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Un air de liberté (2) - Tout est comédie, Michel Galabru

Ecrit par Valérie Debieux le 02.03.13 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Un air de liberté (2) - Tout est comédie, Michel Galabru

 

Tout est comédie : abécédaire du théâtre et autres fantaisies, Michel Galabru, propos recueillis par Sophie Galabru, Editions Le Cherche Midi, février 2013, 243 pages, 17 €

 

Pas d’autobiographie mais une « vision du monde » de la part de Michel Galabru, comédien, qui, sous forme d’abécédaire, exprime la vie, sous toutes ses coutures, et finit par nous convaincre que « tout est théâtre ». Michel Galabru sait évoquer des sujets graves avec une certaine « légèreté » et sans tabou. Le théâtre est sa vie. Il en connaît toutes les ficelles et il sème des petits cailloux tout au long de son abécédaire.

Michel Galabru est un grand observateur. Rien ne lui échappe. Il analyse. Il écoute et surtout, il ne s’ennuie jamais : « Je suis fait d’un bizarre mélange d’optimisme béat, ou plutôt d’une vitalité joyeuse, suivi de grands moments de mélancolie. Je ne m’ennuie jamais avec moi-même et pas tant que cela avec les autres, car tout le monde m’intéresse ».

En parcourant cet ouvrage, le lecteur a cette douce impression d’être assis à ses côtés, sur la terrasse d’un Café et, quand on lit la dernière ligne, on « quitte l’affiche » – comme on dit au théâtre – tel un acteur qui ne joue plus et qui devient soudainement « orphelin » de son compagnon d’écoute.

Le théâtre. Le langage du théâtre ! Son vocabulaire. Ses mots techniques. Ses expressions argotiques. Ses scies. Ses coulisses. Michel Galabru s’exprime très librement à son sujet et, au fil de la lecture, on le suit tel un partenaire de scène. On boit ses paroles avec un enthousiasme débordant. On rit. Parfois aux éclats. On est émus et on en devient presque muets. C’est le silence. Oui. « Silence », telle l’injonction que l’on trouve sur les portes qui mènent des coulisses au plateau ! Michel Galabru passe de la « Comédie-Française », à ses partenaires de jeux, sur un plateau ou sur une scène. Il a été le spectateur de grandes confidences, le témoin d’une vie riche et l’acteur d’une existence bien remplie.

Pour Michel Galabru, « […] chaque religion a son théâtre, ses rites et ses costumes. Toute vie est un rôle qui se cherche. […] Le théâtre existe partout. Sans lui, la vie est impossible. […] Le théâtre est au début et à la fin de tout. La politique est spectacle, l’histoire, chaque métier, et l’Église surtout ! La messe est un théâtre pour faire prier, c’est une représentation théâtrale comprenant ses costumes, ses discours, ses acteurs, ses rites, sa scène. […] La théâtralité est insidieuse et partout. On se coiffe à la Bardot, on marche comme Belmondo et, si ce ne sont pas des vedettes, c’est d’un proche qu’on admire le style et le rôle ».

Les tournées, pour lui, sont de véritables colonies de vacances ! Et pour d’autres, cela peut ressembler à un insuccès telle la tournée de Jacques Copeau en compagnie de sa troupe du Vieux-Colombier en Amérique. Le théâtre, tout comme la vie, peut s’avérer fragile ou précaire : « La pièce se jouera trente jours au moins, car c’est un droit syndical, nous avons le droit à trente cachets. Comme il est fréquent que la pièce ne marche pas, au bout d’un mois, tout s’arrête. On a brassé son espoir et puis il faut remballer. […] La critique est toute-puissante, de sorte qu’un seul mauvais article de Jean-Jacques Gautier du Figaro signifiait la fin ».

Mais quelle est donc la locomotive de l’artiste ? La reconnaissance ? La liberté d’expression ? Serions-nous tous les « funambules » de notre propre existence ? Et le libre-arbitre ? La destinée ? Le Hasard ? On n’en dira pas plus. « Œil du rideau »…

Au fil de la lecture de cet « abécédaire du théâtre », Michel Galabru saisit chaque instant de vie tel un virtuose de la voltige qui retombe toujours sur ses pieds. Personne ne pourra rester indifférent devant cet Homme d’Exception. Applaudissements. Ovation pour Michel Galabru qui a bien « l’œil dans le coin ». Rideau. Et l’Homme s’éclipse sur un tableau de Vermeer, La Dentellière. Dans la « lumière ». Edifiant…

Bravo à Michel et à Sophie Galabru pour cet opus « miraculeux » ! Très belle complicité entre le grand-père et la petite-fille. Merci à tous deux. « Vous ne faites point rire le velours » ! La salle est pleine… et votre ouvrage est à mettre entre toutes les mains…

 

Valérie Debieux

 

Quelques extraits :

 

Carmet Jean :

Jean Carmet, assistant à une représentation du mime Marceau, a crié :

– Plus fort s’il vous plaît !


Environnement : Le climat se réchauffe, c’est indéniable. Vous savez ce qu’on dit ? Dans dix ans, ici, ce sera le climat du Maroc. Non mais c’est une information très sérieuse. On viendra ici en babouches. Ça veut quand même dire qu’il y aura des chameaux en Normandie. Ça fait rire. Mais vous verrez quand les fermières vont traire les chameaux à la place des vaches, ça va changer le goût du camembert !

Le changement du climat va nous changer la vie. Plus de pommes, des dattes ! Il fera chaud, terriblement chaud. Il faudra s’habiller léger. Les fermières normandes en string vont traire des chameaux à poils ! C’est pas du changement ça ? Va falloir refaire les cartes postales : « Souvenir de Lisieux : Un Touareg surveille son troupeau… »

Il y aura des éléphants à Limoges, c’est la fin de la porcelaine. Des autruches à Toulouse, il y aura des alligators dans la Seine, il y aura des lions, oui mesdames, des lions à Paris ! Des hordes de lions affamés. Pensez un peu à tous ces lions faisant leurs besoins sur les trottoirs ? Pour ramasser tout ça, c’est plus des motocrottes qu’il faudra, c’est des moissonneuses-batteuses ! Promener un teckel, le soir, équivaudra à balader une merguez au bout d’une laisse. Un caniche, pour un lion, ça sera une cacahuète, et une retraitée de la Poste, une figue sèche.


Epitaphe : sur ma tombe, veuillez inscrire : « Ici Galabru repose, il ne fit jamais autre chose ».


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A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com