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Sous la coupole spleenétique du ciel (26)

Ecrit par Daniel Leduc 08.02.12 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Sous la coupole spleenétique du ciel (26)


Cette vieille femme oblique, dont les traits sont taraudés, ce n’est pas une sorcière, non ! Les sorcières n’existent que dans les yeux d’enfants.

Elle se courbe sur la terre, comme un arc bandé sur l’horizon. Et son envie de vivre est une jarre pleine d’écume, effervescence, paisible.

Dans ses yeux la terre est un astre, une motte microscopique ; un globe, une coque de noix.

Tout ce que tu regardes est passé, dit-elle, l’avenir est un goujon, qui frétille.

La vieille femme, comme cette terre qui nous tangue, perçoit de l’univers

l’invisible masse

du total et du rien.


*****

Le dictateur est déchu, il y a comme un bris de stuc dans le palpable, des hommes agitent leurs panses dépensent leurs pensées, les troupes s’éparpillent sur de nouvelles donnes, trop d’armes dans la circulation des rêves, trop de discours sans termes, la ferveur est un feu de tisons, les larmes ont trop crié, quelle est cette essence du peuple, quel est ce nom qui nous détonne.

« Silence, mon enfant, l’espoir prend feu si vite. »

Le terme révolution contenant rêve – que le mouvement ne tourne pas jusqu’au socle initial !

Ne pas virevolter, non !

S’élancer vers.

Rompre le cercle

infernal

du retour.

Ne pas rompre

le pas…


*****


Dans la circulation des corps, de par l’usure de l’instant, il y a frottement de la forme, de l’apparence des formes, de leur courbure au temps.

Elle ne savait pas comment s’affirmer par le simple cliquetis de ses talons aiguilles. Elle imaginait bien que cela viendrait de soi, de cette habitude à frapper le sol tout en l’effleurant. Qu’à une certaine heure elle saurait attirer l’attention des hommes – comme si une petite averse satisfaisait leur soif de vivre…

Ainsi elle avançait en vacillant, se rattrapant sans cesse à l’idée d’être, enfin funambule ; de pénétrer l’air, de rien ; de se suspendre, au fil du rasoir.

De fait sa démarche témoignait d’une volonté de plaire, non tant à autrui, qu’à sa propre mémoire. Ce qui la renvoyait aux balbutiements de la petite enfance.

Et des gens passaient, sans s’apercevoir, qu’une jeune fille fleurissait

enfin.


Daniel Leduc



  • Vu : 1968

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A propos du rédacteur

Daniel Leduc

Rédacteur

Écrivain et poète, Daniel Leduc est né à Paris en 1950.

Il a suivi des études supérieures de cinématographie et a exercé des activités de critique et de chroniqueur littéraire, artistique, musical ou cinématographique.

A son actif s'inscrivent une trentaine d’œuvres publiées dans les domaines de la poésie, de la nouvelle, de la littérature jeunesse. Parmi celles-ci on peut citer L’Homme séculaire (Prix René Lyr), La Respiration du monde, Territoire du poème, Le Livre des Tempêtes, Le Livre des Nomades, Le Livre de l’Ensoleillement, Partage de la Parole, Aux Fils du Temps (nouvelles), Pierre de Lune (jeunesse), L’Homme qui regardait la nuit (jeunesse), Le miroir de l’eau (jeunesse), La terre danse avec toi (jeunesse).

Ses textes, traduits dans une quinzaine de langues, figurent dans de nombreuses anthologies françaises ou étrangères.