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Si vaste d’être seul, Tristan Cabral

Ecrit par David Campisi 04.11.13 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Le Cherche-Midi

Si vaste d’être seul, octobre 2013, 80 pages, 10 €

Ecrivain(s): Tristan Cabral Edition: Le Cherche-Midi

Si vaste d’être seul, Tristan Cabral

 

 

Tristan Cabral recopie ce qu’il voit sur les murs. A l’affût des drames d’aujourd’hui comme de ceux d’hier, furetant dans les massacres, au creux des catastrophes humaines, partout où rôde l’odeur âcre du sang, le poète promène sa sensibilité au gré des choses que l’on tait trop souvent, là où le temps a laissé la place au silence, quand le monde qui tourne va trop vite pour pleurer ses morts.

Mais de quoi nous parle Tristan Cabral ? Si vaste d’être seul est un recueil des poèmes à vif, de réflexions sentimentales, d’aphorismes qui résonnent. Si tout semble délié, quelques faisceaux traversent la poésie de Cabral : les arbres, d’abord, au cœur de son lyrisme, et puis la mer, ensuite, la mer de Bretagne, celle qui ouvre sur l’éternité et s’écrase sur le sable, et puis ses « phares aux yeux fermés » qui n’éclairent plus rien.

La mer bleue qui teint tous les vers ; c’est ce même bleu qui constitue la clé de voûte du recueil, le bleu qui est partout, et puis le rouge, aussi, le rouge du feu, celui du sang, celui de la souffrance, des hommes, des femmes et des enfants qui sont morts. Deux couleurs pour conter le monde et ses tragédies, deux couleurs pour nous réciter les guerres, les camps, les cendres, la nuit et les oiseaux : les oiseaux qui roucoulent dans le bleu du ciel, ces oiseaux qui, eux aussi, traversent les poèmes comme des récurrences. Non. Les oiseaux de Cabral ne roucoulent plus : ils sont muets et tombent sur le monde.

Et si c’était la sensibilité du poète qui faisait le poète ? Avec sa sensibilité au diapason du cri des Hommes, Cabral nous parle de tout comme d’un témoin et d’un narrateur, il nous montre une société qui a tué dans les chambres à gaz et nous entendons, dans le mur des douches, les pleurs des enfants qui ont peur du noir. Les enfants, victimes des folies des grands.

Mais Cabral ne montre pas que le passé, il sait écouter les malheurs du présent et l’absurdité de ceux qui souffrent. Cabral a retrouvé pour nous des poèmes partout où a sévi la mort. Il les a dénichés dans le sang de ceux qui les ont écrits, criés, pleurés.

Au détour de quelques alexandrins, entre les enfants, les oiseaux, la mer, la guerre, la souffrance, la folie, les ténèbres et le feu, Tristan Cabral nous redonne un espoir, mince et fragile, l’espoir des mots, les mots qui écoutent, les mots qui se taisent ou ceux qui explosent, la poésie est une ode à la résistance face à tout ce qui est laid.

 

David Campisi

 


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A propos de l'écrivain

Tristan Cabral

 

L’article ci-dessus tient lieu de biographie. Je me contenterai donc de rappeler quelques titres parmi les plus significatifs de sa bibliographie, laquelle figure tout entière (20 ouvrages) en tête du livre.

Ouvrez le feu ! , Plasma, 1976 / rééd. Hachette, 1977

Le Passeur de silence, préface de Tahar Ben Jelloun, La Découverte, 1996

Le Désert-Dieu, journal de Jérusalem sous l’Intifada, préface d’Élie Wiesel, éd. du Rocher, 1999

L’enfant de guerre, au Cherche-Midi, 2002

La Belle et la Fête : mai 1968, éd. Tipaza, Cannes, 2008

Le Cimetière de Sion, L’Harmattan, 2010

Le Dernier tango à Salta, L’Harmattan, 2012

 

A propos du rédacteur

David Campisi

 

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David Campisi : vit en Suisse,

Passionné de marketing, de littérature, de philosophie et de politique.