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Rumeur d’Éos à la nuit elliptique (par Julien Quittelier)

Ecrit par Julien Quittelier 25.06.19 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Rumeur d’Éos à la nuit elliptique (par Julien Quittelier)

 

À Maurice Maeterlinck.

 

Sa mémoire a le goût des divines algèbres,

Sa chair et son esprit grèvent les bris funèbres ;

Stellaire, sertissant les cieux ignés de l’art,

Il grêle dans l’Éloge où meurent la plupart ;

 

Ranimé des enfers, le flot des plébiscites,

Cielisant tous pamphlets de science illicites,

Il erre lacrymal tel qu’un peintre se meurt

Aux teints idéatifs de nitide rumeur ;

Ses larmes sont la loi qu’implore un vent d’Ithaque

Pour dépouiller le sol offert élégiaque ;

Il pleure sans séquence et sans adversité

Jusque l’élection de la captivité…

 

Sa prison se cisèle en temple des prémices

Qui se furent jadis décloses comme lices ;

Ses chaînons la Mystique entrouvrent dans l’esprit

L’infâme quiétude en deuil qui se contrit.

 

Il file puisqu’il fait les feux de la sélène,

File de sa ténèbre en la peuplant lointaine ;

Et contemple l’ici d’un œil de l’au-delà,

Comme des voix le sel l’atteignable Stella.

 

Jamais vaincu s’il va de prouesse en prouesse,

Tel qu’il lève l’amure au son de sa sagesse ;

Héliotrope infus de nimbe et d’oraison,

Du continent tombal des lampier et raison…

 

Il guette l’illusoire aux fers de l’ange en geôle,

Il y trouve l’émail qui revêtit Éole ;

Et plus libre s’en fait l’étésien de tous lieux

Et de la densité s’il pleut en mille adieux.

 

On peut lire l’azur au fil lacrymatoire

Dans sa bonté sévère au gré d’y faire gloire,

Et l’oméga des sens croît tel que baptismal

En sa pensée exacte au billot d’un grand mal ;

 

Mais la nuit lui répand, morts dans l’antécédence,

Les futurs tant sertis de la résilience,

Et le silo vermeil des champs éthéréens

Se déverse en son âme en chœurs dédaléens,

 

Il pense son horreur, songe des mers écloses,

En naviguant féal sur l’art de toutes choses,

Décryptant sous l’Hécate un missel du cosmos

De dictame épicène et de confuse Éos.

 

La consolation des sommeils elliptique,

Le revêt à ce pleur de Gange et de cantique,

Il la presse si haut qu’en ses yeux chus en Nyx

Se déverse l’aurore au point cimé du Styx.

 

Plus jamais il n’aura les douleurs comme emblème,

Et plus que sacerdoce, illuminé Bohème,

Il ira de l’obscur au pers du firmament

─ À l’heureuse complainte ─ astral nitescemment.

 

Par ici tout sera l’ailleurs des souvenances,

Il fluera dans la veine ivre d’antécédences,

Et choira si lointain que l’Ophir de ses sens

Lui paraîtra si proche en exact contresens.

 

La nuit pourra hurler les fausses symphonies !

Le sol pourra fleurir les Astrée infinies !

Mais toujours il ploiera veuf de ces contrefaits

À vierge et pâle chair l’andante des forfaits ;

 

Il se met à penser les noces suburbaines,

Tel que faillir de heurts, cerclé de ses déveines,

Il voile les péchés, il grève les éthers,

Et s’amende plus pur que l’alpha des enfers.

 

L’Âge du fer lui vient de la pourpre des Stèles

Qui dans le noir des yeux lame des braises telles ;

Et vert lycope un ciel d’Astrapé lui prétend

Faire éclore le vœu d’y noircir son Étant ;

 

Plus que jamais il songe aux mouvances sélènes ;

Ses labours ont été mirage et cantilènes ;

Ayant tracé ce haut qu’est le bas de l’hiver,

Étant né sans naissance épique tel l’enfer…

 

Il songe avidement, aussi loin qu’un cilice

Emporte toute vie et dans l’âme coulisse

Dans l’irréalité qu’on se figure au cœur

Des terrestres maelstroms : ces puits de Fossoyeur !

