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Sacrées Sorcières, Roald Dahl (Livre audio), par Myriam Bendhif-Syllas

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 18.09.18 dans La Une Livres, Critiques, Gallimard Jeunesse, Les Livres, Jeunesse

Sacrées Sorcières, juin 2018, trad. anglais Marie-Raymond Farré, livre audio, 2h30mn, 18,90 €

Ecrivain(s): Roald Dahl Edition: Gallimard Jeunesse

Sacrées Sorcières, Roald Dahl (Livre audio), par Myriam Bendhif-Syllas

 

Aucune objectivité possible face à ce grand classique de la littérature pour la jeunesse. Que l’on ait 8 ans, 40 ou 80 ans, il n’y a pas de différence : l’enthousiasme reste intact et les éclats de rire tonitruants.

Alors, pour les heureux mortels qui ne connaissent pas encore cette histoire et qui peuvent la découvrir aujourd’hui, nous donnerons quelques éléments de cette truculente histoire de sorcières comme jamais on ne les avait imaginées auparavant ; mais pour les lecteurs déjà conquis, voici une façon originale de rencontrer à nouveau le roman, à travers la lecture faite par la formidable équipe des comédiens, constituée par Jeanne Cellard, Jackie Berger et Jean-Claude Donda.

Les sorcières appartiennent à notre imaginaire collectif et se trouvent affublées de divers attributs reconnaissables entre tous, outils indispensables – paraît-il – de leurs activités diaboliques : balais volants, chats noirs et corbeaux, chapeaux pointus, verrues diversement situées, chaudrons baveurs et alambics enfumés secrétant de savants mélanges d’ingrédients tous plus répugnants les uns que les autres. Facile de s’y retrouver, n’est-ce pas ?

Roald Dahl balaye d’un revers de stylo à plume toute cette imagerie sulfureuse et en invente une bien à lui : dans notre monde, les sorcières sont des femmes comme les autres, elles exercent des métiers anodins et se trouvent dans toutes les strates de la société. Pour le héros de notre histoire, cette vérité est dévoilée par sa grand-mère norvégienne à qui il vient d’être confié à la mort de ses parents. Cette spécialiste ès sorcières révèle qu’il est possible de distinguer les vraies femmes des sorcières grâce à quelques détails incroyables et que vous devrez attendre de découvrir dans le bien nommé chapitre 3 : « Comment reconnaître une sorcière ? ».

« Une vraie sorcière éprouve le même plaisir à passer un enfant à la moulinette qu’on a du plaisir à manger des fraises à la crème. Elle estime qu’il faut faire disparaître un enfant par semaine ! Si elle ne tient pas ce rythme, elle est de méchante humeur. Un enfant par semaine, cela représente cinquante-deux enfants par an !

Un tour, deux tours de moulinette, et hop !… plus d’enfant !

Telle est la devise des sorcières ».

Ce duo, petit-fils, grand-mère fumeuse de cigares nauséabonds, s’en retourne en Angleterre où le petit doit faire ses études. Vacances et convalescence de la grand-mère les conduisent dans une cité balnéaire, à l’hôtel Magnificent. Or, dans le même endroit, se déroule la convention annuelle de la Société secrète des Sorcières, conduite par la Grandissime Sorcière en personne. Plan machiavélique pour éradiquer les enfants de la terre, révélation d’ingrédients pour potion magique à retardements, transformation en direct… se succèdent sous les yeux horrifiés de notre jeune narrateur. La suite de l’intrigue révélera comment il osera affronter cette infâme conspiration, avec l’aide de sa grand-mère et d’un compagnon inattendu, faisant face à bien des obstacles.

Péripéties en cascade, flots d’humour noir, frissons d’horreur, jeux de mots sans pareil, accent italien irrésistible et glaçant, suspense insoutenable, constituent les ingrédients de ce roman inégalé qui développe, par ailleurs en fil rouge, la relation exceptionnelle des deux héros et leur affection que rien ne peut entamer. Rien n’est lisse ici, et l’auteur considère que les enfants méritent que les choses soient dites, aussi dures soient-elles.

Écouter cette histoire, c’est s’ouvrir entièrement à l’univers unique de Roald Dahl, vibrer au gré des variations de la musique, des voix et intonations des comédiens, dans un lâcher-prise complet et un plaisir grandissant. Les émotions s’en trouvent peut-être même décuplées, dans un déploiement des différents sens. La personnalité de la grand-mère jaillit de cette voix profonde et douce, comme l’hystérique cruauté des trilles suraigus de la Grandissime. On se prend d’affection pour ce petit garçon touchant et courageux, dont les mots glissent comme fondent des bonbons. Et l’on se voit, bien que tout(e) petit(e), capable de grandes choses, capable de résister face à cette communauté néfaste, imaginant la suite des aventures en Norvège, dans le château de la Nouvelle Grandissime…

CD à partir de 9 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Roald Dahl

 

D’origine norvégienne, Roald Dahl (1916-1990) est l’un des plus grands conteurs et romanciers pour la jeunesse. Après une vie aventureuse et pleine de péripéties, il s’est consacré entièrement à l’écriture multipliant les succès : MatildaLe BGGCharlie et la Chocolaterie

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.