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Univers d'écrivains

Anne Richter, écrivain panthéiste

Ecrit par Christopher Gérard , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Univers d'écrivains, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Entretiens

Née d’un couple d’écrivains renommés, Anne Richter a l’écriture dans le sang, puisqu’elle publie son premier livre à l’âge de quinze ans. Auteur de nouvelles, d’essais littéraires (sur Simenon, Milosz, …) et d’anthologies, la voici qui nous revient, avec la fraîcheur d’une rose, à l’occasion de la réédition bienvenue de deux de ses livres.
Sous ce titre étrange, entre ironie et mystère, La grande pitié de la famille Zintram, elle réunit quinze nouvelles dont le style rigoureux, austère même, ne cachera qu’aux distraits la troublante magie qui en émane. Grande lectrice des Sud-Américains (le Bruxellois Cortazar, bien sûr ; Borges, mais en moins cérébral et en plus sensuel) et des Belges (Jean Muno, préféré à Jean Ray), Anne Richter propose des énigmes que le lecteur se voit sommé de résoudre tout seul, comme un grand, ai-je envie d’écrire. D’où le trouble délicieux qu’elle suscite, notre sorcière ! Au lecteur en effet de prolonger l’aventure ; à lui de se risquer dans l’escalier en colimaçon qui l’entraîne insensiblement dans les profondeurs de son propre inconscient, car Anne Richter manipule avec subtilité cette dynamite que constituent les archétypes. Avec un doigté que peuvent lui envier bien des psychanalystes, quelle que soit leur secte… Une magicienne, passée maître dans l’art dangereux des métamorphoses ! Doublée d’une puriste, car ferme est sa langue, et rigoureuse sa syntaxe.

L'interrogatoire, Jacques Chessex

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 10 Avril 2011. , dans Univers d'écrivains, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Grasset

L’interrogatoire, mars 2011. 158 p. 14 € . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Grasset


La voix de Chessex nous revient dans un très beau dialogue de l’écrivain avec son double inquisiteur. « Je suis peut-être un assassin qui se révélera d’un seul coup. Ou un saint, que Dieu montrera à Son heure ». Amant, fils, auteur, lecteur, homme, Chessex n’en finit pas de questionner l’autre en lui, dans cet « ouvert obscur » que le texte dévoile et voile à l’infini. Les deux Chessex se sont « emboîtés et appariés comme la figure et son écrit, ou comme réfléchit le miroir ».
Avec une grande douceur et une grande lucidité, il accepte cette « loi d’Interrogatoire » : « la voix questionne, je réponds ». Seul, l’écrivain affronte tous les plis et les revers d’une voix, conscience et juge à la fois,  qui cherche à le prendre en défaut. C’est avec courage qu’il fait face aux différentes figures de la mort qui lui sont soumises et auxquelles il renvoie le bonheur renouvelé de se voir accorder un nouveau jour, les artistes aimés, les femmes et l’érotisme, le labeur d’un artisan des mots qui cherche à être juste avec lui-même.

Chemins de lectures (1) Fante !

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 03 Avril 2011. , dans Univers d'écrivains, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, Chroniques régulières, La Une CED, USA, Roman

Plein de vie !

John Fante. Prononcez « fanté ». Je dois vous dire d'abord bien sûr : c'est qui John Fante ? Un écrivain, américain. Italo-américain plutôt, la précision est d'importance, elle imprègne toute son œuvre. Sa vie couvre à peu près le XXème siècle, de 1909 à 1983. On ne peut pas esquiver sa vie, elle est la matière même de l'œuvre. Tous ses romans égrènent des épisodes autobiographiques, de l'enfance rude du Colorado (sous les grondements incessants d'un père alcoolique et violent) à la réussite professionnelle et mondaine d'Hollywood (où il sera un scénariste très prisé) et enfin jusqu'à la fin douce et glorieuse, malgré la cécité qui le frappe en 1978, aux côtés de Joyce, son épouse.

Je ne sais pourquoi, bien qu'adulé (et même objet d'un véritable culte !) par des cercles de plus en plus nombreux de passionnés de littérature, Fante n'a pas encore atteint en France la notoriété d'un Steinbeck, d'un Hemingway, d'un Faulkner. Son influence littéraire est pourtant au moins aussi importante : il est le père spirituel de la « Beat génération », de Charles Bukowski, de Truman Capote, de James Ellroy. Son influence est considérable aussi sur Jim Harrison et « l'école du Montana ».

Entretien avec Frédéric Saenen

, le Jeudi, 24 Mars 2011. , dans Univers d'écrivains, Les Dossiers, Entretiens, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Frédéric Saenen, Motus. Nouvelles, Ed. Le Grognard, 10€. Et, Dictionnaire du pamphlet, Infolio, 10€

Propos recueillis par Christopher Gérard


Né en 1973, diplômé en philologie romane de l’Université de Liège, Frédéric Saenen s’est rapidement fait connaître du public lettré par ses poèmes (dont Quatre femmes, éd. Maëlstrom) et par ses dons de critique littéraire dans diverses revues (Jibrile, Magazine des Livres, Bulletin célinien … ) ainsi que sur la toile. Du « slam » (« dénudement absolu ») à l’exégèse pointue de Céline en passant par la critique des parutions et rééditions, Saenen pérégrine à travers les livres, tel un moine claquemuré dans quelque labyrinthe. Ce qui frappe chez lui : un amour sans concession de la littérature (peu courant chez les critiques), une étonnante curiosité (idem), le dépassement des préjugés comme exercice spirituel, ainsi qu’un humour, disons, grinçant. Motus, son premier recueil de nouvelles, publié par la revue Le Grognard, en donne un bel aperçu, de cet humour aux lisières du désespoir : il met en scène des personnages en marge qui tentent de survivre plus ou moins entiers à la grande marchandisation humanitaire. Un outsider résolu, fêlé drolatique, aristocrate prolétarien. Et quel lettré !