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Requiem pour un(e) trentenaire, Wilfried Salomé

Ecrit par Olivier Bleuez 16.12.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Requiem pour un(e) trentenaire, Éditions La matière noire, septembre 2014, 65 pages, 10 €

Ecrivain(s): Wilfried Salomé

Requiem pour un(e) trentenaire, Wilfried Salomé

 

Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait Talleyrand. Ça se discute, lui répondait un immense nom des médias français… Ce Requiem est clairement un pamphlet, donc une grande partie des propos sont excessifs. Et pourtant, il serait dommage de classer ce livre directement dans le domaine de l’insignifiance, d’en faire une fête du non-sens pourrait-on dire. On trouve beaucoup d’excès, de grossissements de traits, de développements à la limite du délire (genre philosophie des années 70 avec intégration d’un vocabulaire scientifique non maîtrisé), mais tout cela tient comme une charge peut tenir. Non sans un certain humour :

« Clairement, la plupart des garçons et des filles de mon âge me paraissent admirer une pluie d’octobre tomber sur des tomates en pots, se sentant en parfaite communion avec les plantes ».

Wilfried Salomé s’en prend au trentenaire, au bobo trentenaire plus précisément. Cible facile ? Cible multi criblée ? Oui et non. En prenant le risque de la démesure, l’auteur réussit à viser juste par moments et certaines phrases montrent un talent dans la vision des choses et une précision impressionnante dans l’observation de ses congénères. Ces gens qui semblent n’avoir que la tranche d’âge en commun avec lui, ils les nomment « la génération X » et c’est à eux qu’il adresse ce livre. Il parle aussi de la « génération Y » (20-30 ans ?) et de la « génération Z » (10-20 ans ? Dernière lettre, génération terminale ?). Cela n’est pas très important dans la mesure où l’on n’est absolument pas dans la sociologie finie. Plutôt dans un bouillonnement stimulant, parfois obscur :

« En somme, et derrière le rideau de fer blindé des apparences de la politesse, le cerveau reptilien et l’archétype guerrier de l’humain, éructe depuis l’inconscient collectif pour envahir la société entière, jusque dans ses moindres recoins ».

Parfois lumineux :

« Pour l’instant, les Z [la génération Z] se croient encore les futurs rois du monde, car ils ont grandi avec le numérique et l’hyper connectivité intégrés à leur expérience de vie. Élevés par leurs parents comme s’ils étaient de petits génies […]. Malheureusement, n’en attendez rien de bien glorieux. Car, malgré leurs dires, les Z ne veulent pas changer le monde autrement que sur les réseaux sociaux. Non, ils veulent juste le façonner à leur image, le transformer en une sorte de start-up mondiale souriante sponsorisée par Twitter ».

C’est un des charmes du pamphlet que de faire surgir, au milieu d’une accumulation de traits caricaturaux et d’attaques vagues (contre le « système » par exemple), une vérité, quelques mots qui, par leur fulgurance, cernent une époque ou une partie du peuple.

« Que reste-t-il de nos amours maintenant qu’ils ont réussi à vendre le désespoir ? Il reste le Néant les mecs. Ou bien l’Eternité créative du présent posant les jalons d’un possible avenir radieux ».

Juste avant cette phrase, l’auteur citait le nom de Houellebecq, maître des maîtres dans la « vente du désespoir ». On trouve parfois une belle formule, un trait d’esprit perçant, écume dans une série de critiques continues :

« En résumé, le concept des années 3.0 est simple : le cosmopolitisme est l’analogie. La personnalité, un mythe. L’indifférence, l’ultime tolérance ».

Oui, « l’indifférence, l’ultime tolérance », ça claque.

Enfin, la dernière partie du livre est consacrée aux femmes de sa génération et fustige leur conformisme. A vrai dire, cette partie est absconse et il est difficile de comprendre où veut en venir W. Salomé… S’il s’agit uniquement de mépriser les femmes qui, après les débuts d’une relation, sont agacées par ses défauts incompressibles, voudraient que l’amour fou converge vers un amour au quotidien plus tempéré et ne voient pas à quel point son amour à lui est resté pur, on peut trouver ça au minimum naïf ou frais, au maximum dit et redit. Mais peut-être est-ce cette fraîcheur qu’on veut encore attendre d’un trentenaire ? W. Salomé voudrait des rapports moins lisses entre les gens. Au risque de se penser au dessus du lot ? Question non tranchée.

En tout cas, osons un cliché en qualifiant cette lecture de revigorante.

 

Olivier Bleuez


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A propos de l'écrivain

Wilfried Salomé

 

Après des études de Lettres, Wilfried Salomé publie son premier roman aux Editions Balland à l’âge de vingt-deux ans. Amoureux de la liberté, en quête d’une forme narrative renouvelée, il passe les dix années suivantes à voyager. Conscient que la littérature du troisième millénaire devra allier spontanéité, sociologie, psychologie et spiritualité il écrit, étudie la psychanalyse et travaille à son grand projet : faire se rejoindre les oeuvres de Jack Kerouac et d’Aldous Huxley.

A propos du rédacteur

Olivier Bleuez

 

Professeur certifié en mathématiques dans un collège. Passionné de littérature. Il publie des textes sur son blog : http://olivier-bleuez.over-blog.com/