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Sauvages, Nathalie Bernard (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 30.01.19 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Jeunesse, Roman, Thierry Magnier

Sauvages, août 2018, 288 pages, 14,50 €

Ecrivain(s): Nathalie Bernard Edition: Thierry Magnier

Sauvages, Nathalie Bernard (par Myriam Bendhif-Syllas)

 

Jonas a 16 ans. Dans quelques semaines, il quittera enfin le Pensionnat du Bois Vert où il réside depuis ses 10 ans. Séparé brutalement de sa mère, ce garçon algonquin a été placé dans une institution vouée à éduquer les « Sauvages ». Comme bon nombre d’enfants et d’adolescents il connaît en ces lieux une vie de maltraitance et d’humiliations.

Le pensionnat a tout d’un bagne pour enfants où les gardiens portent robes et cornettes, sous la houlette du terrifiant Père Séguin, où les pensionnaires sont appelés par des numéros, totalement déshumanisés, privés de tout contact avec leurs familles, privés de parler leurs langues maternelles. Pour survivre, Jonas a choisi le silence et la solitude. Il s’occupe de ses affaires, fait le travail demandé et attend son heure pour retrouver enfin sa liberté. Seule la petite Lucie le tire de son isolement par sa gentillesse et sa joie de vivre contagieuse. Alors lorsqu’elle arrive un jour au réfectoire, tout à fait défaite, comme vidée de son âme, Jonas ne peut pas ne pas réagir.

« – Quand je suis arrivée ici, ils m’ont coupé les cheveux, ils m’ont mis un produit anti-poux qui faisait mal aux yeux, ils ont brûlé les vêtements que ma mère avait cousus et ils m’ont forcée à en porter d’autres sans âme… mais j’ai continué de sourire. […] Ils m’ont interdit de parler ma langue, ils m’ont punie quand certains mots sortaient malgré moi de ma bouche et ils ont donné un numéro à toutes mes affaires : mes vêtements, mon lit, mes draps, mon pupitre et mon stylo ! Ils ont même donné un numéro à mon corps ! Mais… j’ai continué de sourire ! ».

Le sourire de Lucie a disparu et Jonas ne sait que faire. La petite lui demande de tuer le Père Séguin et il vacille. Lorsque le corps de Lucie est retrouvé privé de vie, lorsqu’on lui demande d’aller déposer son corps en dehors de la propriété pour qu’il soit conservé par la glace, Jonas bascule. Mais c’est la révélation des exactions du Père qui amorce la catastrophe. Accompagné d’un autre adolescent, Jonas doit fuir.

La seconde partie du récit est consacrée à une chasse à l’enfant, terrible et sans pitié dans des forêts enneigées et sauvages où les animaux semblent bien plus pacifiques que les trappeurs, devenus wendigos, partis à leur recherche. Dans ces étendues blanches, à la limite de la survie, les deux garçons renouent avec leurs racines, retrouvent leur savoir et luttent pour retrouver une vie libre et heureuse.

Nathalie Bernard nous offre une fiction, certes, mais largement inspirée des témoignages des survivants de ces pensionnats au Québec. Elle adopte le ton juste pour évoquer les souffrances de ces enfants, le martyre de certains, pour dépeindre des actes bruts et nécessaires, dans des décors arides. Nul doute qu’elle propose ici une ouverture vers les romans d’une Louise Erdrich ou les grands récits de nature writing.

« Lorsque enfin la grosse machine de métal s’arrêta, le jeune être humain en sortit et ses pas, doux et profonds, s’enfoncèrent dans le sol sans le heurter. Malgré sa grande tristesse et son épuisement, sa démarche était sûre. Il connaissait la forêt depuis si longtemps… Quant à elle, elle ne fit rien pour ralentir sa marche.

Au contraire même.

Elle le laissa se désaltérer à ses sources et prélever quelques-unes de ses bêtes pour se nourrir. Elle lui montra le chemin vers les baies mûrissantes et éloigna ses pas de ceux de l’ours affamé. Mais ensuite, lorsque le jeune homme la quitta pour prendre un chemin de terre plus aride, elle ne se languit pas de son retour ».

Roman à partir de 14 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Nathalie Bernard

 

Nathalie Bernard a d’abord été auteure pour les « grands ». Depuis quelques années, elle se consacre à l’écriture pour la jeunesse et il lui arrive de mettre en chanson ses romans.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.