, 2013

Etnachta, Éditions Le Chat qui tousse, 2013

Écrit sur l’eau, printemps-été, La Porte, 2014

Écrit sur l’eau, automne, La Porte, 2014

Écrit sur l’eau, hiver, La Porte, 2014

Lettres-poèmescorrespondance avec Gaudí, Éditions Abordo, 2014

 

A propos du rédacteur

Cathy Garcia

 

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Rédactrice

Domaines de prédilection : littérature française et étrangère (surtout latino-américaine & asiatique)

Genres : romans, poésie, romans noirs, nouvelles, jeunesse

Maisons d’édition les plus fréquentes : Métailié,  Actes Sud

 

Née en 1970 dans le Var.

Premier Prix de poésie à 18 ans. Premiers recueils publiés en 2001.

A Créé en 2003 la revue de poésie vive NOUVEAUX DÉLITS. http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

Fin 2009, elle fonde l’association NOUVEAUX DÉLITS :

http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Plasticienne autodidacte, elle compose ce qu’elle appelle des gribouglyphes,  mélange de diverses techniques et de collages. Elle illustre plusieurs revues littéraires et des recueils d’autres auteurs. Travail présenté publiquement depuis fin 2008 et sur le net :

http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com

Elle s’exprime aussi à travers la photo, pas en tant que photographe professionnelle, mais en tant que poète ayant troqué le crayon contre un appareil photo : http://imagesducausse.hautetfort.com/ Ce qui  a donné lieu à trois Livr’art visibles sur internet dans la collection Evazine :

http://evazine.com/livre_art.htm