Identification

Salam Ouessant, Azouz Begag

Ecrit par Tawfiq Belfadel 19.03.18 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Albin Michel, Roman

Salam Ouessant, 192 pages, 16 €

Ecrivain(s): Azouz Begag Edition: Albin Michel

Salam Ouessant, Azouz Begag

 

Le narrateur est un père divorcé. Avec ses deux filles, Sofia et Zola, il quitte Lyon pour quelques jours de vacances. Il choisit l’île bretonne Ouessant. Ses filles le malmènent déjà de reproches. Nostalgique d’un pays imaginaire, la première lui reproche de n’avoir pas choisi l’Algérie ensoleillée, pays de son grand-père. La deuxième, telle une avocate des affaires familiales, lui reproche d’avoir choisi le divorce. En mer, le froid et la pluie ajoutent une autre couche de malaise à ce voyage déjà mal entamé.

Sur l’île, le père varie les activités pour gâter ses filles sans pour autant oublier d’alimenter sa solitude. Il essaie ici de recoudre les lambeaux de sa vie fissurée, de se retrouver. Le voyage lui permettra de connaître l’autre et lui-même. « J’ai toujours fui l’amour et cherché des îles désertes pour me cacher derrière les plis des falaises et ne plus penser à rien (…) » (p.89) soliloque-t-il.

Souvent, ce père accompagné mais solitaire, s’isole et soliloque. Il aime le monologue. Il oublie l’île et raconte ses souvenirs de Lyon, son enfance, l’Algérie et son soleil, mais surtout son père dont il est obsédé. « Elle (sa fille) a dit que je bougeais sans cesse, même sur la mer. Même la nuit. Et je parlais aussi. J’ai répondu que c’était la faute de mon père. De lui, j’ai hérité la maladie de l’immigration et son effet secondaire, le monologue » (p.25) dit-il. Sur Ouessant va-t-il se retrouver ou se perdre loin de son père ?

L’écriture du roman est sobre et hybride. Une écriture qui puise sa force dans la diversité. Le narrateur fait ainsi cohabiter la langue française de la poésie qui l’enchante et les divers dialectes lyonnais, algérien, breton.

L’humour traverse primordialement le roman. Son rôle est de cacher le malaise du personnage qui a perdu sa femme, ses filles, son père, et une grande partie de lui-même. L’humour est donc son refuge.

Azouz Begag peint des thèmes récurrents dans ses œuvres. Il traduit d’abord la complexité identitaire de ces gens qui sont pétris par deux identités qui tantôt se croisent tantôt se chamaillent. Le narrateur est un enfant lyonnais né de parents algériens. Il a transmis à ses filles le sentiment des racines qu’il a hérité de son père. Pendant son retour d’Ouessant, il rencontre un pied-noir qui a quitté l’Algérie et choisi cette île. Celui-ci se souvient de son enfance, de son pays perdu, déchiré par son identité complexe. « L’Algérie est une enfance » (p.161). Un stigmate indélébile. Le voyage est en lui-même un procédé qui permet aux personnages de se découvrir tout en découvrant l’autre. Il pousse à réfléchir sur son identité. Bref, le thème de l’identité est lié chez Azouz Begag à un réseau thématique : l’intégration, l’exil, la nostalgie, le retour, les racines, l’altérité…

Ensuite, l’auteur met en lumière la relation au père comme symbole de racines. Le personnage est obsédé par son père. Il en est fou. Ses monologues sont centrés sur son père. Loin de lui, il se sent perdu. Pour affirmer son existence, le personnage répète haut et fort qu’il est Français, né à Lyon dans un hôpital français. Face à l’ombre de son père, il vante le retour, le pays des ancêtres : « Toute ma vie j’aurais un foyer sur ma terre ancestrale, chez les Ouled Bendiab où je pourrais me refugier en cas de double peine en France » (p.163).

Par ailleurs, ce roman est, comme le fameux Gone du Chaâba, une autofiction : une autobiographie insérée dans une fiction. Azouz Begag, passionné de l’autobiographie, offre au lecteur des faits et des tranches de sa propre vie.

Sobre et puissant, drôle et tragique, ce roman décrit la situation de ces hommes qui se cherchent entre les racines et les branches, ayant pour seul repère : le père. Lui qui est la source d’exil et le nid du retour. Enfin, Azouz Begag part de sa propre vie pour dire le monde.

 

Tawfiq Belfadel

 


  • Vu : 3783

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Azouz Begag

 

Né en 1957 à Lyon de parents algériens, Azouz Begag est un écrivain, homme politique et chercheur. Parolier et scénariste pour la télévision, il a été ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances. Il a été aussi nommé Chevalier de l’Ordre National du Mérite et de la Légion d’Honneur. Son roman Le Gone du Chaâba a eu un succès mondial et a été adapté au cinéma.

 

A propos du rédacteur

Tawfiq Belfadel

 

Lire tous les textes de Tawfiq Belfadel

 

Jeune écrivain algérien de langue française, auteur de Kaddour le facebookiste (éd. Edilivre). A suivi des études de Lettres à l’université de Mostaganem.