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Sur Leonhardt, Jacques Drillon

Ecrit par Romain Vénier 22.11.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Gallimard

Sur Leonhardt, Gallimard Collection L’Infini, 2009, 201 p. 17,90 €

Ecrivain(s): Jacques Drillon Edition: Gallimard

Sur Leonhardt, Jacques Drillon

 

Sur Leonhardt est bien un ouvrage de Jacques Drillon. On y goûte dès les premières pages ces phrases parfaitement construites qui rappellent le grammairien, et qui sont ponctuées parfaitement par quelqu’un qui a écrit un Traité de la ponctuation française drôle et imposant. Cette manière de digresser aussi, qui place si bien le lecteur en position de connivence avec l’auteur et son sujet. Je vous entretiens d’un claveciniste et de son style, de sa retenue, de sa grandeur, de sa vie ; j’en profite pour vous glisser entre autres quelques passages sur Sviatoslav Richter (un des géants parmi les pianistes du XXe siècle, et autre artiste que Drillon vénère). Car ils ont en commun, et parce que j’ai de toute façon envie de vous parler de lui aussi.

L’opus de Drillon a donc pour sujet le musicien Gustav Leonhardt, décédé récemment mais qui ne l’était pas à la parution du livre, en 2009. Claveciniste, chef d’orchestre, organiste, l’homme, l’interprète est évoqué au miroir de son époque et de son entourage musical, de ses interprétations, des goûts et de l’admiration de l’auteur. Drillon nous montre l’homme, sa vie, sa passion pour la musique. Il consacre tout un chapitre à cette notion clé du personnage et de son jeu qu’est l’élégance, vertu placée au pinacle comme un trait distinctif de Leonhardt. A ce titre Drillon aime citer, il le fait dans plusieurs de ses livres, cette anecdote caractéristique. Le musicien, au début d’un récital, s’approche du public et superbe, annonce :

« Contrairement à ce qui est écrit, je ne jouerai pas une toccata de Froberger, mais deux. Si vous permettez ».


Leonhardt ne semble pas homme facile d’accès, il apparaît austère, au premier chef sur les pochettes de ses disques. Un des moindres mérites de l’auteur est de nous le rendre proche, de nous faire entrer dans son univers comme on approcherait un vieil ami oublié. Drillon nous conte le fil de sa vie et ce qui a pu faire avancer cet interprète d’exception ; il amène à comprendre comment cet homme, attaché viscéralement aux époques baroque et classique – les XVIIe et XVIIIe siècles – peut être tellement peu de son temps tout en vivant pleinement dans son temps, lui qui aimait conduire des voitures de sport.

Jacques Drillon est partial. Ses avis sont tranchés mais il les étaie le plus souvent par de solides arguments, que son érudition et sa maîtrise de l’écrit lui permettent de déployer. Il n’exclut de sa prose fluide ni la remarque piquante, ni l’anecdote discrète, ni la dureté crasse. On se souvient d’une parenthèse sur Montserrat Caballé, si méchante et inutile dans le propos de l’auteur qu’on préfère la taire ici. N’en déplaise, sans ce genre de saillie qu’on trouve dans les ouvrages de Drillon, ils ne seraient pas tout à fait de leur auteur.

 

Romain Vénier


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A propos de l'écrivain

Jacques Drillon

 

Jacques Drillon, né à Paris en 1954, est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages (musicographie, grammaire, critique, récits). Il a enseigné la linguistique et la stylistique aux universités de Cergy-Pontoise et Paris-VIII ; il est journaliste au Nouvel Observateur depuis 1981.

 

A propos du rédacteur

Romain Vénier

 

Romain Vénier est ingénieur en génie civil et lecteur compulsif à ses heures perdues. Sa curiosité le pousse vers l'histoire des mathématiques, la musique de piano, la découverte des villes à pied ainsi que tous les arts en général. Il est contributeur d'un blog, "Petit Chosier", où l'on parle entre autres de littérature :

http://www.petitchosier.fr/blog