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Triple Crossing, Sebastian Rotella

Ecrit par Stéphane Vinckel 23.05.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Polars, USA, Editions Liana Levi

Triple Crossing, traduit de l’anglais par Anne Guitton, Avril 2012, 22,50 €

Ecrivain(s): Sebastian Rotella Edition: Editions Liana Levi

Triple Crossing, Sebastian Rotella

 

Succès salué aux Etats-Unis, où le roman a été sélectionné, par le New York Times, dans les catégories meilleur roman policier et meilleur premier roman, Triple Crossing est brillant et palpitant. Journaliste d’investigation spécialiste des questions d’immigration illégale et des problèmes liés aux trafics, Rotella livre un western noir très documenté, où, dit-il, tout est vrai : situations, détails, comportements, langages, violence, corruption.

Valentin Pescatore est un jeune agent de la Frontalière chargé d’arrêter les clandestins qui tentent massivement de passer la ligne et d’entrer aux Etats-Unis. Et quand ce n’est pas des familles entières habillées comme pour le bal, son job est d’empêcher les trafics divers : humains, marchandises, drogues. Il doit composer également avec certains agents patrouilleurs qui n’hésitent pas à recourir à la violence (on lui explique qu’elle est même attendue des illégaux), au racket et à des jeux avilissants. Valentin, lui, reste humain et donne souvent argent ou conseil aux immigrants.

Ça débute comme ça :

« Brouillard sur la frontière.

L’agent de la Patrouille frontalière Valentin Pescatore conduisait sa Jeep Wrangler à toute vitesse, plein sud à travers la brume. Pour chasser la gueule de bois et l’envie de dormir, il avait acheté une canette de Coca au bord de la route. Il avala une gorgée ; le gaz lui monta au nez. Il freina pour prendre un virage, soulevant un nuage de poussière. Des lièvres détalèrent devant ses phares ».

Une sorte de voyage au bout de la nuit commence. Avancer à toute berzingue dans un milieu dangereux et flou va devenir le quotidien de Pescatore pendant des semaines. Il ne le sait pas encore.

Une nuit, Pescatore va courir après un trafiquant qu’il a déjà arrêté. Dans sa soif de revanche et dans son élan, il va franchir la Ligne, au sens comme au figuré, et se retrouver au Mexique – loin de sa juridiction et donc hors la loi.

Dès le lendemain, les services internes l’interrogent. On lui propose alors, pour échapper à des poursuites, de travailler comme agent infiltré dans la Frontalière, pour corroborer les soupçons de rapports illégaux entre son chef, Garrison, et les trafiquants mexicains. Très vite Pescatore va se retrouver infiltré non plus au milieu des siens mais au milieu des Mexicains, dans la gueule du loup – dans le clan Ruiz Caballero, devenus les nouveaux grands manitous locaux après avoir « décapité et absorbé les cartels du nord-ouest du pays ». Triple Crossing est une plongée vertigineuse dans la jungle de Tijuana, « un grand souk déjanté ». C’est aussi la découverte d’une nouvelle dimension du terrorisme et du banditisme, la « Triple Frontière » : « A l’intersection du Paraguay, du Brésil et de l’Argentine. C’est un peu le Tijuana de l’Amérique du Sud. Le cœur du plan des Ruiz Caballero ». L’enjeu est complexe, non seulement « les narcos mexicains ont repris la place occupée autrefois par les Colombiens, notamment pour la distribution aux Etats-Unis et le trafic en Europe ». C’est déjà beaucoup… « Mais Junior est aussi en train de développer un circuit alternatif avec de nouveaux alliés, qui pourrait le rendre plus riche et plus fort que ses concurrents ». La première partie a justement pour titre AQM (autre que mexicain) et donne les prémices de cette mondialisation du crime et du terrorisme. Cette « triple frontière » abrite ce que Rotella appelle les United Nations of Crime, les « Nations unies du crime ». La dangerosité de cette nouvelle pieuvre est qu’elle combine les anciens pistoleros sans scrupules aux politiciens costard-cravates situés aux plus hauts échelons de l’état, Mexique et autres pays de l’Amérique du sud mais aussi aux Etats-Unis. En plus d’une intrigue policière et politique très bien ficelée, le premier roman de Rotella regorge de personnages forts et de scènes inoubliables (Mendez, le flic incorruptible façon Eliot Ness qui traque sans merci le crime et la corruption, tout en lisant une biographie du juge italien Falcone qui lutta contre la mafia italienne ; Buffalo, tueur efficace et obéissant mais pas sans scrupules ; Puente, jeune agent américaine dont la raideur sera attendrie par Pescatore). Passant de l’univers des truands de tous bords à celui des flics intègres, le romancier est aussi efficace dans l’action que dans les descriptions. Le passage dans la prison de Tijuana – véritable mini-ville surpeuplée où les détenus sont armés, organisés et cohabitent avec leur famille – est assez surréaliste et pourtant fidèle à la réalité.

Un début explosif, à découvrir absolument.

 

Stéphane Vinckel

(lecture audio par Frankie J. Alvarez et papier dans la traduction)

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A propos de l'écrivain

Sebastian Rotella

Né d’un père italien et d’une mère espagnole, Sebastian Rotella vit aujourd’hui en Californie, après avoir été correspondant dans plusieurs pays dont la France. Finaliste du Pulitzer en 2006, il est considéré comme un des spécialistes des questions de terrorisme, d’immigration et du crime organisé international.

A propos du rédacteur

Stéphane Vinckel

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Rédacteur


Trente neuf ans, 3 enfants, libraire depuis 1999 après des études supérieures d'anglais et un mémoire sur le plus fascinant des moments en littérature, le début.

Je pratique la lecture avec les yeux et les oreilles (livres audio) avec un plaisir que, tous les jours, j'essaye de partager. Parfois avec succès mais toujours avec bonheur.

J'anime depuis trois ans un blog avec une dizaine de libraires et autres lecteurs,

www.seren.dipity.over-blog.fr