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Tu reviendras, Brahim Metiba (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel 11.06.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Maghreb, Roman, Elyzad

Tu reviendras, avril 2019, 96 pages, 13 €

Ecrivain(s): Brahim Metiba Edition: Elyzad

Tu reviendras, Brahim Metiba (par Tawfiq Belfadel)

 

L’un et l’autre

A Paris, un homme de quarante ans se souvient de l’Algérie, de sa ville natale Skikda, et de sa famille laissée il y a dix ans.

Il se souvient notamment de cet incident qui a déchiré ses relations avec la famille et fait de lui un autre : le jour où il a révélé son homosexualité. C’est le jour où tout a basculé.

« Jusque-là je croyais être homosexuel comme on a une passion pour le violon ou les timbres postaux : ça va un moment, puis ça passe, que je finirais par entrer dans le rang. Ce sont, toujours, mes mots de l’époque » (pp.11-12).

Le narrateur solitaire décide de rentrer voir sa ville natale, sa famille, et retrouver sa jeunesse et son enfance lointaines.

« Mon absence avait trop duré, je ne pouvais plus fuir éternellement, il fallait revenir et affronter la situation » (p.19).

Au retour, il décrit la ville de Skikda qui a changé, retrouve les souvenirs éparpillés ça et là, partagés entre mélancolie et douceur, et analyse le nouveau regard de sa famille envers lui. « J’ai souvent rêvé d’avoir une famille autre. Des parents autres. J’ai souvent eu honte de ma mère, analphabète. J’ai souvent rêvé d’avoir un frère guide dans la vie » (p.29). Il tient un journal pour noter ce qu’il veut noter. Ici, il se retrouve avec son autre qu’il a laissé il y a dix ans.

Après peu de jours, il rentre à Paris et retrouve sa solitude. Ce retour rapiécera-t-il les relations déchirées du narrateur et sa famille ? Ce court séjour est-il signe de futurs retours à la terre natale ou d’une rupture définitive ?

Le narrateur mêle divers thèmes ancrés dans la mélancolie : l’exil, la nostalgie, le déchirement familial, son homosexualité. « J’ignore la définition exacte de la mélancolie, mais je lui donne celle-ci : regretter le passé, un passé autre » (p.91).

L’auteur a inséré des fragments autobiographiques dans ce récit. Il s’agit donc d’une autofiction : biographie insérée dans une fiction. Ce genre permet à l’auteur de dire ce qui le tourmente ou ce qui le berce, tout en gardant une distance sensible vis-à-vis du lecteur. « En écrivant, j’ai sélectionné, trié. Des pans entiers de ma réalité n’ont pas été écrits. Pourquoi ? Où sont-ils ? » (p.83).

Dans ce récit simple et aiguisé, Brahim Metiba raconte des pans de sa vie à travers une fiction. Il fouille son passé pour trouver des réponses à ses questions du présent. Pour se retrouver, Brahim fait affronter son Moi d’aujourd’hui avec le Moi laissé au bled il y a des décennies. L’un et l’autre. Un récit doux-amer.

 

Tawfiq Belfadel

 


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A propos de l'écrivain

Brahim Metiba

 

Né en 1977 en Algérie, Brahim Metiba est ingénieur de formation. Il vit et travaille en France depuis plus de dix ans. Il est l’auteur de quatre ouvrages dont Ma mère et moi (éd. Mauconduit, 2015), Prix Beur Fm. Ses textes s’inscrivent dans l’autofiction.

 

A propos du rédacteur

Tawfiq Belfadel

 

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Jeune écrivain algérien de langue française, auteur de Kaddour le facebookiste (éd. Edilivre). A suivi des études de Lettres à l’université de Mostaganem.