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Sous la coupole spleenétique du ciel (29)

29.02.12 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Sous la coupole spleenétique du ciel (29)

Il dessinait des fenêtres comme s’il dessinait des oiseaux.

Roberto Juarroz

 

Les ouvertures, il savait combien elles peuvent avoir de sens ; souvent, c’est l’extérieur qui l’emporte ; parfois, s’expatrie le dedans ; et ce sont les courants d’air qui permettent la bonne circulation des ondes.

Alors, ouvrez donc ! disait-il, écartez-moi ces tentures et ces rideaux qui pèsent !

De la lucarne au soupirail, du pas de porte au seuil, il n’avait de cesse de maintenir le passage, la traversée des flux et reflux. Et la lumière fleurissait l’ombre, autant que l’obscur révélait la clarté.

Là, sur un bout de trottoir, il faisait la brocante ; s’y étalaient des vieilleries et autres ferrailles, du temps où tout s’obstruait : des verrous des clefs, des loquets des serrures ; tout un fatras d’antiquités inutiles, tout juste bonnes à faire rire les enfants.

Peut-être rêvait-il derrière son comptoir – lui qui vendait des grelots, des clarines, et autres sonnettes,

pour alerter

le vent.

*****


Ses mains sur la guitare, glissaient griffaient ; et l’ondulation des cordes faisait vibrer la femme, dans son corps, âpre de sons.

Ne pas dire qu’elle jouait, comme on dirait qu’elle se hasarde ; tout entière sa vie s’accordait aux clefs de l’instrument, dans l’ouverture de la rosace ; et la note qui précédait la note, faisait croître, le silence qui précède le silence.

C’est elle qui dansait, immobilités secrètes, tout en alternant golpe [1] et rasgueado [2].

Non elle n’était pas seule. Bien qu’esseulée, elle n’était pas seule.

Elle se penchait sur une éclisse [3] ; et son langage se répercutait

dans le berceau du monde.


*****


Aussi perplexe qu’une poule devant un couteau, il regardait le sexe, béant. La fille avait écarté ses cuisses autant que possible, afin que la leçon fût mémorable et convaincante.

–      Qu’en dis-tu, mon garçon ?

Il ne rougissait pas, non : il s’empourprait.

C’était une chose d’avoir vu des films ou des photos pornos, c’en était une autre de pouvoir toucher de l’œil la naissance du monde.

–      Va, pour toi ce sera gratuit, dit-elle.

Le gamin balbutia. Redressa sa casquette. Dévala l’escalier.

L’air de la rue le saisit. Comme s’il venait de naître au monde.


Daniel Leduc



[1] Coup frappé du doigt sur la caisse de la guitare.

[2] Technique de flamenco où le guitariste gratte les cordes en étendant les doigts rapidement les uns après les autres.

[3] Côté de la caisse de la guitare.


  • Vu : 1971

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