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Tartes aux pommes et fin du monde, Guillaume Siaudeau

Ecrit par Emmanuelle Caminade 20.08.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Alma Editeur

Tartes aux pommes et fin du monde, 14 août 2013, 144 pages, 14 €

Ecrivain(s): Guillaume Siaudeau Edition: Alma Editeur

Tartes aux pommes et fin du monde, Guillaume Siaudeau

 

Avec Tartes aux pommes et fin du monde, Guillaume Siaudeau signe un premier roman plein d’imagination, de légèreté et d’humour, et non dépourvu d’acuité ni d’épaisseur philosophique. Un roman en forme de récit autobiographique dans lequel un doux rêveur « qui aime bien les bibliothèques » retrace avec candeur son parcours menant à l’âge où il faut affronter l’humaine condition et se demander si la vie vaut la peine d’être vécue.

Guillaume Siaudeau présente ce récit globalement linéaire (même s’il intègre plusieurs flash-backs reprenant des souvenirs) de manière très aérée, une bonne quarantaine de chapitres commençant à mi-page multipliant les espaces blancs propices à la rêverie. Et, bien qu’ancrant son histoire dans la réalité, dans la banalité de ces routines et de ces événements heureux ou malheureux qui tissent le quotidien, il plonge le lecteur dans un univers onirique et poétique venant la transcender, allégeant ainsi la cruauté de l’existence. Un univers fantaisiste et loufoque qui n’est pas sans rappeler Boris Vian auquel l’auteur semble envoyer un clin d’œil avec ce bar du « Martin triste » qui « avait pour spécialité les cocktails clignotants ». Et sa séduisante héroïne ne se prénomme pas Chloé ni Alise mais tout simplement Alice : « le genre de fille qui vous accueille cheveux ouverts et dont les rétines font deux petits parterres de terreau fertile où planter vos yeux ».

Avec une écriture très économe, simple et familière, l’auteur porte un regard clairvoyant sur le monde, sur la violence mais aussi la douceur des rapports humains, montrant l’extrême solitude des êtres qui conservent toujours une part de mystère, même pour leurs proches. Et il témoigne de beaucoup de tendresse et de bienveillance pour tous ses personnages : des hommes et des femmes modestes qui ont besoin « d’amour ou de compagnie » pour se « sentir exister » et ressentent douloureusement ces pertes, ces abandons ou ces morts qui jonchent l’existence. Leur bonheur est fragile, la soudaineté du malheur ne laissant pas « le temps d’éplucher toutes les pommes de terre ni de tailler tout le buisson», mais l’auteur montre l’amour et l’amitié et tous ces « plaisirs simples » qui embellissent leur vie – sans négliger « la succulente tarte aux pommes » de la propriétaire qui « portait la gentillesse sur son visage ».

Le paradis n’est donc pas sur terre. Pas plus que le chien Bobby, l’homme ne peut s’envoler mais il tentera toujours de se construire « des ailes en carton ». Le seul problème s’avère celui du suicide et dans ce passage à l’acte toujours possible réside aussi cette liberté qui donne son prix à la vie. Une liberté toutefois moins enviable que celle de ces navires prenant le large car « il n’y a pas plus libre qu’un bateau qui laisse des traces dans l’eau ».

Au travers de son héros, Guillaume Siaudeau résume ainsi par petites touches le parcours des hommes de tous les temps, passant sans cesse du mythe d’Icare à celui de Sisyphe. « Aimer et perdre. La vie [est] rythmée par ces deux mots », mais il veut imaginer, comme Camus, un Sisyphe heureux.

Accepter « nos petites vies bancales » avec « nos souvenirs sous les bras », « réapprendre à aimer pour réapprendre à perdre », « chercher une nouvelle destination vers où programmer [nos] ailes ». Dépasser nos angoisses pour affronter l’inconnu, destination qui présente au moins l’avantage de « [limiter] les chances de se tromper de route »…

Une morale positive déjà annoncée par l’épigraphe du livre empruntée à Walker Hamilton :

« Ça ira mieux quand j’aurai un chien, un bon gros chien.

Peut-être même que j’en prendrai deux ».

Et l’auteur termine habilement cet étonnant récit à la fois drôle et doux-amer en entretenant un petit suspense débouchant sur une fin inattendue. Faisant ensuite se rejoindre le rêve et la réalité, puis dressant un malicieux autoportrait rendant hommage à la fiction, son récit évoque alors par certains côtés Le vol d’Icare de Raymond Queneau.

« Raconter des histoires » ne signifie pas « raconter des bobards » mais « dire juste assez mais pas trop » pour faire avaler les « tas de pilules de la vérité ». Guillaume Siaudeau, assurément, possède l’art de raconter ces histoires comme des « verres d’eau (ou d’autre chose) qui les aideraient à couler en douceur ».

 

Emmanuelle Caminade

 


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A propos de l'écrivain

Guillaume Siaudeau

 

Guillaume Siaudeau est né le 16 décembre 1980. Il vit à Clermont-Ferrand. Il a déjà publié de la poésie et tout récemment un e-book, Ces bus qui n’arrivent pas (éditions La matière noire, 22/07/13). Il tient également un blog intitulé « La méduse et le renard ».

 

A propos du rédacteur

Emmanuelle Caminade

 

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Rédactrice

Genres : ROMANS – Essais – Poésie

Maisons d'édition : ACTES SUD, GALLIMARD, INCULTE, VERDIER, ZOE, RIVAGES, MERCURE, QUIDAM ...

Domaine de prédilection : Littérature de LANGUE FRANCAISE (Française ou étrangère, notamment en provenance du MAGHREB...)

 

Emmanuelle Caminade est née en 1950, elle vit dans le sud de la Drôme, dans le canton de Grignan.

Elle a fait des études de droit  à Paris mais n'est entrée dans la vie active que tardivement en passant un modeste concours de l'éducation nationale. A la retraite depuis 2006, elle a commencé à écrire, en tant qu'abonnée, dans plusieurs  éditions participatives de Mediapart avant de créer son propre blog littéraire, L'or des livres, en septembre 2008.