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Un si beau diplôme !, Scholastique Mukasonga (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel 19.10.18 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Afrique, Biographie, Gallimard

Un si beau diplôme !, mars 2018, 192 pages, 18 €

Ecrivain(s): Scholastique Mukasonga Edition: Gallimard

Un si beau diplôme !, Scholastique Mukasonga (par Tawfiq Belfadel)

 

Retrouver le père par l’autobiographie

Après des œuvres de fiction, romans et nouvelles, qui lui ont valu un ample succès et le prix Renaudot en 2012, Scholastique Mukasonga publie un récit autobiographique : Un si beau diplôme !

Comme l’illustre clairement le titre, le récit est primordialement centré sur le diplôme. Pour Scholastique, un diplôme au Rwanda, son pays natal, n’est pas un simple bout de papier : c’est un moyen pour affirmer son existence.

« Ce serait ma sauvegarde, mon sauf-conduit dans les périls de cette vie, mon véritable passeport : la seule preuve que, quelque part dans la monde, j’existais » (p.47).

L’auteure a passé la moitié de sa vie à courir après ce fameux diplôme d’assistance sociale. Ainsi, elle découvre l’exil et ses conséquences en passant d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre : Rwanda, Burundi, Djibouti, France… Scholastique a eu son diplôme, fonde sa famille, et s’installe enfin au nord de la France.

La quête de ce diplôme pousse d’abord l’écrivaine à peindre son enfance et quelques souvenirs de sa vie et de son entourage. Elle raconte aussi quelques fragments historiques du Rwanda et des autres pays voisins. Par ailleurs, elle décrit ça et là des traditions rwandaises et africaines.

L’exil qu’elle découvre et vit à cause des déplacements à la poursuite du beau diplôme,idipolomi nziza, l’incite à réfléchir sur son identité. « C’est sans doute à Djibouti que s’est affirmé en moi le sentiment profond de mon identité : j’étais et resterais, quoi qu’il m’arrive et où que je sois, africaine » (p.121).

A la fin du récit, Scholastique rentre de France pour un court pèlerinage au Rwanda. Un retour au nid. Cette séquence finale décrit le nouveau Rwanda, celui d’après le génocide. L’auteure est à la fois bercée par les nouvelles images du pays qui se réveille, et déchirée par les souvenirs du génocide qui lui a ravi des membres de sa famille.

« Il y a à Nyamata une autre station pour mon pèlerinage, douloureuse celle-là. L’angoisse me serre toujours le cœur quand je pénètre dans la grande église de Nyamata. Dix mille personnes y ont été massacrées » (p.159).

Parler de diplôme, c’est parler du père. Cet être unique qui force et encourage sa petite Scholastique à s’accrocher à l’école pour réussir. Le récit lui est dédié : « A Cosmas, mon père, pour qui seule l’école pouvait sauver la mémoire »  (p.9).

Le livre est donc un hommage poignant au père.

« Cosmas, mon père, je peux dire que je lui dois deux fois la vie. (…) C’est grâce à lui que le français, qu’il ne connaissait pas, est devenu pour moi cette seconde langue qui fut mon passeport et mon sauveur » (p.174-175).

L’auteure rend aussi hommage à la femme rwandaise, symbole de labeur au passé et symbole du développement du pays au présent, le Rwanda d’après-génocide. En effet, tout au long du récit, l’auteure insère des séquences sur la femme, évoquant soumission, excision, résistance, courage, liberté…

Vu sa structure et sa langue, le récit, bien qu’autobiographique, se lit tel un roman. Un si beau diplôme rappelle aussi les écrits d’Azouz Begag, autobiographiques pour la plupart, par lesquels l’auteur rend un grand hommage à son père, Bouzid, qui lui apprend aussi à réussir par l’école.

Enfin, Un si beau diplôme est un récit qui mêle autobiographie, histoire, mémoire, anthropologie, féminisme… C’est un hommage au père, au Rwanda, à la terre natale, à la femme africaine, à la mémoire. Et puisque Scholastique essaie de restituer par l’écriture tout ce qui est perdu, ce récit est un livre contre l’oubli.

 

Tawfiq Belfadel

 


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A propos de l'écrivain

Scholastique Mukasonga

Scholastique Mukasonga, née à la fin des années 1950, est une écrivaine rwandaise d'expression française.

Elle a fait paraître son autobiographie, Inyenzi ou les Cafards aux éditions Gallimard, dans la collection "Continents noirs", en 2006. Dans sa postface à l'ouvrage, Boniface Mongo-Mboussa, écrivain et critique congolais (Congo-Brazzaville), affirme que l'écriture de Scholastique Mukasonga émane du "désir manifeste de donner aux disparus une digne sépulture de mots à la fois pour apaiser les vivants et sanctifier les morts".

L'une des particularités du récit de Scholastique Mukasonga est qu'il insiste sur l'ancienneté des tentatives génocidaires. Pour l'écrivaine, l'"exil intérieur", entrepris avant même l'indépendance du pays et qu'elle a vécu enfant, relevait des premiers jalons de la purification ethnique qui a éclaté au grand jour en 1994 contre les Tutsi.

 

(Source Wikipédia)

A propos du rédacteur

Tawfiq Belfadel

 

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Jeune écrivain algérien de langue française, auteur de Kaddour le facebookiste (éd. Edilivre). A suivi des études de Lettres à l’université de Mostaganem.