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Souffles - Écrivains jetables ! par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui le 16.10.15 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Souffles - Écrivains jetables ! par Amin Zaoui

 

Don Quichotte de Cervantès, Guerre et Paix de Tolstoï, Les Misérables de Victor Hugo, La Mère de Gorki, Madame Bovary de Flaubert, Germinal de Zola, Le vieil homme et la mer de Hemingway, (Awladou Haratina) Les Fils de la Médina de Naguib Mahfoud, L’Incendie de Mohammed Dib, Le Bruit et la Fureur de Faulkner, Nedjma de Kateb Yacine, Ana Houra (Je suis libre) d’Ihcène Abdelkaddous, Les Fleurs du mal de Baudelaire, La Colline oubliée de Mouloud Mammeri, À la recherche du temps perdu de Proust, Mawssim El Hidjra Ila Achchamal (Saison de la migration vers le Nord) de Tayeb Salih… cette ère des géants, avec tout ce qu’elle comprenait de culture de la sacralisation, est révolue. C’est fini l’ère des immortels. Mais ces géants immortels sont toujours là, parmi nous, en nous. Ces écrivains, à l’image de leurs chefs-d’œuvre ont vécu pendant des siècles. Et continuent à vivre dans le temps, tout le temps sans bords ! Ils ont traversé les guerres, les paix, les religions et les épidémies sans qu’ils ne prennent la petite ride. Les vents des modes littéraires et artistiques ont soufflé, soufflent toujours, mais les montagnes demeurent.

Ces écrivains sont présents, vivants, illuminés, lumineux, sans fatigue aucune dans les librairies, dans les sociétés des lectorats, dans les universités, dans les styles de l’écriture, dans les mémoires individuelles et collectives. Ces écrivains sont les frères jumeaux des prophètes. Visionnaires et apôtres de la rêverie humaine. Ils appartiennent aux créatures à la fois angéliques et diaboliques. Ils n’appartenaient, en aucun cas, à la « secte » des hommes ! Les hommes mangeurs des tomates et des patates ! Ces écrivains, les géants, faisaient la vie à leur manière, exactement comme à la manière de faire la fête, de faire l’amour ou de faire l’écriture. La création. Ils sont vénérés par les uns, maudits par ces mêmes uns. Dans la vénération comme dans la malédiction, ils sont lus. Relus. Ils sont célébrés par les générations successives des lectorats, et dans toutes les langues. Le temps de la sacralisation de la littérature était de même pour la musique, la chanson, la peinture ou le cinéma. On a aimé, et on continue à aimer et à rechanter, les chansons de Brel, de Cheikha Remiti, de Brassens, Mohamed Abdelouahab, Fayrouz, Elvis Presley, Oum Kalsoum, Bob Dylan, Demis Roussos, fascinés par la musique de Beethoven, de Mozart, de Tchaïkovski, de Mustapha Skandrani… Jadis, la communauté des créateurs était une société d’un capital majeur des valeurs humaines, des résistances, d’espoirs, de beautés et des souffrances. Et ceci ne relève pas de la nostalgie ! Les écrivains d’aujourd’hui sont des créateurs épisodiques, plutôt des créatures saisonnières. A l’image de leurs écrits, ils sont là pour une orpheline saison. En un maigre laps de temps et le rideau tombe. Les bagages pliés. Les chanceux parmi eux, les géants d’aujourd’hui, ceux qui habitent en permanence les écrans et illustrent par leur sourire les couvertures des magazines en couleur, leur présence ne tiendra pas loin de deux saisons ! La rentrée littéraire, chaque entrée littéraire, fait le ménage de ce qui résiste de l’an précédent ! Le balai, le frottoir et l’eau de Javel ! La désinfection littéraire ! Hop et ça recommence ! Ils sont les écrivains jetables. Des écrits jetables non recyclables ! En ce temps du virtuel, un roman déposé, exposé sur l’étalage de la librairie ne résiste pas plus de trois semaines. Un autre arrive avec le même sort dans le ventre ! Une machine vertigineuse broie l’imaginaire et moud le papier de l’imaginé ! Nous sommes dans l’ère du livre fast-food ! On mange les livres, on ne les lit pas. Comme avec le livre (roman et poésie) la chanson, le cinéma et le théâtre, ces créations, à l’image du temps culturel qui court, sont condamnées par la férocité de la consommation et la philosophie de la hâte ! Mais les géants, les immortels d’hier sont toujours présents ! Ils nous hantent.

 

Amin Zaoui

 

Souffles in "Liberté", Alger

 


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A propos du rédacteur

Amin Zaoui

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Rédacteur


Amin Zaoui est un écrivain algérien né le 25 novembre 1956 à Bab el Assa (Algérie). il écrit chaque jeudi deux articles un en arabe dans le quotidien arabophone echorouk et en français dans le quotidien francophone liberté.

 

 

 

1984-1995 : enseignant à l’université d'Oran (département des langues étrangères)

1988 : Doctorat d'État en littératures maghrébines comparées

1991-1994 : directeur général du Palais des Arts et de la Culture d’Oran

2000-2002 : enseignant à l’université d’Oran (département de la traduction)

2002-2008 : directeur général de la Bibliothèque nationale d'Algérie

2009 : membre du conseil de direction du Fonds arabe pour la culture et les arts (AFAC)

Conférencier auprès de plusieurs universités : Tunis, Jordanie, France, Grande-Bretagne.

 

Publications en français

Les romans d’Amin Zaoui ont été traduits dans une douzaine de langues : anglais, espagnol, italien, tchèque, serbe, chinois, persan, turque, arabe, suédois, grec…

 

Sommeil du mimosa suivi de Sonate des loups (roman), éditions le Serpent à plumes, Paris, 1997

Fatwa pour Schéhérazade et autres récits de la censure ordinaire (essai collectif), éditions L'Art des livres, Jean-Pierre Huguet éditeur, 1997

La Soumission (roman), édition le Serpent à Plumes, Paris, 1998 ; 2e édition Marsa, Alger. Prix Fnac Attention talent + Prix des lycéens France

La Razzia (roman), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 1999

Histoire de lecture (essai collectif), éditions Ministère de la Culture, Paris, 1999

L’Empire de la peur (essai), éditions Jean-Pierre Huguet, 2000

Haras de femmes (roman), éditions le Serpent à Plumes, 2001

Les Gens du parfum (roman), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 2003

La Culture du sang (essai), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 2003

Festin de mensonges (roman), éditions Fayard, Paris, 2007

La Chambre de la vierge impure (roman), éditions Fayard, Paris, 2009

Irruption d’une chair dormante (nouvelle), éditions El Beyt, Alger, 2009

 

En arabe

 

Le Hennissement du corps (roman), éditions Al Wathba, 1985

Introduction théorique à l’histoire de la culture et des intellectuels au Maghreb, éditions OPU, 1994

Le Frisson (roman), éditions Kounouz Adabiya, Beyrouth, 1999

L'Odeur de la femelle (roman), éditions Dar Kanaân, 2002

Se réveille la soie (roman), éditions Dar-El-Gharb, Alger, 2002

Le Retour de l'intelligentsia, éditions Naya Damas, Syrie, 2007

Le Huitième Ciel (roman), éditions Madbouli, Égypte, 2008

La Voie de Satan (roman), éditions Dar Arabiyya Lil Ouloume, Beyrouth ; éditions El Ikhtilaf, Alger, 2009

L'Intellectuel maghrébin : pouvoir - femme et l’autre, éditions Radjai, Alger, 2009