Identification

Sensuelle, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof 08.02.18 dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

Sensuelle, par Marcel Alalof

 

J’avance à pas rapides, dans le hall de ce centre commercial immense, pareil à celui d’un aéroport ultra-moderne, de structure toute métallique.

J’emprunte l’un des escaliers roulants descendant. Une personne, une femme, est à sept ou huit marches devant moi. Je me positionne sur la gauche pour la doubler, me rapprochant petit à petit. Elle se tient à la rampe, lascive. Elle a tout son temps, en fait elle est disponible. Je ressens cette détente qui émane d’elle avant même de l’avoir observée. Je suis près d’elle, à deux marches derrière et la contemple de demi-profil. Je vois ses cheveux châtains noués en un chignon léger sur un port de reine. Je devine ces formes de profil sous son pull de coton marron tricoté, assorti au ton sombre de sa chevelure, ses seins remplis, sa taille fine, la ligne de ses cuisses longues et musclées. Je ressens toute sa féminité, aussi bien par ce que j’observe que par ce qu’elle dégage.

Je dois l’aborder, faire sa connaissance. Mais, je sais que ma gorge déjà gonflée de désir, ne pourra laisser échapper de son qu’inharmonieux, que mon esprit déréglé par mes sens ne saura me venir en aide.

L’escalier roulant toujours descend, accompagnant l’incarnation parfaite de la volupté jusqu’au niveau inférieur.

Je la dépasse douloureusement, ne laissant, pensé-je, rien transparaître du désarroi suscité par mon renoncement. Je me rabats immédiatement devant elle et m’immobilise, laissant l’escalier me porter jusqu’à la fin. Elle se penche alors vers moi, je sens une mèche de ses cheveux m’effleurer l’oreille, et me murmure : « Mais, vous perdez vos cheveux ! ». Je tourne mon visage vers elle, étonné et rencontre le sourire absolu : généreux, compréhensif, serein, aimant. Elle est très sensuelle, et en même temps très paisible très sûre d’elle.

Une conversation, dont le contenu ne saurait être rapporté, alors s’instaure et je me porte sur son côté gauche. Nous voyageons côte à côte sur cet escalier roulant qui n’en finit pas. Elle me fait la conversation. Je suis fasciné par ses propos, sa personnalité. En même temps, je ne peux m’empêcher de caresser, comme par inadvertance mais longuement, son téton turgescent que mon œil a vite décelé sous le pull léger.

Elle ne semble pas s’en formaliser et continue la conversation sur le même ton aimable. Mon mouvement a été si naturel que je ne suis pas étonné de mon geste, moi d’ordinaire si timoré.

Le manège continue jusqu’au bas de l’escalier.

Nous discutons à présent face à face, dans le hall inférieur, à quelques mètres à droite de l’escalier roulant. Elle me fait comprendre qu’elle dispose d’un appartement en ville. Je lui propose une rencontre pour dix-sept heures. Elle est d’accord. Nous continuons la conversation.

Je me rappelle alors que j’ai rendez-vous avec Isabelle dans ce centre commercial, que je suis là pour ça ! Et si elle apparaissait tout à coup, que penserait-elle à me voir ainsi discuter avec cette très jolie femme ? Pourrai-je les présenter sans me troubler. Isabelle lirait sans doute en moi. Mais l’attrait est tellement fort que j’écarte ce sujet d’inquiétude.

Rien ne compte que cette femme que je désire et qui me veut. Je ne crois pas si bien dire !

Alors que nous allons nous quitter, cette jeune femme qui devrait s’appeler Aurélia se ravise et, revenant vers moi, me dit : « Finalement, je ne pourrai pas cet après-midi. Voyons-nous ce soir ! ».

Je sens alors qu’il y a un piège et que cette femme apparemment désintéressée ne l’est pas, qu’elle sait qui je suis et que, me croyant ferré, veut m’inciter à faire le faux pas qui me jettera dans ses rets…

Je lui dis que ce n’est pas possible pour moi et qu’elle sait bien pourquoi Elle n’insiste pas et s’en va.

Je suis maintenant dans le nouvel appartement que j’ai loué au-dessus du centre commercial, très lumineux, très blanc, avec une grande verrière qui donne sur le boulevard qui borde ce complexe immobilier.

Je regarde machinalement à l’extérieur et n’en crois pas mes yeux. Cette femme, Aurélia, est garée en face, à une centaine de mètres. Je descends précipitamment par l’escalier, mais ne me dirige pas directement vers elle, préférant me porter trois cents mètres en avant, pour épier ses faits et gestes. Je la vois qui, très charitablement, aide ma vieille mère à s’extirper de sa Volkswagen Golf et lui fait traverser, avec d’infinies précautions, la chaussée immense qui les sépare de mon appartement.

Puis, elle retourne dans sa voiture. J’accueille ma mère à bras ouverts sur le trottoir.

« Mon fils, me dit-elle, cette jeune fille extraordinaire qui m’a accompagnée jusque chez toi, a dépensé tout son argent pour le faire. Elle ne demande pas de remboursement, mais seulement sept euros ».

Cette femme, Aurélia, est au volant de sa voiture. Je m’approche et observe ce visage sans pareil : sensuel, serein et indifférent à la fois.

Je vide le contenu de mes poches et lui remets dix euros et 55 cents.

Je viens de regagner mon appartement. J’ouvre ou ferme la porte de la salle de bains ou des WC. La porte d’entrée s’ouvre. J’entends Isabelle : « Chéri, tu es là ? ».

 

Marcel Alalof

 


  • Vu : 775

Réseaux Sociaux

A propos du rédacteur

Marcel Alalof

 

Etudes de droit et Ateliers d'écriture. Avocat

Nouvelles et poèmes écrits dans une contrainte de temps (1h à 3h), où se mêlent rêve et réalité.