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Reporter criminel, James Ellroy (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy 08.11.18 dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Rivages/noir, Roman, Polars, USA

Reporter criminel, octobre 2018, trad. américain Jean-Paul Gratias, 202 pages, 13,50 €

Ecrivain(s): James Ellroy Edition: Rivages/noir

Reporter criminel, James Ellroy (par Léon-Marc Levy)

 

Un entre-deux du Dogue vaut mieux que bien des productions de polars dont nous sommes tous les jours abreuvés. Oui, c’est un entre-deux : comme à son habitude, Ellroy nous sert un hors-d’œuvre avant son prochain plat de résistance annoncé*. Il nous l’avait fait avec Extorsion juste avant Perfidia. Mais autant Extorsion en était vraiment une – un piètre truc à deux balles – autant ce Reporter criminel mérite qu’on s’y arrête.

Il s’agit de deux enquêtes au sens strict du terme : le Dogue y joue les journalistes criminels, revenant en reportage sur deux affaires qui firent grand bruit aux USA : l’affaire George Whitmore en 1963 et l’affaire de l’assassinat de Sal Mineo, l’acteur secondaire de La Fureur de Vivre, en 1976.

Ellroy prend la voix des policiers qui enquêtèrent sur ces affaires, réunit les documents et tricote avec eux deux fictions tout à fait crédibles et, en tout cas, fort prenantes et, surtout, dans lesquelles on retrouve la scansion jazzy et syncopée du grand James.

La première affaire concerne une erreur policière, puis judiciaire à forte connotation raciste. Le « coupable » désigné, George Whitmore, est noir. Il a 19 ans et finalement est innocenté du viol d’une femme, Minnie Edmonds, et de l’assassinat de deux autres jeunes femmes, Janice Wylie et Emily Hoffert. Ellroy fait revivre les protagonistes avec la distance narrative qu’on lui connaît. Jamais il ne laisse transparaitre des émotions personnelles. Sa narration est clinique. Le « salopard » qui qualifie Whitmore dans les premières pages devient le « garçon » un peu plus loin. C’est le seul indice (peut-être) d’un jugement. Et, comme toujours, l’Amérique du moment fait fond d’écran. En 1964 Whitmore est acquitté.

« Une nostalgie immense nous écrase. Nous voulons revivre l’été 1963. John Kennedy est encore président. George n’a rien à redouter. Nos ambitieuses sont mortes – mais nous faisons brûler des cierges pour elles et nous jurons d’avoir la peau de leur assassin ».

La deuxième affaire est encore plus passionnante. Probablement en raison de la personnalité de la victime. Sal Mineo – acteur de seconde zone qui a connu son heure de gloire dans La Fureur de Vivre de Nicholas Ray, aux côtés de James Dean en 1955. Il est retrouvé poignardé dans une rue d’un quartier tranquille de Los Angeles le jeudi 12 février 1976.

Sal est latino, homosexuel, aime la fête et changer souvent de partenaires. Aussitôt l’enquête sur les milieux homos d’Hollywood, Santa Monica etc. Là encore, Ellroy en une centaine de pages fait revivre une époque, une mentalité, la faune d’Hollywood et ses errances.

« 13 février 76, 14h20. Au commissariat d’Irvine Avenue, le capitaine Charles Buzza appelle la brigade des homicides du bureau du Shérif. Le capitaine Buzza fait le compte rendu suivant : il a un informateur très sûr. L’informateur affirme que Sal Mineo a vendu de l’herbe par paquets d’une livre, pendant plusieurs années – mais plus maintenant. Cet informateur connaît un coiffeur qui a été l’amant de Sal. Le coiffeur brûle d’envie de raviver cette liaison autrefois torride. Ledit coiffeur conduit un break Chevrolet qui appartient à l’actrice Valérie Perrine. Valérie Perrine est un vrai canon. Le coiffeur est un vrai homo. Son salon est situé sur La Cienega Boulevard.

Sal l’Insolent. Sal le Salace. On reconstitue la dernière nuit sur terre de ce petit branleur ».

La fin de l’enquête est aussi stupéfiante que lamentable.

Ce livre n’est pas un grand Ellroy mais c’est un vrai Ellroy, ce qui suffit à le rendre intéressant, et pas seulement aux fans inconditionnels du Dogue.

En attendant This Storm, le prochain opus du maître, ce n’est pas mal.

 

Léon-Marc Levy

 

* This Storm : Nous ne connaissons pas encore le titre français.

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A propos de l'écrivain

James Ellroy

 

James Ellroy, de son vrai nom Lee Earle Ellroy, (né le 4 mars 1948 à Los Angeles en Californie) est un écrivain de polars américain.

S'affirmant comme « conservateur » et « réactionnaire »1, il dépeint dans son œuvre un monde particulièrement pessimiste et corrompu, dans lequel perce néanmoins la notion de rédemption, fil conducteur de nombre de ses ouvrages. Parmi ceux-ci, on peut citer la série de quatre livres sur Los Angeles dont font partie Le Dahlia noir et L.A. Confidential, sa trilogie Underworld USA qui retrace son histoire des États-Unis de 1958 à 1973, ainsi que son récit autobiographique Ma part d'ombre.

Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma. Il est surnommé American Dog ou le Dog.

 

A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil