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Sous la coupole spleenétique du ciel (20)

Ecrit par Daniel Leduc 21.12.11 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique, Chroniques Ecritures Dossiers

Work in progress

Sous la coupole spleenétique du ciel (20)


L’éternuement est une expression volatile de la vitalité, tandis que le bayement exprime l’obscurité de l’être. Et c’est ainsi que ses mâchoires laissaient échapper successivement l’une et l’autre de ces ponctuations contradictoires.

Il aspirait comme il expulsait, postillonnait, puis refoulait son souffle. Et dans son quotidien il en allait de même, fluctuante hésitation entre flux et reflux.

Non ce n’était pas une forme de procrastination, il agissait, pénétrait pas à pas dans le jour. Mais peut-être que la lumière l’aveuglait, que la nuit embrasait ses pensées – de telle sorte qu’il ne suivait personne d’autre. Que lui-même.

Dans la confrontation. De l’éclair.


*****

« Qui vous meut ? Qui vous poinct ?

Qui vous dict que blanc signifie foy et bleu fermeté ? »

Rabelais

Sur la plus haute marche il grimpa pour s’assurer de l’éminence des choses. Il observa les chiffres, les longueurs, les sommes et les surfaces du monde. Et sans rien calculer, il comprit que tout regard est presbyte, bien avant l’heure, par delà l’espace.

La route se déroulait telle une courroie sans fin qui relie une zone, à une autre zone perpétuelle dans le rêve. La femme au regard d’oiseau, elle avançait d’une lente rapidité qui rappelle les saisons. Et son cœur battait d’un rythme saccadé, comme l’est celui des âges.

Alors qu’il enseignait la joie de vivre, qu’il instruisait sur la manière d’aller de la virgule au point, une rafale de vent vint ébouriffer ses mots. Il en perdit l’usage. Et tout devint confus. Enfin.

Elle ne retint qu’un peu de poussière dans ces livres. Mais c’était une poussière – féconde.


*****


Il chantait du classique dans des tonalités de blues, mêlait à ses accords des brumes et des clairières. C’était quelque chose d’entendre sa voix. On y perdait sa propre voix, tremblotée de l’esclavage du monde.

Sur sa guitare, délicatement désaccordée, non ce n’était plus des doigts, mais des chaînes qui jouaient en grinçant, des serres de Bateleur des savanes, des plectres en rafales. Et ça raclait jusqu’au tréfonds du ventre.

Et les champs de coton, les canyons, les cordillères [territoires des siècles] captaient la mémoire, comme on capte la source des choses.

Les nuages, eux-mêmes, glissaient sur des cordes.


Daniel Leduc


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A propos du rédacteur

Daniel Leduc

Rédacteur

Écrivain et poète, Daniel Leduc est né à Paris en 1950.

Il a suivi des études supérieures de cinématographie et a exercé des activités de critique et de chroniqueur littéraire, artistique, musical ou cinématographique.

A son actif s'inscrivent une trentaine d’œuvres publiées dans les domaines de la poésie, de la nouvelle, de la littérature jeunesse. Parmi celles-ci on peut citer L’Homme séculaire (Prix René Lyr), La Respiration du monde, Territoire du poème, Le Livre des Tempêtes, Le Livre des Nomades, Le Livre de l’Ensoleillement, Partage de la Parole, Aux Fils du Temps (nouvelles), Pierre de Lune (jeunesse), L’Homme qui regardait la nuit (jeunesse), Le miroir de l’eau (jeunesse), La terre danse avec toi (jeunesse).

Ses textes, traduits dans une quinzaine de langues, figurent dans de nombreuses anthologies françaises ou étrangères.