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Salvatierra, Pedro Mairal

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 11.06.11 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Espagne, Roman, Payot Rivages

Salvatierra, traduit de l’espagnol par Denise Laroutis, 2011, 191 p. 16€

Ecrivain(s): Pedro Mairal Edition: Payot Rivages

Salvatierra, Pedro Mairal

Salvatierra fut voué au silence après avoir subi un accident de cheval à l’âge de neuf ans. Privé de voix, il se consacra à l’image. En secret, il se mit à peindre un seul et monumental tableau. Quatre kilomètres d’images liées les unes aux autres en un tout qui « s’écoule comme un fleuve ». « Si je disais qu’il a fallu soixante ans à mon père pour le peindre, je sous-entendrais qu’il était forcé toute sa vie à accomplir une œuvre gigantesque. Il est plus exact de dire qu’il l’a peint pendant soixante ans ».

A sa mort, son fils Miguel découvre les toiles dans un hangar et décide de les faire reconnaître et exposer. Durant la bataille administrative que mèneront les deux frères, une double quête se dessine : celle de la toile manquante qui permettra de compléter l’œuvre et celle du passé inconnu du père, toutes deux inextricablement liées. A travers les visages peints se dévoilent des amours, des secrets. A mesure que s’expose le tableau, se révèle également la figure de Salviaterra aussi bien employé modeste, contrebandier qu’amant passionné. Car dans la toile il n’apparaît jamais : c’est une « sorte de journal intime en images [où] lui-même ne figure pas ». L’œuvre offre enfin au fils la possibilité de connaître son père, d’accéder au meilleur et au plus précieux de lui-même.

Elle l’affronte aussi à un géant qui « avait accaparé toute la couleur disponible », laissant à ses fils un monde gris où ils auront l’impression de mener des vies absurdes car tout a été peint déjà. « Chacun occupe les lieux que son père laisse en blanc ».

Ce récit est d’une rare beauté. Une grâce s’en dégage. Douceur et drôlerie s’associent à l’onirisme du style qui s’écoule lui aussi tel un fleuve, masquant sa force sous la fluidité. Le tableau qui se déroule à l’infini, la dernière image s’adaptant parfaitement à la première, offre une image poétique du déroulement de la vie et célèbre une superbe figure d’artiste : « Peindre sa vie lui suffisait ; il n’avait pas besoin de la montrer. Vivre sa vie, pour lui, c’était la peindre ».


Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Pedro Mairal

Pedro Mairal est né à Buenos Aires en 1970. Il a publié aux éditions Rivages Tôt ce matin, Une nuit avec Sabrina Love adapté au cinéma par Alejandro Agresti en 2000 et L’Intempérie.

 


A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.