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Sous la coupole spleenétique du ciel (55)

Ecrit par Daniel Leduc 19.09.12 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Sous la coupole spleenétique du ciel (55)

 

 

Dans son récit il avait mentionné les dimensions de son corps, de sa chambre, de l’immeuble, de la ville, du pays, peut-être aussi. Sans doute n’avait-il pas parlé de cette dimension fractale des bruits, qui se fracassaient sans cesse sur les murs de l’appartement, et qu’il ne percevait plus depuis qu’il écrivait, sans se soucier des autres.

Il racontait ce qu’il était, ce qu’il paraissait être. Ses moindres faits et gestes prenaient une dimension, concentrique.

Je, n’est plus un autre, mais seulement lui-même.

Et ses lecteurs recevaient ses livres, comme une quadrature, saisie dans un cercle, infernal.

 

*****

Du bloc de granit se manifestaient, déjà, comme des gestes suspendus. Et l’ébauche d’un regard qui semblait interroger quelqu’un, émergeait à la surface de la pierre, avec quelque chose dans l’œil, d’intriguant.

À petits coups de massette sur le ciseau, le sculpteur dégageait cette gangue qui depuis toujours emprisonnait l’ouvrage. Il lui semblait éplucher l’arbre de la connaissance, même si la connaissance, il ne la possédait pas.

Utilisant la taille directe, il lui fallait se concentrer sur le moindre éclat de trop, afin de tirer de toute erreur un bénéfice. C’est ainsi qu’il palliait son manque d’expérience.

Le jeune homme regardait la pierre ainsi qu’on regarde une femme aguicheuse. Crainte et désir s’entremêlaient en lui.

Il percevait les notes que faisait son ciseau, comme un début de symphonie.

Même la nuit lui paraissait prête

à se faire

sculpter.

 

*****

 

Le noir est une couleur, bien sûr, le blanc est une surface déchirée de lumière.

Pour Pierre Soulages la lumière vient du noir ; cet outre-noir que nos ancêtres ont fait surgir des anfractuosités des grottes, par le charbon ou par la terre.

Est-il funeste, est-il mortifère, ce noir qui s’inscrit en marge du spectre lumineux ? Il appartient ni à l’occulte, ni aux ténèbres ; mais au ravissement de cette ombre, qui se situe entre la source et l’éloignement.

C’est pénétrer dans la verve de la vie, que jeter un regard sur le noir.

Sans jeter de regard noir.

Au monde.

 

Daniel Leduc


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A propos du rédacteur

Daniel Leduc

Rédacteur

Écrivain et poète, Daniel Leduc est né à Paris en 1950.

Il a suivi des études supérieures de cinématographie et a exercé des activités de critique et de chroniqueur littéraire, artistique, musical ou cinématographique.

A son actif s'inscrivent une trentaine d’œuvres publiées dans les domaines de la poésie, de la nouvelle, de la littérature jeunesse. Parmi celles-ci on peut citer L’Homme séculaire (Prix René Lyr), La Respiration du monde, Territoire du poème, Le Livre des Tempêtes, Le Livre des Nomades, Le Livre de l’Ensoleillement, Partage de la Parole, Aux Fils du Temps (nouvelles), Pierre de Lune (jeunesse), L’Homme qui regardait la nuit (jeunesse), Le miroir de l’eau (jeunesse), La terre danse avec toi (jeunesse).

Ses textes, traduits dans une quinzaine de langues, figurent dans de nombreuses anthologies françaises ou étrangères.