 

Il se laisse songer les cimes acidales :

Que l’amour fut l’amour des nubiles cymbales,

Et qu’il pourrait prétendre au sommet de son Styx

Tel or de l’alliance imager l’art de Nyx,

 

Qu’il sera même à Nyx l’un des orbes d’Hécate,

Et du soleil néant comme l’Arcane éclate,

Gourd mais igné de haut et de l’altérité,

Exact d’accession, halo d’eccéité…

 

Et qu’à présent l’amour n’est plus qu’aux absolues

Qui dans l’aube a péri pour en avoir élues ;

Que cette antécédence est une Ève sans nom

Et dans l’aval du Fleuve un éden de renom ;

 

Empyréen chaos s’il suit sa plénitude :

Dans l’être se penser d’une ancienne altitude,

Sourdre de son lui-même et des temps tels des sceaux

Du solstice funèbre et des chairs ses arceaux ;

 

Et voilà qu’il se pense ! Il erre sur la rive…

Le regard dans lui-même… Un ban de la dérive…

Se contemplant élu des astres exaucés,

Se songeant l’un des leurs plus qu’aux riens rehaussés ;

 

Errant toujours plus haut, plus sien, plus pur, plus sage,

Il se décèle une âme et cryptée au Présage :

Une âme de ces nuits qui versent leur blizzard

Au-dedans des métaux de plus riche hasard ;

 

Décryptant plus profond, faisant refluer l’âme,

Se sachant, se sachant, se dévoilant infâme

De l’algèbre des pleurs et du Pleur incisé ;

C’en vaut quelque univers du destin précisé !

 

Les opale tourments nés des îles chrétiennes

Le couronnent sacré des Multitudes siennes,

À jamais s’il s’y mêle un mal des plus divins

Viendra de tous sabirs tramer les mots devins ;

 

Un mal plus insécable aux Dicé consolantes

Qu’il explicitera sur l’Autel des brunantes,

Qu’il emploiera comme Arche où poser idéels

Les Vindications et le Présent des ciels…

 

Sans songer les fiertés de sa sourde revanche,

Ni d’une lâcheté la diffuse avalanche

Qui broie un être au chant des cygnes, il s’étreint

En la rumeur qu’on nomme une mort qui ne feint :

 

Ça ne feint pour autant que l’existence feigne,

Jusqu’à tant qu’on découvre un sursis qui dédaigne

L’essence universelle en l’être qui se vend

Au bestiaire infus de guèbres à leur vent.

 

Et la chair se dépare, elle n’est plus qu’absconse,

Par cette ascension que l’esprit se renonce

Vers ce qui semble un monde aïeul de l’ici-bas

Où s’est déchue Astrée en éternels alphas.

 

Hespérides, raisons, fièvres, destins, étoles ;

Il s’en sertit hautain de ses vieilles idoles

Et corrompt son étant d’un devenir plus beau

Ou par l’ambre Prélude ─ à l’Éos du tombeau…

 

Langueurs, luxes, Empire, amours bohémiennes,

Las il le deviendra comme Sisyphe aux Cènes ;

Il vivra princier d’art où les altérités

Feront cet Oméga les aubes primautés…

 

Julien Quittelier

Extrait du recueil de poésie, Héliotrope aux enfers (2019).

 

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A propos du rédacteur

Julien Quittelier

Lire les textes de Julien Quittelier

 

Né à Mons (Belgique) en 1991, Julien Quittelier est un poète. Il publie, en 2019, une œuvre poétique de 900 pages en quatre volumes : Vespéral de l’être, Sonnets du levant lacrymal, Héliotrope aux enfers et Antécédences nocturnes. L'auteur travaille actuellement à un roman et à un essai sur le symbolisme belge.

Bibliographie

Vespéral de l’être, poésie, éditions ÉLP, juin 2019.

Sonnets du levant lacrymal, poésie, éditions Stellamaris, juin 2019.