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Travaux forcés, Mark Safranko

Ecrit par Alexandre Muller 19.04.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, USA, 13ème note éditions

Travaux forcés, 13ème note éditions, traduction (USA) Karine Lalechère, janvier 2013, 316 p. 20 €

Ecrivain(s): Mark Safranko Edition: 13ème note éditions

Travaux forcés, Mark Safranko

 

Mark Safranko est de retour ! Après trois opus édités par 13ème note, l’éditeur nous invite à lire un nouvel épisode situé chronologiquement entre Dieu bénisse l’Amérique et Putain d’Olivia. Qu’importe l’ordre ou le désordre, la saga de Max Zajack se lit dans l’un ou l’autre sens.

Un article est déjà paru sur la cause littéraire intitulé What’s the spirit of Safranko. Son rédacteur a essayé autant faire que se peut de vous initier. Si vous êtes curieux, ou pas, sachez que pour l’heure, Max Zajack ne vit momentanément plus à Trenchton (New Jersey) avec ses parents tyranniques, et n’a pas encore rencontré la sulfureuse Olivia. Il bosse à la chaîne dans une brasserie pour éviter le Vietnam et tue le temps à penser aux bouquins, à la musique et à toutes les nanas qu’il va se taper. C’est-à-dire que Max sort à peine d’une relation avec Sheila, une championne de la fellation qui lui a fait presque croire à la possibilité du mariage. Une dispute avec un collègue, et Max gonfle le chiffre du chômage. Il n’a pas de temps à perdre, son numéro d’incorporation militaire le presse. Max se voit contraint et forcé de suivre ce conseil :

« Le paternel m’a plaqué contre le mur :

– Maintenant, t’as intérêt à trouver un travail ! »

Le lendemain, Max enfile une cravate et une veste pour remplir des dossiers de candidatures partout où on ne lui claque pas la porte au nez. Comme d’habitude, il augmente la durée de ses emplois et embellit de manière extravagante les boulots qui auraient pu être exécutés par des singes. La valse commence. Embauche, licenciement, embauche, licenciement. Les boulots alimentaires, les Travaux Forcés. Vivotant dans des appartements défoncés qui ont tendance a se transformer en squats de toxicos.

EMBAUCHE…

« Quelques minutes plus tard, j’étais de nouveau à ramasser à la petite cuillère. L’ennui et l’humiliation étaient accablants. Comment des êtres humains réussissaient-ils à faire ce genre de boulot jour après jour, mois après mois, année après année ? Comment se débrouillaient-ils pour tenir les quinze rounds ? Est-ce que c’était mon destin à moi aussi ? »

LICENCIEMENT…

« Ça fait toujours plaisir de recevoir un avis de licenciement, mais l’enthousiasme se dissipe vite. C’est merveilleux de retrouver sa liberté – jusqu’au moment où on se rend compte qu’il n’y aura pas de salaire à la fin du mois ».

Entre ces deux événements Max passe son temps à lire, Yogananda, Lao-Tseu, Krishnamurti, Emerson, Balzac, Miller, à écouter de la musique (ou à en faire), à se branler ou à baiser, quoique sur ce tableau les choses ne soient pas si simples que cela.

Petite parenthèse en aparté. J’ai une cliente, une Dame, à qui j’ai recommandé Mark Safranko. Celle-ci est revenue me voir « Dites-donc qu’est-ce que vous m’avez fait lire là ? ». Je commençais à cramoisir. « Qu’est-ce que c’est vulgaire ! ». « Oh non madame, lui ai-je répondu, Safranko est juste grossier ». Elle a acheté Travaux forcés… on verra bien ce qu’elle en a pensé.

Mark Safranko n’est pas vulgaire, non ! Comment pourrait-on le réduire à un adjectif si négatif ? Avec son style vif, son vocabulaire coloré, ses anecdotes à la formule, il parvient rapidement à faire de son lecteur un addict. Et son double littéraire, en la personne de Max, ne manquera pas de nous attendrir.

Qu’on ne s’y trompe pas Mark Safranko, ce « marathonien du verbe » (combien possède-t-il véritablement de romans, polars et pièces de théâtre, dans ses tiroirs ?) est un homme qui pèse ses mots de l’observation attentive de la vie américaine. Alors il est où le rêve ? Peut-être dans la carrière de rocker. A vrai dire non :

« On n’avait pas les moyens d’embaucher des roadies, donc on trimballait tout de nous-mêmes : guitares, amplis, batterie, claviers, micros et sono. En général, il y avait à peine de la place sur scène pour caser notre bazar. Après il fallait brancher tout ça et les ennuis commençaient. L’installation électrique n’était pas assez puissante. Le son était mal réglé. Les plombs sautaient. Lorsque l’heure de jouer arrivait, j’étais mort.

Et ce n’était que le début. A l’époque, chaque concert était un marathon. On devait faire cinq ou sept sets. A la fin, vers deux heures du matin, il fallait démonter le matos, le ranger et le charger dans les voitures. Tout ça pour une centaine de dollars à diviser par cinq.

Mais bon ça continue à faire rêver le peuple…

Le mythe du petit groupe de rock n’est rien d’autre que ça, un mythe pitoyable. Une vie de chien harassante, sans merci. Au début, on s’imagine qu’on va se taper une nana différente tous les soirs. Tu parles ! Et comme d’habitude, on peut toujours bosser comme un malade, personne n’en a rien à foutre… »

 

Alexandre Muller


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A propos de l'écrivain

Mark Safranko

 

Mark Safranko est un tenace. Il a notamment résisté à des relations perturbées, des menaces de mort, une santé mentale fragile et des dizaines de boulots alimentaires. Il puise ses histoires dans un abîme assez sombre : sa propre existence. Cette vie d’errance a nourri une œuvre vaste, l’homme ne s’arrête jamais d’écrire. De ce marathonien du verbe, son ami Dan Fante dit qu’il « préfère écrire que respirer ». Au compteur, une centaine de nouvelles, des wagons de poèmes, des essais, des romans dont plusieurs polars, une douzaine de pièces de théâtre, montées et jouées principalement off Broadway mais aussi en Irlande. Mark est également musicien, acteur et peintre à ses heures. 59 ans en 2009, il vit à Montclair, dans le New Jersey, avec sa femme et son fils (Rédigé par les éditions 13e note.)

 


A propos du rédacteur