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Sous la coupole spleenétique du ciel (25)

01.02.12 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Sous la coupole spleenétique du ciel (25)


« Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air. »

Aloysius Bertrand


Ce n’est pas l’âge qui fait courber le vieillard dans sa marche, non, ce n’est pas l’âge. Il pourrait encore courir derrière quelques idées ; sauter par-dessus des truismes ; s’envoler même, vers de nouvelles révoltes. Il pourrait trucider certaines fausses vérités, qui lui pèsent ; décortiquer d’anciennes certitudes, aléatoires ; vomir des restes de reliefs, abandonnés par la mémoire : se souvenir, qu’il faut savoir, bien oublier ; se souvenir…

Non ! ce n’est pas l’âge.

Il monte encore ses escaliers ; fait encore son ménage ; donne encore du fil à retordre, aux extrêmes droites.

Mais le poids d’une pensée.

Mais le fardeau d’un tracas.

La charge d’une inquiétude.

Que deviendra son chat, après sa mort ? Où ira-t-il miauler ?

À qui, se frottera-t-il –

pour élimer

les heures ?


*****


Rien n’est moins fou qu’un cheval fou qui galope dans la nuit.

Disant cela, elle s’enfonce dans la ville, au hasard des carrefours elle s’enfonce ; et c’est ainsi qu’elle découvre un chemin.

Des treillages la séparent d’habitations entourées de jardins, sur lesquels demeure l’ombre des pelouses, après que l’herbe a été tondue jusqu’au sec, que les piafs ont émigré dans une parcelle, loin de la terre, au centre du vent. Elle s’enfonce.

Et ce qu’elle regarde n’est plus ce qu’elle voit.

Sur un fil, des pinces à linges reposent. Avant de s’envoler dans un pépiement d’ailes.

Au fond de la rétine,

est un nid d’hirondelles.

Par là-bas ça galope,

crinière

dans le courant.


*****

 

La motte de terre, voilà qu’elle s’émiette dans ta main ; que pollens, mucus, graines et racines s’éparpillent, comme une parole brisée ; que tu retiens quelques poussières ; quelques mots, quelques bribes : de quoi pétrir le silence, et la nuit.

Mais les gestes sont là.

L’alternance de pluie et de soleil, de sec et de rosée, de cris et de vagues ; le mouvement des cils.

Nulle part [sinon ici, sinon ailleurs] ne se mesure la vie, dans ses courbes elliptiques. Les équations :variables.

Mais les trajets sont là.

Se propulse toujours

cet élan qui conduit –

au centre du pourtour.


Daniel Leduc


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